Délinquance, effectifs, collectif "notre police assassine"… Les approximations de Nicolas Sarkozy sur la colère des policiers

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Délinquance, effectifs, collectif "notre police assassine"… Les approximations de Nicolas Sarkozy sur la colère des policiers
L’ancien président de la République s’en est pris jeudi au gouvernement sur fond de ras-le-bol des policiers.
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Sur Europe 1, l’ancien président de la République s’en est pris au gouvernement sur fond de ras-le-bol des policiers. Mais les chiffres et les faits qu’il a avancés ne sont pas toujours justes. 

Jeudi matin sur Europe 1, Nicolas Sarkozy a profité de l’actuelle colère des policiers pour fustiger l’action du gouvernement et de François Hollande. Mais l’ancien président de la République, qui a insisté sur le laxisme de l’exécutif en matière pénale, s’est parfois appuyé sur des chiffres faux pour argumenter. Il a aussi pris quelques libertés avec la vérité.

Ce qu’il a dit : "Il y a un collectif qui s’appelle ‘Urgence, la police assassine’, qui organise des manifestations. Il n’y a pas eu une plainte (des autorités) contre eux."

Ce qu’il en est vraiment : Le collectif "Urgence, notre (et non la, ndlr) police assassine", existe bel et bien. Il s’est donné pour devoir de lister et de dénoncer les bavures policières, et d’apporter un soutien aux victimes. Mais contrairement à ce qu’affirme Nicolas Sarkozy, une plainte a bel et bien et déposée à son encontre, par Manuel Valls, le 31 janvier 2013, alors qu’il était ministre de l’Intérieur. Mais après enquête pour "diffamation envers une administration", la fondatrice du collectif, Amal Bentounsi, a été relaxée. Une décision qui explique sans doute que la place Beauvau n’ait plus déposé plainte par la suite. "Ils ne le font pas parce qu'ils savent que d'être déboutés deux fois, ça serait un peu ridicule", souligne le collectif auprès d’europe1.fr

Par ailleurs, si "Urgence, la police assassine" organise bel et bien des manifestations, comme l’affirme l’ancien président de la République, ce n’est pas forcément bien vu par les autorités. Un rassemblement prévu le 18 mai dernier, en marge d’une manifestation de policiers en colère, et qui était prévu place de la République, avait d’ailleurs été interdit par la préfecture de Police de Paris. Difficile donc d’évoquer une quelconque bienveillance de la part des autorités.

Ce qu’il a dit : "Jamais la police n’a été dans une telle situation quand j’étais président de la République."

Ce qu’il en est vraiment : Le quinquennat de Nicolas Sarkozy n’a pas vraiment été un long fleuve tranquille en matière de colère policière. Fin août 2011, des forces de l’ordre avaient ainsi manifesté devant le tribunal de Beauvais pour protester contre la remise en liberté de deux jeunes qui avaient agressé un de leur collègue. Un "laxisme" de la justice que dénonce aujourd’hui Nicolas Sarkozy, mais une décision prise alors qu’il était à l’Elysée depuis plus de quatre ans.

Par ailleurs, au printemps 2012, à l’approche de l’élection présidentielle, de nombreux défilés de policiers avaient eu lieu, à Paris et en province, pour protester contre la mise en examen d’un de leurs collègues, mais aussi pour exprimer un ras-le-bol général. Les similitudes avec le mouvement actuel sont troublantes, puisque c’est la base qui s’était organisée en marge des syndicats, et que les manifestants affichaient leur impression "d’avoir été lâchés". Les fins de quinquennat semblent donc propices à ce type de manifestation. Et Nicolas Sarkozy n’avait pas, en son temps, été épargné.

Ce qu’il a dit : Sur la réduction d’effectifs sous son quinquennat : "C’est un mensonge. La Cour des comptes a publié un rapport démontrant qu’en décembre 2015, il y avait 868 policiers et gendarmes de moins à l’époque de M. Hollande qu’avec moi."

Ce qu’il en est vraiment : Selon un rapport de la Cour des comptes - organise sur lequel s’appuie Nicolas Sarkozy - datant de mars 2013, et relayé par Le Monde, les effectifs de police et de gendarmerie ont bel et bien perdu près de 9.000 postes entre 2007 et 2012. La conséquence de la politique de Révision générale des dépenses publiques (RGPP), lancée par Nicolas Sarkozy lui-même, et qui entraînait le non-remplacement automatique d’un fonctionnaire sur deux passant à la retraite. Ce n’est donc pas "un mensonge". En revanche, quand le candidat à la primaire était ministre de l’Intérieur (entre 2002 et 2004, puis entre 2005 et 2007), les mêmes effectifs avaient bel et bien augmenté, de l’ordre de 7.000 personnels supplémentaires. Mais le solde de Nicolas Sarkozy aux affaires reste négatif.

Quant au rapport de la Cour des comptes évoqué par Nicolas Sarkozy, datant de décembre 2015, il montre bel et bien une baisse des effectifs. Mais si l’ancien président est évasif sur la période ("à l’époque de M. Hollande qu’avec moi"), c’est parce que la période retenu par l’instance de contrôle est 2011-2015. Soit deux années, 2011 et 2012, de budgets décidés sous Nicolas Sarkozy lui-même. Selon un calcul (complexe), réalisé par Libérationen juin 2016, et basé sur les "équivalents temps plein", 1.785 postes ont été créés entre 2013, date du premier budget voté par l’actuelle majorité et 2015. Certes, la promesse de François Hollande d’embaucher 9.000 membres des forces de l’ordre sous le quinquennat est encore loin d’être tenue. Mais c’est aussi parce que la formation de policiers est longue, au moins un an, plus souvent deux. Il faudra donc attendre 2017, voire 2018, pour en voir la traduction sur le terrain.

Ce qu’il a dit :"50% des crimes et délits sont le fait de 5% des délinquants, ce sont toujours les mêmes."

Ce qu’il en est vraiment : Ce n’est pas la première fois, loin de là,  que Nicols Sarkozy martèle ces chiffres. Deux exemples parmi d’autres : en mars 2002 sur France 2 et le 21 avril 2007 dans Le Parisien, l’ancien président avait prononcé exactement la même phrase. Un argument choc censé nourrir un cheval de bataille du candidat : la lutte contre la récidive.

Le chiffre est en fait invérifiable. Aucune étude d’ampleur n’a été menée sur le sujet, explique l’Observatoire national de la délinquance et de la répression pénale (ONDRP). Nicolas Sarkozy s’appuie en fait sur une étude sociologique menée en 2000 dans les régions de Grenoble auprès de 2.300 jeunes âgés de 13 à 19 ans. Et dont les résultats avaient montré, en effet, que dans cette population, 5% des délinquants interrogés étaient responsables de 50% des délits observés. Il s’agit là, précise l’organisme, de la seule étude de délinquance autoreportée jamais menée en France. "Mais c’était sur une tranche d’âge bien précise, dans une région limitée, et en plus cette étude date de 16 ans", relève-ton du côté de l’ONDRP.

En fait, seule une étude au niveau national permettrait de vérifier l’affirmation de Nicolas Sarkozy. "On sait quand même qu’il y a un noyau dur, majoritairement des jeunes, majoritairement des hommes, qui commettent une bonne partie des délits", explique l’Observatoire national de la délinquance. Quant à ce qu’a dit Nicolas Sarkozy, "c’est un peu un raccourci", commente-t-il diplomatiquement.