Ce que nous apprend le doc "Edouard, mon pote de droite", sur le nouveau Premier ministre (Edouard Philippe)

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Ce que nous apprend le doc "Edouard, mon pote de droite", sur le nouveau Premier ministre (Edouard Philippe)
En 2014, Edouard Philippe, pas encore barbu, brigue une réélection à la mairie du Havre. Il est suivi par son ancien camarade de khâgne Laurent Cibien.@ Capture d'écran "Edouard, mon pote de droite"
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Dans ce documentaire portant sur la municipale au Havre en 2014, le nouveau Premier ministre fait volontiers preuve d’humour mais se montre, à alors 43 ans, un politicien déjà chevronné. 

En 2014, quand Laurent Cibien décide de consacrer un documentaire à un certain Edouard Philippe, ce dernier n’est que le maire de Havre en quête d’une réélection. Bonne pioche. Trois ans plus tard - et moins d’un an après la diffusion du film sur France 3 en août 2016 – voilà celui qui avait été effectivement réélu la même année nommé Premier ministre. Alors forcément, Edouard, mon pote de droite, ressort des cartons. Selon Lardux films, le producteur, le documentaire a été téléchargé une centaine de fois en deux jours, avant même sa nomination.

Le titre du film en dit long sur sa genèse. Laurent Cibien et Edouard Philippe ont été élèves ensemble au lycée Janson-de-Sailly, en khâgne, en 1989-1990. Si l’un, de gauche, et l’autre, de droite, se sont perdus de vue, ils ont renoué en 2004 à l’initiative du journaliste, qui a commencé à suivre et filmer son ancien camarade pour "un travail au long cours sur la fabrique du pouvoir dans la France contemporaine". A l’écran, la complicité entre le réalisateur et son sujet, qui n’oublie jamais vraiment la caméra, est souvent - parfois trop - palpable, mais elle permet aussi une inégalable liberté de ton du nouveau chef du gouvernement. Au final, le documentaire permet d’en savoir plus sur un homme encore (mais plus pour longtemps) largement méconnu du grand public.

  • Un politicien déjà chevronné

Quand il mène campagne pour sa réélection au Havre, Edouard Philippe a 43 ans. En politique, c’est jeune. Il est d’ailleurs devenu lundi, à 46 ans, le troisième plus jeune Premier ministre de la 5ème République, derrière Laurent Fabius (pas encore 38 ans en 1984), et Jacques Chirac (43 ans en 1974). Précoce donc, mais il se montre déjà chevronné, avec une définition claire de ce que doit être la bataille politique. "Si vous faites de la politique, il faut avoir en permanence le souci de bien gouverner et le souci de gagner", explique ainsi Edouard Philippe devant ses troupes avant la campagne.

Un élément central du pouvoir, la capacité à nommer

"Il y a un aspect politicien en toute chose. Mais si vous avez que l’aspect politicien vous êtes des merdes. Il ne faut pas faire de politique. Les gens qui ne pensent qu’aux aspects politiciens ne comptent pour rien", insiste ce juppéiste. "Les gens qui ne pensent qu’aux aspects de fond sont de belles âmes, mais comme ils ne gagnent pas, on n’en a un peu rien à foutre", lâche-t-il dans un langage fleuri dont le doc nous apprend qu’il est largement coutumier. Un exemple parmi d’autres : au soir du premier tour de l’élection municipale, alors que les premiers résultats tombent, il lâche ainsi que cela va se jouer à "un poil de b…". Il l’emportera finalement avec 52,04% des voix. Dès le premier tour.

A un autre moment, seul à la table d’un café face à la caméra, alors qu’il a du mal à définir le pouvoir, il se lance : "C’est compliqué de savoir ce qui est le pouvoir. Il y a un élément du pouvoir qui est central, c’est la capacité à nommer, décider des nominations. Le pouvoir du maire, c’est de pouvoir constituer sa liste, de choisir ses collaborateurs et dire ‘à tel poste ce sera lui’. Et pas un autre, lui’. Ça, c’est un vrai élément de pouvoir et d’autorité". Une tirade qui prend tout son sens alors qu’Edouard Philippe doit désormais nommer un gouvernement. "De pouvoir et de responsabilité", poursuit-il dans un sourire. "Car depuis Spiderman, on sait qu’avec de grands pouvoirs viennent de grandes responsabilité."

  • Il manie volontiers l’humour

C’est l’un des autres traits de la personnalité qui ressort de ce documentaire. L’homme manie volontiers l’humour. C’est sans doute plus facile face à un ancien camarade, et c’est un vecteur efficace de popularité. Mais force est de constater qu’Edouard Philippe n’est pas mauvais dans l’exercice, et qu’il n’a ni l’austérité d’un François Fillon ni la rigidité d’Alain Juppé, l’un de ses mentors en politique.

Dans Edouard, mon pote de droite, il s’essaye ainsi à des imitations : celle de Nicolas Sarkozy, celle (furtive) de Jacques Chirac, ou encore celle de Johnny Hallyday. Il lâche aussi, face à plusieurs parapheurs : "Faut pas être intelligent dans ce métier, mais en revanche faut savoir signer. C’est ce qu’on dit. Et c’est vrai d’ailleurs. Parce qu’on signe énormément". Et le jour du premier tour, alors qu’il fait le tour des bureaux de vote et qu’il passe devant l’Hôtel de ville et son fronton, il lance : "C’est la grande marque que je laisserai : ‘liberté, égalité fraternité’. Ça c’était un coup de génie. C’est moi qui l’ai fait…"

Autre exemple : alors qu’il inaugure son QG de campagne et doit parler devant son équipe, certains se plaignent qu’ils ne le voient pas bien. "Si vous croyez que c’est parce que vous me demandez d’aller à gauche je vais aller à gauche vous pouvez fumer, les gars."

  • La gauche, son adversaire

C’est bien un Premier ministre de droite qui entre à l’Elysée. Certes modéré, mais du moins revendiqué comme tel. Au début du documentaire, il présente le réalisateur du film ainsi à ses troupes : "Alors lui, c’est un gauchiste. Un vrai, tendance ultra-gauche, écolo. Mais quand même il est gentil".

Surtout, pendant la campagne municipale, son ennemi, c’est bien la gauche. Qu’il convient de battre. "Tout ce qui consiste à attirer des électeurs qui ne viendraient pas spontanément sur vous, vous le faites en amont. Et plus vous vous rapprochez de l’élection, plus vous essayez d’aller mobiliser les gens qui ont vocation à voter pour vous. C’est comme à la boxe où vous passez du pied droit au pied gauche, c’est exactement ça. Bon en l’occurrence c’est plutôt du pied gauche au pied droit", explique ainsi Edouard Philippe face à son équipe de campagne.

L’homme prend un exemple. "Le festival Le gout des autres (un festival littéraire annuel au Havre, ndlr) :  Je me suis fait sérieusement emmerder au moment où on l’a pensé, y compris par des élus proches de moi qui me disaient : ‘c’est un truc de gauchiste, ça va pas marcher, c’est totalement cérébral’. OK. On l’a fait exactement pour ça. D’abord parce que c’est bien. Ensuite parce que ça permet de les siphonner", lâche-t-il.

A partir de 2'53'' :

  • Il aime les métaphores

Edouard Philippe aime les comparaisons imagées. Avec la boxe, on l’a vu. Mais d’autres exemples émaillent le documentaire. "La politique c’est comme la conduite .Et qui conduit. Est-ce que vous avez envie d’être celui qui prend les décisions, plutôt que celui qui subit les décisions ?", lance-t-il ainsi face à des étudiants. Il compare aussi la volonté de prendre le pouvoir à ceux qui entrent dans une maison avec une idée précise sur comment conduire sa rénovation.

A partir de 46 secondes :


Edouard, mon pote de droite 1par Telerama_BA

Enfin, il file la métaphore équestre pour expliquer les mécanismes d’une campagne électorale. "C’est un peu comme un steeple chase. On court et il y a des obstacles", explique-t-il. "Pour l’instant, on court sur un bon rythme, et on n’est tombé sur aucun obstacle."