Cinq questions sur un mouvement "En marche !"

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Cinq questions sur un mouvement "En marche !"
@ JEFF PACHOUD / AFP
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Le mouvement politique lancé mercredi par Emmanuel Macron se veut transpartisan et pourvoyeur d’idées pour 2017. Présentation.

Emmanuel Macron est "en marche". Le remuant ministre de l’Economie a lancé mercredi soir à Amiens son mouvement politique. "Ni à droite, ni à gauche", jure l’ancien secrétaire général adjoint de l’Elysée, qui réfute aussi toute ambition présidentielle, en tous cas pour 2017. Alors à quoi va servir "En marche !" ? Peut-il peser dans la campagne pour l’élection présidentielle, est-il un atout ou une gêne pour François Hollande, et comme est-il accueilli dans la classe politique ? Réponses.

Un mouvement pour quoi faire ? A en croire Emmanuel Macron, ce nouveau mouvement, très axé sur le numérique, et présenté comme une plateforme d'idées, ne doit pas servir son ambition, mais a vocation à faire émerger "des idées neuves, construire la majorité sur ces idées neuves pour le pays et les mettre en oeuvre demain. C'est la seule ambition qu'on doit avoir, elle est radicale, elle est un peu folle quand on en parle ce soir mais il y a une telle énergie dans le pays", a-t-il lancé à Amiens devant un public conquis d’avance. L’idée sous-jacente est tout de même de donner au turbulent ministre un socle idéologique, membre d'un gouvernement classé à gauche, mais volontiers accusé d'être de droite par ses détracteurs. 

Armé de cette base idéologique, Emmanuel Macron pourra plus aisément proposer son nom au vote des Français. Localement, s’il choisit de se présenter aux législatives de 2017. Et peut-être même pour la fonction suprême, si d’aventure François Hollande n’était pas candidat à sa propre réélection dans un an.

S'il veut changer le centre de gravité de la gauche, il fait fausse route

Qui roule pour Macron ? Plutôt populaire dans l’opinion pour un ministre en exercice, Emmanuel Macron ne l’est pas forcément autant au sein la classe politique. Mercredi à Amiens, peu de personnalités identifiées avaient fait le déplacement pour le soutenir ouvertement. Les quelque parlementaires à ses côtés, comme le député PS Pascal Terrasse ou le sénateur François Patriat ne sont pas forcément connus du grand public. Une chose est sûre, toutes les personnalités peuvent le rejoindre si bon leur semble. Car la double appartenance est possible. En clair, on peut être encarté au PS, ou à un autre parti politique, et être adhérent d'"En marche !". Pour l’heure, l’attentisme prévaut, au Parti socialiste comme ailleurs.

Une gêne ou un atout pour François Hollande ?  Une chose est sûre : Emmanuel Macron sera loyal à François Hollande si le chef de l’Etat briguait un second mandat. Alors pour 2017, "En Marche !" se veut plus comme un pourvoyeur d’idées que comme un poseur d’obstacle. Selon L’Obs, Emmanuel Macron veut même être incontournable en cas de campagne du président sortant pour 2017. En tout cas, selon l'Elysée, François Hollande était au courant de l'initiative politique de son ministre de l'Economie. Le chef de l'Etat a "une grande confiance" en lui, et "tout ce qui participe du succès de l'exécutif et de la politique que nous menons va dans le bon sens", jure-t-on au palais présidentiel.

Qu’en pense la gauche ? Comme à chaque initiative d’Emmanuel Macron, les foules ne se sont pas franchement soulevées à gauche après le lancement d’"En Marche !". "S'il contribue à élargir la majorité, son apport est positif. Mais s'il veut changer le centre de gravité de la gauche, il fait fausse route", a averti Jean-Christophe Cambadélis, le premier secrétaire du PS, dans Les Echos. Même le député PS réformateur Christophe Caresche, soutien de l'exécutif, s'est montré circonspect. "Ce n'est pas en alignant des stratégies contradictoires qu'on peut construire une ligne cohérente", a-t-il déclaré à l’AFP.

Au sein du gouvernement, les réactions sont aussi mitigées.  "Il dit 'élan', il dit 'dynamique', il dit 'enthousiasme' et 'arrêtons les discours déclinistes', j’avoue que j’adhère assez", a réagi Najat Vallaud-Belkcaem sur Europe 1. En revanche, difficile de ne pas saisir l’ironie du tweet envoyé mercredi soir par Pascale Boistard, secrétaire d’Etat chargée des Personnes âgées, qui invitait à écouter Je Marche seul, de Jean-Jacques Goldman.

Les réactions sont nettement plus hostiles à la gauche de la gauche. Emmanuel Macron "est quelqu'un qui pense que la précarisation du salariat est l'avenir de nos sociétés, je ne le crois pas. Le ni-droite ni gauche, c'est une mode qu'il enfourche et qui est toujours en fait le masque de ceux qui finiront à droite et qui mènent des politiques de droite", a jugé le secrétaire national du PCF, Pierre Laurent. "Les gens qui ont mis en panne tout le système et l'économie du pays et qui font un truc qui s'appelle ‘En Marche’, ça me fait rire", a ironisé de son côté Jean-Luc Mélenchon sur France Info. "On ne sait pas très bien qui manoeuvre pour qui dans cette histoire. Mais on voit bien qu'ils sont en pleine préparation de la campagne présidentielle de François Hollande et que chacun des importants a une pièce sur chaque case du damier".

Et la droite ? Là encore, c’est devenu une tradition : quand il s’agit d’Emmanuel Macron, la droite est volontiers bienveillante. D’abord pour souligner les divisions au sein du gouvernement, ensuite parce qu’il  lui arrive aussi d’être d’accord avec le ministre de l’Economie. L'ancien Premier ministre Jean-Pierre Raffarin s’est félicité sur France 2 d'un mouvement qui "va plutôt dans la bonne direction". L’ancien Premier ministre est même allé plus loin : "Je ne vois aucune incompatibilité entre Emmanuel Macron et Alain Juppé. Là, il y a peut-être pour l'avenir des signaux intéressants. Qu'il y ait, dans l'avenir, des partenariats, je ne sais sous quelle forme, ça ne me paraît pas impossible".

Pierre Gattaz, le président du Medef, a également réagi positivement. "J'aime bien l'initiative d'Emmanuel Macron", a assuré le patron des patrons sur France Inter. "Je trouve que c'est rafraîchissant, que ça permet de sortir de la politique politicienne. Lorsqu'il dit que l'économie de marché n'est ni à droite ni à gauche, c'est ce que j'essaie de répéter depuis des années, donc je suis tout à fait en phase avec ça", a-t-il conclu.