BarakaCity : Vallaud-Belkacem ou l'indignation à retardement

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BarakaCity : Vallaud-Belkacem ou l'indignation à retardement
@ MIGUEL MEDINA / AFP
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La ministre de l’Education avait réagi mollement face au refus d’Idriss Sihamedi de condamner Daech sur Canal+. Elle tacle la chaîne et se défend dans Le Parisien.

Najat Vallaud-Belkacem plaide la sidération. Deux jours après un passage remarqué, et critiqué, au Supplément de Canal+, la ministre de l’Education se défend mardi dans Le Parisien de ne pas s’être assez offusquée face à l’attitude d’Idriss Sihamedi, président de l’ONG islamique BarakaCity. De la "sidération" à l’"horreur", récit en quatre actes d’une opération de rattrapage un brin tardive.

Acte 1 : "mal à l’aise". "Idriss Sihamedi, venu évoquer la situation de l’un de ses salariés, Moussa, emprisonné au Bangladesh, a d’abord  assumer ne pas serrer la main des femmes " comme certains rabbins". Il a ensuite longuement louvoyé quand on lui demandait s’il condamnait l’Etat islamique. "Je pense que ce n’est pas équitable, ce n’est pas juste de poser la question à un musulman comme moi parce que je suis musulman", a-t-il répondu. "S’ils tuent des gens, s’ils brûlent des gens dans des cages, s’ils tirent sur des femmes enceintes, je vais pas vous dire je condamne pas. Mais je suis gêné de la question", a-t-il reconnu.


Le malaise de Najat Vallaud-Belkacem après les...par LeLab_E1

Visiblement gênée elle aussi, Najat Vallaud-Belkacem, interrogée par Ali Badou, refuse dans un premier temps de réagir, puis se contente ensuite de dénoncer "une façon de voir les choses qui n’est pas la mienne, à laquelle je ne souscris pas et qui me met aussi mal à l’aise".


L'absence de réaction de Najat Vallaud-Belkacem...par LeLab_E1

Acte 2 : "sidération", "profond désaccord". Puis l’indignation de la ministre de l’Education est allée crescendo. Lundi, comme le remarquait Le Lab, elle postait sur Facebook une réaction autrement plus vindicative. "Je tiens à ne laisser subsister aucune ambiguïté", écrit la ministre. "Au-delà de la sidération provoquée par le refus inadmissible, et inédit à ma connaissance dans ce type d’émission, de condamner clairement Daesh, les propos de cet individu mettent en cause les principes fondamentaux de notre République, notamment l’égalité entre les femmes et les hommes. C’est la raison pour laquelle j’ai non seulement exprimé mon profond désaccord, mais aussi refusé d’engager un débat avec un individu qui se situe en dehors du champ républicain", se justifie-t-elle.

Acte 3 :"Mais quelle horreur !" Najat Vallaud-Belkacem se montre plus virulente encore mardi dans Le Parisien. Elle explique d’abord sa réaction a minima par la "sidération", encore, et par le mépris. "Franchement, son attitude et ses propos se suffisaient à eux-mêmes : les téléspectateurs n’avaient pas besoin d’une explication de texte face à tant de sectarisme et de bêtise", juge-t-elle. "quant à son refus de serrer la main des femmes, je fulminais : un commentaire était-il nécessaire ? ", s’interroge-t-elle, dans le même esprit.

Mais la ministre de l’Education s’en prend aussi à mots couverts à Canal+. "Je me suis dit : ‘Mais quelle horreur !’ Comment a-t-on pu laisser un tel individu s'exprimer ? C'était plus que de l'indignation, de la nausée. Evitons d'élever au rang d'interlocuteurs des gens qui se situent en dehors du champ républicain", s’offusque-t-elle. "Aurais-je dû m'engager dans un débat avec cet individu, aller au clash dans les trente secondes de temps de parole qui m'étaient offertes à la fin de son interview ? Non, car cela aurait été reconnaître une valeur à sa parole, lui donner beaucoup d'importance", se justifie encore Najat Vallaud-Belkacem. 

Acte 4 : l'opposition se réveille. Pas franchement réactive non plus, l'opposition a décidé de se saisir de l'affaire mardi après-midi.  "Najat Vallaud-Belkacem ne peut pas se laisser humilier comme elle s'est laissée humilier. Non seulement elle est humiliée, mais c'est le gouvernement, c'est la France qui est humiliée par son attitude. La République ne peut pas être humiliée par l'attitude d'un de ses ministres", a ainsi lancé Christian Jacob en marge de ses vœux à la presse. "On l'a vue surréagir sur beaucoup d'autres sujets et là se laisser humilier de la sorte, ce n'est pas acceptable", a ajouté le président du groupe Les Républicains.

Le sujet a aussi fait l'objet d'une question au gouvernement mardi à l'Assemblée. "Nous avons vu une ministre de la République passive, qui réagit a minima devant des propos purement scandaleux", s'est insurgé  le député LR Yves Nicolin, remarqué par Le Lab. "Vous n'avez pas eu le courage de vous lever, de monter l'exemple. Madame, par votre silence, vous avez laissé faire. Par votre complaisance, vous n'avez pas été à la hauteur." Polémique artificielle, a répondu la ministre. "J'ai refusé de servir la soupe à ce monsieur en lui offrant une tribune supplémentaire. Monsieur le député, ma règle est simple : on ne débat pas contre les ennemis de la République, on les combat, on les combat, et mon combat est total. Il exclut tout dialogue artificiel et toute mise en scène."