"En cette fin de campagne, Emmanuel Macron chasse à droite"

  • A
  • A
Partagez sur :

Pour notre éditorialiste David Revault d'Allonnes, le candidat d'En marche ! cherche, notamment en rencontrant Christian Estrosi, à combler un problème d'équilibre après les ralliements de nombreux éléphants socialistes. 

EDITO

Emmanuel Macron et Christian Estrosi pourraient "travailler ensemble". C'est ce que le candidat d'En marche ! et le président de la région Provence-Alpes-Côte d'Azur ont laissé entendre samedi à Marseille, où ils se sont rencontrés et on fait part de leur "estime réciproque". Un rapprochement qui illustre le jeu d'équilibriste auquel se livre le favori de l'élection présidentielle, selon notre éditorialiste David Revault d'Allonnes. 

Des inquiétudes dans le camp Macron. "Les entourages de Macron et d'Estrosi banalisent et parlent d'une simple "rencontre républicaine". Comme si cela allait de soi. Mais le maire de Nice, proche de Sarkozy, et le candidat d’En marche ! sur la même photo : cela crée une image évidement très symbolique, très politique. Une image qui dit les inquiétudes du camp Macron, à trois semaines du premier tour. Dans le dernier virage de la présidentielle, le véhicule En Marche ! penche dangereusement à gauche. Au risque de la sortie de route.

En cette fin de campagne, Emmanuel Macron chasse donc à droite. Pas sur les propositions, ou dans les discours, mais dans les ralliements : il a un problème d'équilibre. Son principal argument de vente, c'est d'être un candidat nouveau, dégagé des vieux appareils partisans. Or, en quelques jours, il a reçu le soutien d'un paquet d'éléphants socialistes : Bertrand Delanoë, Jean-Yves Le Drian, et bien sûr Manuel Valls. Pour quelqu'un qui revendique n'être ni de droite ni de gauche, ça fait beaucoup. Et ça fait pencher l'entreprise Macron beaucoup trop à gauche, donc.  

"Emmanuel Hollande". Est-ce vraiment un problème pour le candidat, toujours en tête au premier tour selon les sondages ? Oui. D'autant que François Fillon, en difficulté, appuie là où ça fait mal. Depuis plusieurs jours, il a lancé une grosse offensive dans ses meetings et sur les réseaux sociaux, sur "Emmanuel Hollande" : c'est ainsi qu'il désigne le candidat d'En marche !, qu'il accuse d'être non seulement l'héritier du "hollandisme" mais aussi celui qui va perpétuer sa politique. L'argument risque de faire mouche. 

Car s'il y a bien une chose que le candidat, qui se présente comme le héraut de la rénovation, ne veut pas, c'est bien être ramené au quinquennat finissant ou au président sortant. Voilà pourquoi Macron a remercié poliment Manuel Valls pour son soutien, sans plus. L'objectif : construire une sorte de check-point pour arrêter la dangereuse transhumance des socialistes.  

Quelle majorité ? De gauche ? De droite ? Jusqu'ici, tous ses ralliements les plus spectaculaires sont venus du PS et du MoDem. Mais à droite, à part des élus locaux et quelques anciens ministres de Jacques Chirac, ça ne se bouscule pas parmi les personnalités de premier plan. Un seul parlementaire issu des Républicains, un sénateur de l'Yonne, soutient le candidat d'En marche !. C'est un peu court, et cela pousse Macron à tenter de rééquilibrer sa petite entreprise politique vers la droite. D'où la photo avec Estrosi.

Un grand écart qui n'est pas sans risque : on se demande comment va s'organiser une équipe constituée de gens venus de partis opposés pour l'élection présidentielle, mais surtout pour les législatives. Quelle majorité pour Macron s'il était élu ? Telle est la question. Ses proches verraient volontiers une majorité plutôt à droite, mais des socialistes sont déjà candidats pour y participer : cela pourrait vite tourner à la pétaudière. La conquête du pouvoir par Macron est très compliquée. Mais son exercice le serait plus encore."