Ayrault, un chemin de croix à Matignon

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Ayrault, un chemin de croix à Matignon
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ON FAIT LE BILAN - Le Premier ministre a passé moins de deux ans à son poste. Mais il a parfois dû trouver le temps long.

Cette fois, ça y est. Après plusieurs semaines de rumeurs, Jean-Marc Ayrault a finalement démissionné du poste de Premier ministre. Nommé le 15 mai 2012, l’ancien maire de Nantes aura donc tenu près de deux ans à Matignon. Tenu, c’est le bon terme, car rien n’a été facile pendant cette période pour l’ex-patron des députés PS. Retour sur un calvaire de 23 mois.

>>> Des couacs à répétition

Les premiers mois du gouvernement Ayrault ont été marqués par de nombreux ratés, au niveau de la communication, résumés par un vocable : "couacs". Si beaucoup sont venus des ministres, le désormais ex-chef du gouvernement n’a pas été en reste. En octobre 2012, il annonce ainsi que la loi Logement est retoquée par le Conseil constitutionnel, alors même que les Sages, assurent-ils, n’ont pas pris leur décision. Jean-Marc Ayrault sera recadré par François Hollande en personne pour s’être trop précipité.

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Quelques jours plus tard pourtant, Jean-Marc Ayrault dérape à nouveau. Dans Le Parisien, il explique que le retour aux 39 heures n’est "pas un sujet tabou". Tollé à gauche et même dans les rangs du gouvernement, puisque dès le lendemain matin, Michel Sapin, ministre du Travail, assure que les 35 heures resteront la norme. Quelques jours plus tard, le Premier ministre reviendra sur ses propos.

Dernier exemple, mais non des moindres. Il date du 3 février 2013. Le matin, Dominique Bertinotti, annonce que la procréation médicalement assistée figurera bien dans la loi Famille, qui doit être examinée avant la fin de la même année. En déplacement au Cambodge, Jean-Marc Ayrault recadre publiquement sa ministre, qui selon lui a parlé trop vite, et ce alors que les députés débattent à l’Assemblée du Mariage pour tous.



Ayrault recadre Bertinotti sur la PMA : "il...par BFMTV

Mais quelques minutes plus tard, Alain Vidalies, ministre des Relations avec le Parlement, se fait le porte-voix du recul du Premier ministre en affirmant que la loi serait bien étudiée avant la fin de l’année 2013. La droite se gausse. "Il y a un recul du gouvernement! Un recul du gouvernement, ça se prend et ça s'applaudit!", a lancé Hervé Mariton, député UMP de la Drôme dans l'Hémicycle à la reprise des  débats.

>>> Une autorité contestée

Il s’agit sans doute du point le plus douloureux pour Jean-Marc Ayrault. Jamais, en près de deux ans, l’ex-Premier ministre n’aura réussi à mettre ses ministres au pas. Dès les premiers mois, certains membre de l’équipe Ayrault se permettent des sorties sans avoir l’aval du Premier ministre. Citons Vincent Peillon (Education), qui annonce trop tôt le retour à la semaine de 5 jours à l’école, Manuel Valls (Intérieur) qui enterre le récépissé après contrôle d’identité, ou encore Cécile Duflot (Logement) qui se prononce pour la dépénalisation du cannabis.

Alors en septembre 2012, Jean-Marc Ayrault tape du poing sur la table. "Ça suffit, ça vaut pour tout le monde.  Il y a une règle qui a été fixée dès le départ, pour tous les membres du gouvernement, c'est que la discussion a lieu au sein du Conseil des ministres", prévient-il sur France Inter. "Si ça devait continuer, chacun devra prendre ses responsabilités. C'est clair, c'est net." Et pourtant…

Le message ne semble pas avoir été entendu. Et notamment pas par Arnaud Montebourg, qui s’écharpe publiquement avec Jean-Marc Ayrault sur le dossier Florange. Les deux hommes auront même un échange téléphonique des plus houleux, confirmé par le Premier ministre dans le JDD. "Tu fais chier la terre entière avec ton aéroport de Notre-Dame-des-Landes, tu gères la France comme le conseil municipal de Nantes", lui a lancé le ministre du Redressement productif. Qui ne sera pas écarté pour autant. "Nous sommes une équipe, nous devons jouer collectif", a expliqué Jean-Marc Ayrault pour expliquer le maintien d’Arnaud Montebourg à son poste.

 
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Finalement, seule Delphine Batho, ministre de l’Ecologie, sera virée du gouvernement, en juillet 2013. Son tort : avoir critiqué le budget alloué à son ministère. Le Premier ministre voulait faire un exemple. Mais après ce limogeage, rien ne changera vraiment.

Au point que Jean-Marc Ayrault sera frontalement attaqué dans sa propre majorité. Les charges les plus violentes viennent de Malek Boutih. Selon le député de l’Essonne réclame la démission du Premier ministre dès novembre 2013. En janvier, il juge qu’il est le poids mort de la gauche. Et récemment encore, sur Europe 1, l’ancien président de SOS Racisme affirmait que Jean-Marc Ayrault "n’a pas la carrure d’un Premier ministre". Ambiance…

 

Malek Boutih : "Ayrault n’avait pas la carrure...par Europe1fr

Dans ce contexte, la droite a beau jeu de questionner la légitimité même de Jean-Marc Ayrault. A plusieurs reprises, Christian Jacob, le patron des députés UMP, a livré une charge violente, dans l’Hémicycle, contre l’ex-Premier ministre. La dernière fois, c’était en novembre 2013, et l’échange avait été vif :



 Ayrault accuse Jacob de "remettre en cause la...par francetvinfo

>>> Une impopularité record

Ce dernier point est finalement la conséquence des deux autres. Jamais, sous la 5e République, Premier ministre n’aura été aussi impopulaire que Jean-Marc Ayrault, pour le coup solidaire de François Hollande dans la chute des courbes. L’état de grâce n’aura duré qu’un trimestre, le temps pour l’ex-Premier ministre de descendre sous la barre des 50% de satisfaction. Depuis, et malgré un rebond en début d’année 2014, c’est la descente aux enfers.

Le passage de Jean-Marc Ayrault à Matignon n’aura donc rien eu du long fleuve tranquille. Et si l’ex-Premier ministre était finalement soulagé de passer la main ? Il a en tous cas toutes les raisons de l’être.


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