Pierre Vermeren : "les Belges n'ont pas vu ce qui allait arriver"

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Sur Europe 1, Pierre Vermeren, spécialiste du monde arabe, est revenu sur les processus historiques qui ont mené aux attentats de Bruxelles, le 22 mars dernier.

INTERVIEW

"Dans cette affaire de Bruxelles, on a un télescopage d'histoires". Invité du Club de la presse, Pierre Vermeren a analysé mardi sur Europe 1 les origines du terrorisme en Belgique, qui ont mené, le 22 mars dernier, aux attentats de Bruxelles. "Il y a deux histoires : celle du djihad, qui fait des émules en Europe, et dans un certain nombre de banlieues notamment, et celle de l'immigration et en l'occurrence des réseaux, pour beaucoup, parce qu'il ne faut pas englober ou caricaturer des populations, d'origine marocaine et en particulier de la région du Rif, au nord du Maroc", précise l'historien, maître de conférences à l'université Paris I-Panthéon Sorbonne et auteur de La France en terre d'islam.

"Aucune expérience des pays musulmans méditerranéens". "Là en plus, il faut ajouter l'histoire de la Belgique, qui a eu un empire colonial au Congo belge mais aucune expérience des pays musulmans méditerranéens. Ils ont vu arriver sur leur sol des Maghrébins, une société méditerranéenne avec la culture de l'omerta, la solidarité familiale, patriarcale, très éloignée de la culture belge. Les Belges n'ont pas percuté et n'ont pas non plus, comme le font les Français, perçu que l’islam était aussi une affaire politique. Ils n'ont pas tellement laissé les imams marocains prospecter et les fonctionnaires marocains, ils s'en sont méfiés. Ils n'ont pas vu ce qui allait arriver. Ce n'était pas prévisible, d'ailleurs. Et ils ont été dépassés", ajoute Pierre Vermeren.

"Molenbeek, c'est l'histoire d'un réseau". Deux des auteurs des attentats de Bruxelles, Khalid et Ibrahim El Bakraoui, étaient pourtant bien connus de la justice belge, notamment pour des faits de grand banditisme et non de terrorisme. "Molenbeek, c'est l'histoire d'un réseau", continue l'historien. "On a longtemps parlé de loups solitaires, d'individus radicalisés, voire même de jeunes Français catholiques radicalisés. Là, on est sur un réseau structuré dont on n'a pas les têtes. On a des personnes, des petits délinquants, qui à un moment, faisaient partie de ces réseaux. Cette histoire tragique à laquelle on a assisté à Bruxelles, c'est la rencontre entre des réseaux délinquants, et, tout à coup, une cause qui devient la cause des djihadistes". Quant à savoir s'il existe des quartiers en France avec les mêmes caractéristiques que Molenbeek, "l'histoire le dira", estime Pierre Vermeren.