Le PNR : solution miracle contre le terrorisme ?

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Le PNR : solution miracle contre le terrorisme ?
@ ERIC FEFERBERG / AFP
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Après les attentats de Bruxelles, l’exécutif français presse le Parlement européen d’adopter le PNR (fichier des passagers aériens). Mais est-ce vraiment efficace ?

"Il est temps de l’adopter et je le dis au groupe socialiste et écologiste du Parlement européen : tout le monde doit prendre ses responsabilités". Après les attentats de Bruxelles, le Premier ministre Manuel Valls a poussé mardi un coup de gueule contre le Parlement européen qui tarde à adopter le PNR, le registre des données des passages aériens. Son ministre de l’Intérieur Bernard Cazeneuve lui a emboîté le pas dans le journal de 20 Heures de France 2 expliquant qu'"on ne le lutte pas contre le terrorisme si on n’a pas conscience de l’urgence". Pourquoi est-ce que l’adoption du PNR est bloquée ? Et est-ce vraiment le remède miracle contre les terroristes ?

Le PNR, c’est quoi ? Le PNR, c’est l’acronyme de "Passenger Name Record", en français, "registre des noms de passagers". Ce fichier viserait à recenser l’identité de tous les passagers qui circulent en avion au départ ou à destination de l’espace européen. Leur identité, mais aussi leur numéro de téléphone, adresse électronique, numéro de billet, du siège, etc… seraient communiqués. Ces données seraient conservées pour une durée de cinq ans.

Le projet d’un PNR avait été relancé au lendemain des attentats du 13 novembre à Paris. Sous la pression de la France, la directive européenne a finalement été adoptée en décembre 2015 par la commission des libertés civiles du Parlement européen. Mais il reste un obstacle à passer : le vote en session plénière du Parlement, qui a été retardé à avril ou mai.

Pourquoi ça bloque ? Le projet se heurte à l’opposition de plusieurs groupes de députés européens : les écologistes, les libéraux, la gauche radicale et certains socialistes. Ces derniers craignent pour le respect des libertés individuelles et évoquent notamment un champ d’application trop large, une période de conservation trop longue ou le manque de recours pour les citoyens européens. 

Le député européen écologiste Yannick Jadot explique ainsi à Europe 1 que "les suspects identifiés des attentats étaient déjà enregistrés par les systèmes de surveillance européens". Il dénonce "une forme d'écran de fumée" dans la pression exercée par l'exécutif français pour l'adoption du PNR : "est-ce que la priorité, c'est cette masse de données énorme où l'on espère trouver une tête d'épingle dans une botte de foin ? Le PNR nous coûterait un demi-milliard d'euros dans sa mise en oeuvre", dénonce-il, appelant à concentrer les efforts sur plus de moyens humains et financiers, ainsi que sur la création d'un parquet européen.

Le député s'indigne encore du discours "pas sérieux" de Manuel Valls qui déroule "le tapis rouge à Marine Le Pen" en laissant entendre que le Parlement européen est responsable des échecs dans la lutte contre le terrorisme.

Qu’en disent les spécialistes ? Si les opposants au projet dénoncent également que les terroristes ne prennent pas l’avion, à plus forte raison sous leur véritable identité, la majorité des spécialistes souligne néanmoins la vraie avancée que représenterait l’adoption du PNR. "C’est l’un des outils très importants pour mieux tracer les terroristes", affirme à Europe 1 Jean-Charles Brisard, spécialiste du terrorisme. "Je dénonce ces blocages qui nous pénalisent pour mieux appréhender la menace du retour des djihadistes", poursuit-il, en citant un exemple : "si on avait eu le PNR en janvier 2015 on aurait pu voir que des proches de Coulibaly quittaient le territoire via Madrid pour se rendre en Syrie".

"Le PNR a été accepté aux Etats-Unis, je ne comprends pas que l’on en soit encore là et que le projet soit bloqué, ça fait partie des défaillances majeures de la lutte antiterrortiste", ajoute-t-il. Néanmoins, Jean-Charles Brisard convient aussi que le PNR "n’est pas suffisant en soi” et qu’”il faudrait un PNR terrestre et ferroviaire afin de se doter d’outils pour tracer les individus. Aujourd’hui, on est aveugle", conclut-t-il.