Ce que le "Couscousgate" dit de la guerre des clans au FN

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Ce que le "Couscousgate" dit de la guerre des clans au FN
Florian philippot, de plus en plus isolé au FN Cette fois, il lui est reproché d'avoir mangé un couscous. @ JEFF PACHOUD / AFP
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Pendant le week-end, Florian Philippot et ses proches ont été épinglés par des camarades frontistes pour avoir mangé un couscous à Strasbourg. Un épisode qui en dit long sur l’ambiance au FN. 

L’histoire retiendra peut-être que l’éclatement du Front national aura été consécutif à… une sombre affaire de couscous. Depuis plusieurs jours, le parti est secoué par ce qu’il est convenu d’appeler le "Couscousgate". En cause, un repas partagé par Florian Philippot et ses proches dans un restaurant de Strasbourg. Leur "crime", aux yeux de certains (bons) "camarades" frontistes : avoir préféré déguster un couscous plutôt qu’une choucroute, alors qu’ils se trouvaient en Alsace. L’affaire pourrait relever de l’anecdote. Sauf qu’elle dit beaucoup de la crise qui couve au FN, entre les tenants de la ligne Philippot, anti-européenne et souverainiste, et ceux qui veulent revenir aux fondamentaux identitaires du Front.

A l’origine de la crise

Signe des temps, c’est sur Twitter que la polémique a surgi. Mercredi soir, Kelly Betesh, militante du Front national mais également membre de l’association Les patriotes créée en mai dernier par Florian Philippot, volontiers utilisée sur les affiches de campagne du FN, publie une photo depuis un restaurant avec cette légende : "Au meilleur Couscous de Strasbourg". La jeune femme est entourée de Florian Philippot, mais aussi d’Amélie de la Rochère, assistante parlementaire de l’eurodéputé frontiste, des conseillers régionaux frontistes Sophie Montel, Thomas Laval, Joffrey Bollée, et Eric Vilain.

Tous sont des proches de Florian Philippot. Joffrey Bollée est ainsi son directeur de cabinet. Quant à Sophie Montel, elle est une fidèle lieutenante. Il l’avait d’ailleurs défendue - en vain - quand elle avait été écartée de la présidence du groupe FN au conseil régional de Bourgogne-Franche-Comté, notamment pour avoir critiqué la stratégie du parti aux législatives. Bref, la garde rapprochée du vice-président du FN, très contesté en interne. Et ça n’est sans doute pas innocent dans la multitude de réactions outrées qui sont suivi ce tweet.

Des militants (ou sympathisants) s’indignent

Déguster un couscous en Alsace, cet outrage gastronomique n’est pas passé inaperçu auprès des nationalistes purs et durs. Voici une liste - non exhaustive - de réactions sur Twitter :

Petit à petit, le hashtag #couscousgate apparaît. Il sera même en TT France (parmi donc les sujets les plus évoqués) vendredi soir.

Le camp Philippot réplique

Evidemment, les proches de Florian Philippot ripostent. Parfois avec humour, parfois sans.

Florian Philippot lui-même est revenu sur cette polémique lundi matin sur France Inter, et il n’a pas mâché ses mots. "Ça dit que ces gens sont des crétins, qu’est-ce que vous voulez que je vous dise de plus ? Ceux qui parlent de provocation quand on met une photo de couscous à Strasbourg sont juste crétins. Qu’ils se posent des questions", a martelé le vice-président du FN. "Et qu’on leur fasse goûter du couscous, ils verront que c’est très bon. Je rappelle que ça a été amené en France par les pieds-noirs, ça parlera à certains. "

Un mal plus profond

Cet échange illustre un mal beaucoup plus profond au sein du FN. Depuis les défaits du printemps 2017, à la présidentielle et aux législatives, Florian Philippot est de plus en plus contesté au FN. Pour beaucoup, sa ligne essentiellement basée sur l’europhobie d'une part et l'étatisme économique de l'autre, a montré ses limites. Beaucoup souhaitent revenir à des bases plus identitaires et réclament, de plus en plus ouvertement le départ du vice-président du FN. Gilbert Collard est l’un des plus virulents :

Dimanche, lors de son discours de rentrée, c’est Louis Aliot, député des Pyrénées-Orientales, qui s’en est pris, sans jamais le citer, à Florian Philippot et à son omniprésence médiatique. "La politique ne consiste pas à se pavaner à la télévision, elle consiste à être sur le terrain, en expliquant qui nous sommes, ce que nous voulons", a lancé à la tribune celui qui est au passage le compagnon de Marine Le Pen. L’élu a aussi refusé à Florian Philippot la paternité du souverainisme. "En 1995, le FN se battait déjà contre les effets pervers de la mondialisation. Il a toujours combattu les traités [européens] scélérats", a-t-il rappelé, épinglant ceux qui disent : "j’ai apporté ceci, j’ai apporté cela."

De son côté, Florian Philippot a rappelé lundi matin qu’il n’hésiterait pas à quitter son parti en cas de changement de ligne. "Si mon parti demain n’est plus souverainiste, bien évidemment que je n’ai plus rien à y faire", a réaffirmé l’eurodéputé.  "Ce qu'il faudrait clarifier pour le coup, ce serait qu'on sorte de la tambouille interne et qu'on soit audible sur le fond face à Macron", at-t-il glissé au passage, alors que Marine Le Pen lui a récemment demandé de clarifier sa position, lui qui est simultanément président des Patriotes et de vice-président du FN.

Finalement, c’est Sophie Montel qui résume le mieux sur Twitter la situation au FN. Le #couscousgate montre que notre famille politique a encore beaucoup à faire avant la victoire. Merci à ceux qui ont refusé l'obscurantisme.

Sauf que sa famille politique pourrait bientôt décider de faire sans elle. Et sans Florian Philippot.