Crise au FN : "Florian Philippot n'est pas exclu, mais c’est tout comme..."

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Face au refus de Florian Philippot de quitter la tête de son association "Les Patriotes", Marine Le Pen a retiré à son vice-président sa "délégation à la stratégie et à la communication".

Au FN, le divorce est presque consommé entre Florian Philippot et Marine Le Pen. La présidente du Front national a sanctionné mercredi Florian Philippot, accusé d'entretenir des velléités d'indépendance, en lui retirant l'élaboration de la stratégie et de la communication du Front national, a annoncé le parti.

>> ÉDIT JEUDI 21 SEPTEMBRE A 8H

Florian Philippot quitte le Front national. Rétrogradé au rang de vice-président sans attribution, Florian Philippot a annoncé jeudi matin qu'il quittait le FN. "On m'a dit que j'étais vice-président à rien... Ecoutez, je n'ai pas le goût du ridicule, je n'ai jamais eu le goût de rien faire, donc bien sûr je quitte le Front national", a-t-il expliqué sur France 2, estimant le parti dirigé par Marine Le Pen "rattrapé par ses vieux démons". >> Lisez notre article ici

La députée du Pas-de-Calais, qui avait plusieurs fois sommé son ex-homme de confiance de renoncer à diriger sa propre association, l'a cependant maintenu au poste de vice-président de la formation d'extrême droite. Florian Philippot refuse d'abandonner la présidence des Patriotes, association qu'il a fondée au mois de mai, en pleine campagne des législatives. "Florian Philippot, sollicité par mes soins, n'a pas répondu à la demande de mettre un terme au conflit d'intérêts résultant de sa double responsabilité", dit un communiqué du FN. "J’ai pris la décision de lui retirer sa délégation à la stratégie et à la communication." L'ex-candidate à la présidentielle précise que la vice-présidence sera, "à compter de ce jour, sans délégation".



Les allures d'un psychodrame. Dans un parti en crise depuis l'échec au second tour de la présidentielle et traversé par des débats acerbes sur la ligne politique à suivre, le cas Philippot a pris ces derniers jours les allures d'un psychodrame. Dans une interview publiée vendredi dernier par Le Parisien, Marine Le Pen l'avait invité à "clarifier" sa situation avant de lui demander explicitement lundi, lors d'un bureau politique, de démissionner de la présidence des Patriotes, sans quoi elle prendrait ses "responsabilités".

"Je le regretterais amèrement". Ces demandes réitérées et les fin de non-recevoir qui ont suivi ont placé les deux dirigeants au bord de la rupture et alimenté le scénario d'une scission au Front national. "Je n'ai pas l'intention de quitter Les Patriotes, ni de renoncer à mes convictions, mes idéaux. Si on veut me démettre, [...] alors il faudra le faire", a encore dit Florian Philippot mercredi sur CNEWS, peu avant l'annonce de sa sanction."Je le regretterais amèrement mais il faudra le faire", a ajouté l'eurodéputé. Selon lui, cette crise est en réalité un "prétexte" car, a-t-il ajouté, "le Front national est en train de changer de ligne et de faire un retour en arrière absolument terrifiant, qui affole des milliers de personnes".

Un vice-président sur la sellette ? "C’est le début de la fin", a admis auprès d'Europe 1 un proche de la présidente du FN. "Florian n’est pas exclu, mais c’est tout comme… Marine lui montre qu’elle n’a plus confiance en lui", ajoute-t-il. Si Florian Philippot reste encore vice-président du FN, c’est parce que Marine Le Pen ne peut pas le démettre par un simple communiqué : cette décision doit être prise collégialement par le bureau exécutif ou le comité central. Ces deux instances se réuniront bientôt, "Si d’ici là, il continue ses provocations à la télé, alors, oui, il perdra son poste" assure encore un député. "Marine a été patiente, il aurait pu faire marche arrière, arrêter de critiquer ceux qui ont pour thème favori l’immigration et l’islamisme, mais il s’est entêté", renchérit un des conseillers de la députée du Pas-de-Calais.

Conseiller occulte de Marine Le Pen à partir de 2009 et vice-président depuis 2012, Florian Philippot est un partisan de la "dédiabolisation" et d'une ligne davantage portée sur un souverainisme anti-Union européenne que sur le discours anti-immigration et identitaire. Les amis de Florian Philippot s’attendaient à cette rupture, ils mettent en garde Marine Le Pen : "Elle sera maintenant la seule à porter la ligne 'ni droite, ni gauche'. Elle perd son fusible, son paratonnerre".

Des appels à l'apaisement sur la twittosphère. Sur Twitter, le trésorier frontiste Wallerand de Saint Just a jugé incompréhensible le refus de Florian Philippot de rentrer dans le rang.



Pour se défendre, le député européen a pris lors de ses interviews l'exemple de Louis Aliot, compagnon de Marine Le Pen et également vice-président du FN, qui dirigeait son propre cercle de réflexion, Idées-nations. Louis Aliot a annoncé mercredi sur Twitter qu'il renonçait à la présidence de ce club "dans un souci d'apaisement et pour mettre fin à un faux procès".



"Florian doit prendre la même décision que Louis : apaisement, rassemblement derrière Marine et débat serein pour un Nouveau front", a par la suite écrit le maire de Fréjus, David Rachline, également sur Twitter.