Démission de Pierre de Villiers : "Emmanuel Macron a commis un péché d'orgueil", selon Hervé Morin

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L'ancien ministre de la Défense estime que la rupture entre Emmanuel Macron et le chef d'état-major des armées pourrait être "très lourde à porter pour le chef de l'Etat".

INTERVIEW

Emmanuel Macron a gagné son bras de fer contre le chef d'état-major des armées, sur fond de désaccord concernant le budget de l'armée. Le général Pierre de Villiers a annoncé mercredi avoir donné sa démission au chef de l'Etat, "qui l'a acceptée". "Je pense qu'Emmanuel Macron a commis un péché de jeunesse ou un péché d'orgueil", a réagi Hervé Morin, ancien ministre de la Défense (2007-2010), mercredi sur Europe 1.

"Une démonstration publique d'autoritarisme mal venue." Selon lui, il n'était pas nécessaire "de passer par une démonstration publique d'autoritarisme qui était mal venue". D'autant que "le général de Villiers est un homme courageux, un homme loyal, ce n'est pas simplement un homme qui veut de l'argent".

Cet événement est d'autant plus regrettable qu'Emmanuel Macron "avait vraiment bien démarré" son mandat, juge l'ancien ministre : "J'ai trouvé vraiment qu'il avait endossé ce costume qui est tellement singulier en France du chef des armées qu'est le président de la République."

Des demandes légitimes. Et d'après Hervé Morin, les demandes du désormais ancien chef d'état-major des armées étaient légitimes : "Un militaire en opération extérieur, il a du vieux matériel, on lui demande beaucoup. Il y a un engagement des forces (...) qui est considérable."

Son départ risque donc d'être mal vécu par les militaires français : "On a une immense ambition et si on a cette ambition, il faut les moyens. Les militaires vont se dire : 'Notre chef a eu raison d’alerter la nation de ce décalage entre la volonté de la France de peser et les moyens qui sont accordés aux armées françaises.'"

Une rupture qui risque d'être "lourde à porter". Enfin, cet événement pourrait avoir des conséquences sur la popularité du président de la République, en raison du "poids singulier de l'armée française dans la construction de la nation française" : "Quand il y a cette rupture, elle est très lourde à porter pour le chef de l'Etat." Emmanuel Macron a remporté son bras de fer, mais il en regrettera peut-être les conséquences.