Venezuela : "C'est très clairement un régime qui se durcit", selon Gaspard Estrada

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Le politologue Gaspard Estrada dresse le portrait d'un pays en proie à la violence. Mais l'origine du problème reste selon lui la grave crise économique que connaît le pays.

INTERVIEW

Vive tension au Venezuela. Après l'élection contestée d'une Assemblée constituante dimanche, celle-ci doit se réunir pour la première fois ce mercredi. Les opposants au régime du président Nicolas Maduro ont prévu de manifester dès le lendemain. Gaspard Estrada, politologue et directeur exécutif de l’Observatoire Politique de l'Amérique latine et des Caraïbes (Opalc), à Sciences Po, était l'invité de la matinale d'Europe 1 pour décrypter cette situation explosive.

Un dialogue impossible. "Aujourd'hui, le Venezuela se trouve dans une très grave crise politique, économique et sociale. Et on voit mal comment l'opposition et le gouvernement vont pouvoir entamer un dialogue qui s'avère nécessaire compte tenu des violences", indique le spécialiste, qui rappelle que 120 personnes sont mortes depuis le début de l'année. Le nombre de votants - 8 millions annoncés par le pouvoir en place - est par ailleurs contesté par l'agence Reuters. "Une guerre des chiffres", pour Gaspard Estrada. "Il y a deux semaines, l'opposition avait organisé une consultation. L'opposition avait clamé une participation de plus ou moins 7,6 millions de Vénézuéliens. Un chiffre qui n'est pas en mesure d'être vérifié non plus."

Violations du droit. Plus que deux camps qui s'affrontent, le politologue relève de claires violations du droit. "Lorsque vous avez des civils qui sont jugés dans des tribunaux militaires, lorsque vous avez une Cour suprême qui décide de dissoudre l'Assemblée nationale, il y a bien des violations du droit (...) C'est très clairement un régime qui se durcit, qui ne veut pas de conciliation. On l'a vu il y a quelques heures quand deux leaders de l'opposition qui étaient assignés à résidence ont été remis en prison", explique le spécialiste, qui souligne le contexte de très grave crise économique et sanitaire avec "une pénurie alimentaire". "Et la réponse donnée par le gouvernement a été une réponse institutionnelle : la convocation de cette Assemblée constituante. Or, le problème des Vénézuéliens, c'est la crise économique", conclut le politologue.