Sécurité, économie, primaire : les principales déclarations d'Alain Juppé

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Sécurité, économie, primaire : les principales déclarations d'Alain Juppé
@ Europe 1
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L'ancien Premier ministre et maire de Bordeaux, Alain Juppé, était l'invité exceptionnel d'Europe 1 mardi. 

L'ESSENTIEL

Alain Juppé étaitl'invité exceptionnel de la matinale d'Europe 1 mardi. Le maire de Bordeaux a répondu aux questions des journalistes et des auditeurs notamment à propos de la publication mercredi de son livre-programme Pour un Etat fort (JC Lattès). 

"Je ne me sens pas toujours Charlie lorsque j'ouvre Charlie". L'ancien Premier ministre a d'abord fait part de ses bonnes résolutions pour 2016 - faire "un quart d'heure de gym tous les matins" - avant de révéler le petit SMS qu'il a envoyé à Nicolas Sarkozy pour la nouvelle année, "Bonne année mon cher Nicolas pour toi et tous ceux que tu aimes", et pour lequel il n'a pas encore eu de réponse. Alain Juppé a aussi avoué qu'il ne se sent pas toujours Charlie lorsqu'il ouvre l'hebdomadaire satirique attaqué le 7 janvier 2015 mais qu'il s'était senti Charlie lorsque l'on assassine ses journalistes. 



"Changer de politique économique". Interrogé par Axel de Tarlé sur la formation de 500.000 chômeurs, mesure de l'exécutif, Alain Juppé a critiqué "un effet d'annonce" et plaidé pour "changer de logiciel complètement : oui, la formation c'est utile mais 500.000 chômeurs, on n'y arrivera pas. Le vrai problème, c'est de créer des emplois". Pour cela, le maire de Bordeaux préconise de "simplifier drastiquement le code du Travail" et d'instaurer "des déclics de confiance" notamment en établissant dès la signature du contrat de travail les conditions pour le rompre. "C'est en rendant le licenciement difficile, coûteux et long que l'on crée du chômage", a-t-il expliqué. Alain Juppé s'est aussi prononcé pour la dégressivité des indemnités de chômage.


Chômage : "il faut changer de logiciel", pour...par Europe1fr

"J'ai changé". Le maire de Bordeaux est ensuite revenu sur l'échec de sa réforme des retraites en 1995 : "je n'étais pas prêt", assurant à l'inverse l'être parfaitement aujourd'hui. "J'ai changé et j'ai compris qu'il fallait d'abord écouter, concerter, se mettre d'accord sur une réforme", a-t-il assuré. L'ancien Premier ministre s'est aussi prononcé pour une harmonisation à terme des régimes de retraite ainsi que "décaler l'âge de départ à la retraite à 65 ans si l'on veut éviter l'effondrement des régimes de retraite". Il a enfin affirmé qu'il reprendrait l'une des mesures phares de Nicolas Sarkozy, le non-remplacement d'un fonctionnaire sur deux, car "il faut diminuer le poids de la dépense publique sur l'économie française". 

Emmanuel Macron ? Il a beaucoup de talent mais... Questionné sur Emmanuel Macron, Alain Juppé a reconnu que le ministre actuel de l'Economie avait beaucoup de talent mais il n'a pas résisté à lui adresser cette petite pique : "je n'aime pas les ministres qui passent leur temps à contredire ce que disent leur Premier ministre ou leur président de la République". "Il a un comportement au gouvernement qui n'est pas ce que j'attends d'un ministre", a-t-il ajouté. 

"La modération est une vertu". Le philosophe Raphaël Enthoven a ensuite titillé le maire de Bordeaux sur "sa modération" qui n'est pas propre à "éveiller les foules". "Je dis que la modération est une vertu", lui a répondu Alain Juppé. "Le plus facile, c'est le fanatisme, l'excès. Retrouver le sens de l'équilibre, c'est pour moi la modération et c'est une véritable discipline personnelle", a-t-il poursuivi avant de se laisser aller à cette envolée lyrique dont il n'est pas forcément coutumier : "la seule chose dont on peut user sans modération c'est l'amour".


Alain Juppé face à la modération selon Montesquieupar Europe1fr

"J'appelle à la désescalade entre l'Iran et l'Arabie Saoudite". Sur les questions internationales, Alain Juppé s'est attardé sur la situation en Libye : "le recours à la force contre l'Etat islamique est une question qui se pose". Il a aussi persisté sur le fait que l'Occident n'avait pas à aller directement au sol en Irak et en Syrie : "c'est aux Etats de la région de le faire". L'ex-Premier ministre s'est ensuite inquiété des tensions très fortes entre l'Arabie Saoudite et l'Iran : "c'est très préoccupant, j'appelle à la désescalade", il faut les mettre autour de la table". 



Rendre apatrides des Français coupables de terrorisme, "une ligne rouge absolue". Si quelques voix s'élèvent dans le débat politique pour déchoir de leur nationalité des Français qui n'ont que la nationalité française et qui se seraient coupables de terrorisme, la voix d'Alain Juppé n'en fera pas partie : "pour moi, c'est une ligne rouge absolue. Ce n'est pas un problème juridique mais moral. Est-ce que la patrie des droits de l'homme peut se mettre en contradiction avec la Déclaration universelle des droits de l'homme ? Pour moi la réponse est non". Sur la déchéance de nationalité des binationaux nés Français, "ça ne pose pas de problème moral" pour Alain Juppé même s'il juge la mesure symbolique et qu'il s'interroge sur la nécessité de procéder à une révision de la Constitution pour cela. 



Immigration, sécurité, justice.... les propositions d'Alain Juppé. Interrogé sur les propositions qu'il développe dans son livre-programme, Alain Juppé s'est d'abord attardé sur l'immigration. Il souhaite, à l'instar du Canada, mieux contrôler l'immigration légale et propose de voter chaque année, notamment en fonction du contexte économique, sur un quota que la France est prête à accueillir. Sur la sécurité, le maire de Bordeaux a deux priorités : "mettre plus de forces de sécurité sur le terrain, en mobilisant les réserves de la gendarmerie et de la police, et améliorer le fonctionnement du renseignement en donnant une place plus importante à la gendarmerie dans le renseignement territorial et en utilisant des méthodes plus modernes de renseignement". Alain Juppé se dit aussi favorable à la création d'une commission d'enquête après les attentats de 2015 "mais pour construire et non pas pour régler des comptes". Il se prononce aussi pour la création de 10.000 places de prison.


Terrorisme et sécurité : "Je suis fidèle à mes...par Europe1fr

"L'Europe coule, Schengen est mort". Sur l'Europe, Alain Juppé est catégorique : "l'Europe est morte, Schengen coule". Le candidat à la primaire de la droite plaide pour un nouveau traité et pour une relance de l'Europe avec l'Allemagne. "Il faut maintenir la liberté de circulation à l'intérieur des pays qui voudront bien travailler ensemble, il faut harmoniser les politiques d'immigration et d'asile", développe-t-il. "On a dit qu'avec Schengen, nous avions perdu notre souveraineté, ce n'est pas vrai, nous n'avons justement pas transféré notre souveraineté au point que les agents de Frontex ne peuvent pas avoir accès aux fichiers de police", poursuit-il.

La guerre des primaires ? "Je n'ai que deux adversaires : le FN et le pouvoir". Concernant la primaire de la droite et du centre pour la présidentielle, Alain Juppé botte en touche et explique n'avoir que deux adversaires : "le Front national, parce que son programme serait pour une moi une catastrophe pour la France et d'autre part le pouvoir en France qui découvre au bout de quatre années qu'il y a urgence à lutter contre le chômage". "Pour le reste", poursuit-il, "ce sont des concurrents et nous trouverons le moyen d'assumer cette compétition dans le meilleur esprit possible".

"J'ai toujours été un homme de droite"."En 2017, ce ne doit pas être un vote de rejet mais d'adhésion, un vote de confiance", explique encore Alain Juppé. S'il est favorable au dépassement des clivages gauche/droite, le maire de Bordeaux poursuit néanmoins avec cette confidence ironique : "je gouverne la communauté urbaine de Bordeaux depuis 20 ans avec la minorité socialiste et s'il y a des bonnes idées, je les prend. Mais il n'y en a pas beaucoup". Il termine l'interview avec Jean-Pierre Elkabbach en affirmant notamment qu'il a "toujours été un homme de droite" car il "croit profondément à la primauté de la personne humaine sur le collectif". 

"Les Français ont besoin de quelqu'un qui les rassure". Interrogé par les auditeurs, Alain Juppé s'est vu reprocher son âge peu compatible, selon certains, avec la fonction présidentielle; le candidat à la primaire de la droite aura ainsi 72 ans au premier tour en 2017. "L'expérience peut permettre aujourd'hui d'avoir une vision apaisée et déterminée", s'est-il défendu. "J'ai beaucoup appris dans ma vie politique et je crois que je peux apporter cela. Les Français ont besoin de quelqu'un qui les rassure par sa détermination et son sens de l'équilibre", a-t-il poursuivi. 



"J'espère que je vais surprendre les Français". Pour terminer ces deux heures de matinale, Alain Juppé s'est vu interroger sur sa personnalité et sur le président qu'il serait s'il est élu. "J'espère que je vais surprendre les Français et leur redonner confiance", a-t-il affirmé. Celui qui souhaite "redonner de la hauteur de vue à la fonction présidentielle" explique qu'il vivra "bien évidemment à l'Elysée" s'il est désigné par le suffrage. Oui, il nommera des ministres d'ouverture mais pour la baisse du salaire des ministres, "on verra, c'est de la poudre aux yeux". Alain Juppé a terminé par quelques mots affectueux à l'égard de Jacques Chirac qui l'avait jadis désigné comme "le meilleur d'entre nous". Il a enfin accepté de dire ce qu'il ferait s'il n'est pas président de la République en 2017 : "terminer son mandat à Bordeaux et écrire mais oui, la politique nationale sera terminée".