Ramadi, Palmyre : pourquoi la coalition a échoué face à l'Etat islamique

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Ramadi, Palmyre : pourquoi la coalition a échoué face à l'Etat islamique
Un homme installe un drapeau de l'organisation Etat islamique à Ramadi en Irak@ AFP/AAMAQ NEWS VIA YOUTUBE
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Les pays de la coalition contre l'Etat islamique sont réunis mardi à Paris. Si leurs frappes ont ralenti les djihadistes, elles ne les ont pas détruits.

Les représentants de la coalition internationale sont réunis mardi à Paris pour discuter de leur stratégie en Irak. Depuis près de neuf mois, 22 pays sont engagés pour défaire l'avancée du groupe Etat islamique dans ce pays, mais aussi dans celui voisin, en Syrie. Au total, près de 4.000 raids aériens ont été lancés dans les deux pays, mais le bilan des forces armées coordonnées par les Etats-Unis fait l'objet de critiques.

Le Premier ministre irakien, qui a fait le déplacement à Paris mardi, a ouvert l'offensive contre les opérations militaires internationales dans son pays. "Je pense que c'est un échec de la communauté internationale", a lancé Haider al-Abadi avant de rencontrer au Quai d'Orsay une vingtaine de ministres et de représentants d'organisations internationales membres de la coalition. Depuis un an, et malgré les bombardements, l'Etat islamique, des radicaux sunnites ultra-violents, continue d'avancer et d'engranger certaines victoires, contrôlant de vastes pans de territoire à cheval entre les deux pays. Ses dernières prises : la ville de Ramadi, en Irak, à la mi-mai et Palmyre et ses ruines archéologiques, en Syrie, une semaine après.

  • L'Irak parle de difficultés d'acheminement

"Concernant le soutien à l'Irak, il y a beaucoup de mots, mais peu d'actions sur le terrain", a fustigé le chef du gouvernement irakien, citant notamment les problèmes de son pays pour obtenir armes et munitions afin de combattre les djihadistes. Au cours de l'année, des militaires, gradés ou non, irakiens ou kurdes, ont plusieurs fois fait part des difficultés pour acheminer du matériel jusqu'au front. Au mois de septembre, des peshmergas avaient pointé du doigt la France, qui tardait, selon eux, à les équiper. Mais le ministère de la Défense avait assuré avoir bien procédé aux livraisons d'armes.

  • La formation prend du temps

"Evidemment, les bombardements seuls ne suffiront pas à résoudre le problème. Les Etats majors en ont conscience", explique le journaliste spécialiste des questions de défense Didier François. "Il faut continuer à former, à soutenir et à encadrer les armées et les milices locales qui, elles, vont combattre les djihadistes sur le terrain", ajoute-t-il, précisant que "cela prend du temps". Un responsable américain resté anonyme a affirmé que les troupes qui avaient abandonné Ramadi n'avaient pas été entraînées par la coalition.

Lors de la réunion de mardi, il a donc aussi été question de l'entraînement des troupes irakiennes par des membres de la coalition. Une douzaine de membres de la coalition ont pour l'heure formé 7.000 militaires irakiens et 4.000 autres sont en cours de formation, selon le responsable.

Palmyre Syrie Etat islamique

© AFP

  • L'Etat islamique s'adapte ...

On l'a constaté ces dernières semaines, avec la chute de Ramadi en Irak puis la prise de Palmyre en Syrie : les capacités offensives de l'organisation Etat islamique sont toujours importantes. Les combattants djihadistes "ont appris à s'adapter pour échapper partiellement aux frappes aériennes de la coalition mais surtout, ils savent combattre, déceler et exploiter les faiblesses des dispositifs adverses", décrypte Didier François. Les djihadistes ont par exemple récemment eu recours à une trentaine des "camions bombes", bourrés de tonnes d'explosifs et protégés avec des armatures en acier, dans leur conquête de Ramadi. L'EI "réalise très rapidement ce que les militaires appellent des 'bascules d'effort' d'un point du front vers un autre. Cela impose aux armées de la coalition un effort permanent de concertation pour faire évoluer leur tactique", continue le journaliste.

  • ... à des frappes qui prouvé leur efficacité

Pour autant, les récentes conquêtes locales de Palmyre et Ramadi ne remettent pas en cause la stratégie globale des Occidentaux. La "détermination est totale" dans ce "combat de long terme", a assuré à l'issue de la réunion de mardi le chef de la diplomatie française Laurent Fabius. Pour les membres de la coalition, les frappes aériennes ont globalement limité l'avancée de l'Etat islamique depuis l'été 2014, notamment autour du barrage de Mossoul et de la ville kurde de Kobané en Syrie.