Comment "Valeurs actuelles" est devenu incontournable à droite

  • A
  • A
Comment "Valeurs actuelles" est  devenu incontournable à droite
Les Unes choc, l'une des marques de fabrique de Valeurs actuelles.
Partagez sur :

L’hebdomadaire de la droite conservatrice fête en grande pompe ses 50 ans mercredi. Son indéniable succès illustre la droitisation de la société française.

Valeurs actuelles a fait les choses en grand. Pour fêter ses 50 ans d’existence, l’hebdomadaire, chantre de la droite conservatrice, a réservé l’hôtel des Invalides, mercredi soir. Des journalistes, des hommes d’affaires, mais aussi de nombreuses personnalités politiques seront de la partie. Au total, quelque 400 convives, selon le service communication de "Valeurs", comme le surnomment ceux qui font le magazine. Pour les organisateurs de cette soirée, il s’agit de démontrer une nouvelle fois la pleine santé d’une publication qui a su profiter des déboires de la gauche au pouvoir, comme d’une droitisation certaine de la société.

Augmentation de près de 50%. Depuis octobre 2012 et la prise de pouvoir d’Yves de Kerdrel, directeur général du groupe, la diffusion a augmenté de près de 50%. De moins de 85.000 à près de 120.000 exemplaires en Diffusion France Payée, selon l'Alliance pour les chiffres de la presse et des médias (ACPM). Dans le même temps, les autres grands news magazines ont tous perdu des lecteurs, parfois dans des proportions impressionnantes. Le Point est passé de 412.286 à 348.791 exemplaires en Diffusion France Payée, L'Obs de 503.371 à 401.087, L'Express de 433.031 à 300.120 et Marianne de 234.816 à 147.278. En comparaison, la réussite est donc insolente pour le journal détenu, via Pininvest Médias, par le trio Oskandar Safa, Etienne Mougeotte et Charles Villeneuve.

Plus de sujets sociétaux, des Unes controversées. Si Valeurs actuelles a le vent en poupe, c’est d’abord grâce à un choix stratégique gagnant, qui consiste à "sonder les reins et le cœur des Français", selon la formule d’Yves de Kerdrel. "On a pris le pouls de nos lecteurs. Ils reconnaissaient que le magazine était de droite, mais qu’il était mou. Alors on a repensé tout le journal. Désormais, tous les articles sont centrés sur des sujets sociétaux, en assumant un parti pris fort à droite", explique le directeur de la publication de Valeurs actuelles. D’où des Unes accrocheuses, voire controversées, qui ont pour certaines franchi la ligne jaune. Celle du 22 décembre 2013 montrant une Marianne portant un voile islamique, comme celle portant le titre "Roms l’overdose" (22 août 2013) ont ainsi fait l’objet de condamnation pour provocation à la haine raciale ou à la discrimination.

Unes valeurs actuelles

Droitisation. Malgré les tollés, le succès se confirme et s’amplifie. Signe que le recentrage sur les sujets de société au détriment de la politique, reléguée au second plan, fonctionne. "Moi, mon modèle, c’est L’Obs (anciennement Le Nouvel observateur, ndlr) des années 1970-1980, qui surfait sur le mouvement sociétal d’après Mai-68", admet Yves de Kerdrel. Avec une différence de taille. Si à l'époque les idées de gauche imprégnaient la société, désormais, le balancier s’est inversé. "Les enquêtes annuelles du Cevipof (le centre d’études politique de Sciences-Po, ndlr) montrent une droitisation croissante sur les sujets de sociétés, sur l’assistanat, sur l’islam, sur l’éducation. On a un boulevard", se réjouit le patron de "Valeurs".

D’autant que le créneau n’est pas occupé par la concurrence. "Je ne comprends pas pourquoi je suis le seul à avoir installé mon kiosque sur ce boulevard. Les quatre autres magazines se disputent tous le même bout de viande", raille Yves de Kerdrel. "Notre lectorat est provincial à 80%, alors que tous les autres ‘newsmag’ sont parisiens, c’est Paris qui parle à Paris. L’Express, par exemple, est un journal élitiste pour l’élite. Ce n’est pas surprenant qu’il se vende de moins en moins", poursuit le journaliste, passé notamment pas Les Echos et Le Figaro.  

Un syndrome Marianne ? Mais l’hebdomadaire profite aussi incontestablement de la déconfiture de la gauche au pouvoir, impopulaire comme jamais sous la 5ème République. De quoi craindre un "syndrome Marianne", du nom de ce magazine très anti-Sarkozy qui, après avoir prospéré sous l'ancien président de la République, a vu ses ventes s’écrouler après 2012 (de plus de 230.000 exemplaires à moins de 150.000, selon l’ACPM) ? "Je suis extrêmement serein, même si la droite l’emporte", répond Yves de Kerdrel. "Nous continuerons sur nos Unes sociétales, et je crois que, malheureusement pour mon pays, les préoccupations des Français, comme la sécurité et la lutte contre le terrorisme, comme le chômage, vont demeurer et même s’amplifier", prophétise l’homme fort de Valeurs actuelles.  Qui vise même plus haut. "J’ai lancé un plan stratégique qui doit arriver à 200.000 exemplaires en 2020. Et on tiendra cet objectif", plastronne-t-il. Valeurs actuelles présentera d'ailleurs une nouvelle formule dès jeudi pour poursuivre sa progression. 

Des personnalités de droite (et de gauche) aux 50 ans. En attendant donc de franchir cette barre symbolique, Valeurs actuelles va montrer sa bonne forme dans le très chic hôtel national des Invalides. Sans surprise, les personnalités politiques attendues seront essentiellement de droite. "Il y aura des personnalités de gauche, et des conseillers très proches de l’actuel président de la République", corrige Yves de Kerdrel, qui se dit lié d'amitié avec Emmanuel Macron et Arnaud Montebourg. Ces deux-là, toutefois, ne seront pas de la fête. Et en fait de personnalité de gauche, aucun nom n’a fuité, par peur d’une mauvaise publicité, laisse-t-on entendre du côté du magazine.

En revanche, Jean-François Copé, Claude Guéant, Philippe de Villiers, Eric Ciotti sont annoncés, selon des informations de RTL confirmées à Europe1.fr. Sont aussi annoncés Marine Le Pen et sa nièce Marion Le Pen, Nicolas Dupont-Aignan, mais aussi l'ancien directeur de la rédaction du magazine, Patrick Buisson. Nicolas Sarkozy est excusé, il sera à Montauban pour une réunion publique. Les retrouvailles avec son ancien conseiller, devenu son meilleur ennemi depuis la publication de son livre La Cause du peuple, seront pour plus tard. Ça aurait été un joli coup pour "Valeurs".