Congrès du PS : une dernière ligne droite sous haute tension

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Congrès du PS : une dernière ligne droite sous haute tension
@ Martin BUREAU / AFP
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Les candidats au poste de premier secrétaire ont jusqu’au 27 janvier pour déposer leur motion et satisfaire aux nouvelles règles de parrainage. Malgré l’état du parti, la bataille est déjà âpre. 

Un congrès du PS, c’est souvent une lutte des egos et des ambitions. Et les débâcles électorales de 2017, qui ont laissé le parti en miettes, l’on contraint à vendre son siège historique rue de Solférino et le placent quasiment en état de mort clinique, n’ont pas changé la donne pour le rendez-vous de 2018. Pas moins de cinq candidats - six si Julien Dray se décide à y aller - se sont fait connaître. Mais les règles de parrainage ont changé, et tous ne pourront peut-être pas s’aligner avant la date limite du 27 janvier. En attendant, et malgré un processus qui s’annonce long, et peut-être douloureux, la bataille a déjà commencé.

Des nouvelles règles contestées…

D’ici aux 7-8 avril, date du congrès proprement dit,  nombreux sont en effet les obstacles posés sur le chemin du futur premier secrétaire. Il y a d’abord les règles de parrainage, qui ont récemment évolué. Désormais, il faudra 16 signatures de membres du Conseil national pour concourir. Soit 5% des membres. C’est peu et beaucoup à la fois. C’est en tout cas trop pour Delphine Batho, candidate déclarée et qui a déposé vendredi un référé auprès du Tribunal de grande instance de Paris. L'ancienne ministre fustige "un coup d'Etat statutaire" et "une atteinte à une liberté fondamentale", celle d'une "candidature libre qui refuse de s'inscrire dans la logique des courants et des clans". La décision sera rendue jeudi.

La députée des Deux-Sèvres conteste une autre règle : celle qui limite la longueur des motions, rebaptisées textes d’orientation pour l’occasion, déposées par le candidat et ses co-signataires - 50.000 signes - et qui impose les thèmes abordés, au nombre de cinq, dont l’Europe, l’écologie ou la République. Une telle mesure exclura, selon elle, "les débats sur le bilan du quinquennat (...), le féminisme, le travail, le terrorisme, la politique d'asile et d'immigration".

"Est-ce qu'elle a besoin d'entretenir tous les populismes?". Des critiques qui n’ont pas franchement plu à ses camarades. "Est-ce qu'elle a besoin d'entretenir tous les populismes?", s'est indignée Marie-Noëlle Lienemann sur LCP vendredi. L'ex-secrétaire d'État au Logement a par ailleurs exhorté Delphine Batho à venir exprimer son mécontentement directement devant les instances du parti. "Elle est membre de droit du Conseil national, jamais elle ne prend la parole", a-t-elle relevé. Rachid Temal, coordinateur du parti, confirme mardi dans Le Parisien que la députée n'est "jamais" venue défendre sa position devant le CN. "Elle veut faire du buzz et attenter à la réputation de son parti", accuse-t-il.  

…Et mal adoptées

Des règles contestées donc - par une candidate potentielle il est vrai -, mais des règles, aussi, pas vraiment adoptées par un large éventail d’adhérents. Adopté le 9 décembre, ce nouveau règlement a été soumis au vote vendredi dernier. Résultat : 67,37% d’approbation. Un joli score, largement pondéré par la participation. Environ 21.000 adhérents ont participé au scrutin, soit moins de 25% des votants potentiels.

Normal pour un vote technique, assure la direction auprès du Parisien. Luc Carvounas, l’un des cinq candidats déclarés, n’est pas d’accord.  "Les remontées de résultats sont alarmantes. Le vote a été mal préparé par Solferino, le congrès est en danger", s’inquiète le député du Val-de-Marne. L’ancien lieutenant de Manuel Valls plaide désormais pour que le vote électronique soit mis en place pour les prochaines échéances.

Et maintenant ?

Car des scrutins, il en reste encore deux à organiser. Le premier aura lieu le 15 mars, et il concernera les textes d’orientation présentés par les candidats dont la candidature aura été validée. Du résultat dépendra la composition, proportionnellement aux scores obtenus, du prochain Conseil national. Du résultat dépendra aussi, et surtout, l’identité des deux finalistes pour le poste de premier secrétaire. Ce seront les premiers signataires des deux motions arrivées en tête lors de cet officieux premier tour. .

Puis le premier secrétaire sera élu, lors d’un nouveau vote, le 29 mars. Reste à en définir les modalités et surtout à sécuriser le scrutin. Car plusieurs congrès du parti socialiste sont restés dans les mémoires pour des soupçons, parfois très forts, de fraude.

La bataille est lancée

En attendant que ces points soient tranchés, la bataille a déjà commencé. Et comme pour les parrainages, c’est Delphine Batho qui frappe le plus fort. "Un tout petit groupe de personnes, une petite mafia, a confisqué la direction du Parti socialiste", a accusé la députée jeudi sur LCP. "Au Parti socialiste, il y a plusieurs parrains, plusieurs baronnies", avait-elle également estimé le 15 janvier sur Europe 1. De quoi faire d’elle la meilleure ennemie de ses adversaires.

"Ceux qui ont contesté la synthèse hollandaise sont maintenant les premiers à la revendiquer". Les autres candidats potentiels sont pour l’heure plus mesurés. Ils savent déjà qu’ils n’auront peut-être pas à batailler face à Delphine Batho. Tout juste vantent-ils donc pour l’heure leurs qualités, sans s’en prendre nommément aux autres. "Ceux qui ont contesté la synthèse hollandaise sont maintenant les premiers à la revendiquer. J'ai même vu certains dire qu'il fallait une synthèse nouvelle !", a ainsi ironisé Stéphane Le Foll, visant le député européen Emmanuel Maurel, représentant de l'aile gauche du parti.

Le député européen fut en effet l’un des pourfendeurs de François Hollande, dont il jugeait les réformes trop libérales. Et il reste sur sa ligne à gauche toute. "Je veux rassembler toute la gauche. Je considère que rien de ce qui est à gauche ne nous est étranger. C’est peut-être la différence avec certains", a déclaré Emmanuel Maurel sur France 2 le 12 janvier dernier.

"Crise profonde". Quant au favori qui semble se dégager, Olivier Faure, il se tient pour l’heure hors des polémiques. "Je ne me considère pas comme le favori, il y a une semaine on disait que j'étais le challenger", s’est contenté de déclarer le patron des députés PS mardi sur franceinfo. L’homme s’inquiète plus de la mobilisation pour les scrutins à venir. "On dit qu'il y aura entre 30.000 et 40.000 votants. Ça dit effectivement la crise profonde que nous traversons", a regretté l'élu de Seine-et-Marne. A charge aux candidats à la tête du PS de mener une campagne suffisamment convaincante pour rameuter le plus d’adhérents. Si possible sans se déchirer.