"Make America Great Again" : Donald Trump est-il en passe de réussir son pari ?

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"Make America Great Again" : Donald Trump est-il en passe de réussir son pari ?
Donald Trump milite avec un nouveau slogan : "Keep America great".@ SAUL LOEB / AFP
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En campagne pour les midterms, les élections de mi-mandat américaines, Donald Trump met en avant les résultats de sa politique économique. Mais son bilan en la matière est-il aussi reluisant qu’il l’affirme ?

ON DÉCRYPTE

"Things are getting better. We can’t go back" ("Les choses s’améliorent. Nous ne pouvons pas faire marche arrière"). C’est en ces termes qu’est vantée la réussite économique de Donald Trump dans un spot pour les midterms, les élections de mi-mandat aux États-Unis. Depuis le début de la campagne, l'économie constitue la carte majeure du président américain : pas un jour, quasiment, ne se passe sans que le milliardaire ne se glorifie du dynamisme économique du pays, s'attribuant entièrement les lauriers de cette performance et incitant les Américains à voter pour les candidats républicains. S’il est vrai que l’économie américaine se porte très bien, Donald Trump ne peut s’en attribuer seul tout le crédit et devrait se méfier de l’avenir.

Une économie au beau fixe

Le milliardaire Donald Trump avait promis de restaurer la grandeur des États-Unis et force est de constater que, sur le plan purement économique, le pays se porte comme un charme. La croissance américaine a fait un bond au deuxième trimestre 2018, franchissant la barre des 4% pour la première fois en quatre ans. La Fed, la banque centrale des États-Unis, table désormais sur une croissance de 3,1% cette année. Si cette prévision se réalisait, il s’agirait d’un plus haut depuis 2005. Une dynamique qui fait le bonheur du président : "L'économie se porte super bien, peut-être la meilleure de l'histoire de notre pays", s’est-il vanté récemment.

Quant au taux de chômage, il est tombé en septembre à 3,7%, son plus bas niveau depuis décembre 1969. Il est d’ores et déjà inférieur à la prévision initiale de 3,9%, alors qu’il reste encore un trimestre à comptabiliser. L'administration Trump aime aussi à souligner que le taux de chômage dans les communautés hispanique et noire a fortement diminué depuis que l'ancien homme d'affaires est président, même s'il reste largement supérieur à celui des blancs. Toutefois, ces chiffres ne prennent pas en compte les quelque 23 millions d’adultes inactifs, soit 11% des 25-54 ans (contre 9% en 2007), qui ne sont pas pris en compte dans les statistiques du chômage.

Beaucoup d'indicateurs dans le vert. L’influence de Donald Trump sur ces bons résultats économiques est réelle : la refonte fiscale promulguée par le président fin 2017, la plus importante depuis trente ans, stimule largement l'économie américaine puisque celle-ci a réduit certains impôts sur le revenu et surtout abaissé nettement l'impôt sur les sociétés (de 35% à 21%). Le profil de Donald Trump, un milliardaire du monde des affaires, a par ailleurs contribué à redonner confiance à Wall Street : le Dow Jones s'affiche actuellement en hausse de 45% depuis l'élection présidentielle en novembre 2016.

Touche finale au tableau, plusieurs autres indicateurs enchaînent les mois dans le vert : l'inflation est sous contrôle (2,2%), la confiance des ménages atteint régulièrement des sommets et la consommation des ménages, véritable moteur de la croissance, est en hausse.

Trump peut remercier Obama

Toutefois, Donald Trump surfe aussi et surtout sur une conjoncture extrêmement favorable. Le milliardaire a pris ses fonctions quand l'économie avait déjà été assainie par l'administration de son prédécesseur, Barack Obama, qui, lui, avait pris ses fonctions dans un pays en proie à une profonde récession consécutive à la crise financière de 2008. Et la façon qu’a l’actuel locataire de la Maison-Blanche de s’attribuer tous les lauriers de la bonne santé de l’économie américaine a même poussé Barack Obama à sortir de sa réserve.

Obama met les choses au point. Début septembre, l’ancien président, s’est fendu d’une intervention publique pour faire une mise au point. Barack Obama a d'abord rappelé le contexte : lors de son élection, en 2008, l'économie américaine perdait 800.000 emplois chaque mois. "Quand j'ai quitté mes fonctions, le revenu des ménages était proche d'un record (…) et les salaires augmentaient", a fait valoir le 44ème président des États-Unis.

"Quand j'entends combien l'économie se porte bien, je dis rappelons-nous quand la reprise a commencé", a-t-il insisté. "Je suis heureux que cela se poursuive mais quand on entend parler de miracle économique (…) Je dois leur rappeler que les chiffres relatifs à l'emploi sont assez proches de ce qu'ils étaient en 2015 et 2016." De fait, les créations d'emplois ont été, en moyenne mensuelle, de 183.000 en 2017 et de 211.000 cette année, contre 195.000 en 2016 et 226.000 en 2015.

"Il n'y a aucun doute que le crédit est à mettre au compte d'un mélange" des deux présidences, estime Douglas Holtz-Eakin, ancien directeur du Bureau du budget du Congrès. "Les chiffres montrent clairement que l'expansion a démarré sous le président Obama (…) et Trump surfe sur les tendances dont il a hérité", a, de son côté, avancé Jared Bernstein, l'ancien conseiller économique du vice-président d'Obama, Joe Biden.

Un avenir qui s’assombrit

Si les États-Unis se portent bien, la dynamique économique pourrait ralentir dans les années à venir, en même temps que les effets du stimulus fiscal et budgétaire vont s'estomper. Le FMI projette ainsi un ralentissement de la croissance à 1,9% en 2020 et 1,7% en 2021. En outre, ce sont ces mêmes mesures qui gonflent la dette et le déficit budgétaire, qui a atteint fin septembre près de 1.000 milliards de dollars (5% du PIB), un seuil qui n’aurait dû être franchi qu’en 2020. Selon le Bureau du budget du Congrès, à ce rythme, la dette pourrait atteindre 96% du PIB en 2028, contre 78% cette année. Concrètement : l’économie américaine vit à crédit.

La pauvreté ne baisse presque pas. Donald Trump ne parvient également pas à résorber un mal profond de la société américaine : la pauvreté. Selon le Census Bureau, 12,3% des Américains vivent sous le seuil de pauvreté, soit 40 millions de personnes. Et malgré la croissance exceptionnelle, le taux n’a baissé que de 0,4% en 2017. "Si c'est ça le mieux que l'un des pays les plus riches du monde parvient à faire à une époque de grande prospérité, c'est honteux", a ainsi dénoncé le rapporteur de l'ONU pour l'extrême pauvreté. Le ralentissement de la croissance n’augure donc rien de bon pour le niveau de vie des Américains dans les prochaines années, d’autant plus que les républicains du Congrès tentent toujours de torpiller l’Obamacare et ont commencé à entraver plusieurs programmes sociaux, comme la distribution de coupons alimentaires.

Enfin, le contexte international semble de moins en moins favorable aux États-Unis, qui ne peuvent s’en prendre qu’à… Donald Trump. La guerre des tarifs douaniers engagée par Washington avec l’Europe et la Chine pourrait porter un coup dur à la croissance américaine. Quant aux prix du pétrole, ils sont repartis à la hausse en raison des tensions entre les États-Unis et l’Iran. Deux facteurs qui risquent d’ébranler sérieusement la confiance des ménages et des entreprises en faisant grimper les prix à l'importation.