Kalief Browder, symbole des dérives des prisons américaines

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Kalief Browder, symbole des dérives des prisons américaines
@ AFP
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Son histoire était devenue emblématique des abus subis à Rikers Island, à New York. Le jeune homme, détenu à tort pendant trois ans, s'est suicidé le week-end dernier.

Son nom et son visage sont devenus un symbole de la violence du système carcéral américain. Kalief Browder, emprisonné sans procès et maltraité pendant trois ans à Rikers Island, à New York, l'une des prisons les plus dures des Etats-Unis, s’est pendu chez lui le week-end dernier, deux ans après sa sortie. Le jeune homme de 22 ans avait été arrêté et emprisonné à l’âge de 16 ans pour un vol de sac à dos, jusqu’à ce que les charges retenues contre lui soient abandonnées, au bout de trois ans. Depuis sa sortie de Rikers Island, le jeune homme était devenu le visage et la voix des abus commis dans ce gigantesque centre pénitentiaire situé à quelques encablures seulement de Manhattan.

Des conditions de détention terribles. Le jeune homme avait raconté son calvaire au New Yorker, en octobre 2014. Dans un long article, il avait témoigné des violences qu’il avait subies dans cette prison de plus de 14.000 détenus régulièrement pointée du doigt pour ses conditions de détention. Dans des vidéos publiées par le magazine et relayées par Le Monde le mois dernier, on pouvait voir Kalief Browder se faire passer à tabac par près de  dix autres détenus en 2010. D'autres images le montraient violemment plaqué au sol par des gardiens, en 2012.

Sur ses trois ans passés à Rikers Island, le jeune homme avait passé près de deux ans à l’isolement. Ces conditions de détention ont provoqué une vive émotion et permis de lancer des réformes pour tenter d’endiguer la violence dans la prison et d’interdire que les adolescents ne soient mis au "mitard". Plusieurs célébrités avaient pris fait et cause pour le jeune homme, comme le célèbre rapeur Jay-Z, originaire de New York. Rand Paul, qui brigue l'investiture républicaine pour la présidentielle, s'était lui aussi saisi du cas du jeune homme.

Paranoïa et dépression. A sa sortie de prison, Kalief Browder était retourné habiter chez lui, dans le Bronx, avec sa mère et deux de ses frères. Il avait même repris ses études et s’était inscrit à l'Université, mais ne s'est jamais remis de son passage à Rikers Islands. "Quand sa mère cuisinait du riz et du chili, il ne pouvait s'empêcher de se rappeler ce même plat qu'il mangeait à Rikers, et soudain, son esprit le ramenait en prison, lui rappelant la faim qui le saisissait la nuit, quand il devait attendre douze heures pour le prochain repas", raconte le New Yorker.Toujours selon le magazine, le jeune homme souffrait de paranoïa et de dépression.

Le traitement en prison pointé du doigt. La famille a pour sa part rendu le traitement subi en prison responsable du suicide du jeune homme. "Il n'a pas pu surmonter la peine et les tourments provoqués par son expérience dans une cellule d'isolement", indique-t-elle dans un communiqué.  "Nous demandons que le maire (Bill de Blasio, démocrate) et tous les responsables de la ville de New York s'assurent que personne à New York ne soit obligé d'endurer ce que Kalief a subi", poursuit-elle.

Le maire a qualifié de tragédie la mort du jeune homme. "Bon nombre des réformes que nous menons à Rikers Island en ce moment même sont le fruit de l'exemple de Kalief Browder", a réagi Bill de Blasio. "J'aurais tellement souhaité ne pas le perdre mais il n'est pas mort en vain".