Au Zimbabwe, on s'inquiète de l'après Mugabe

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Au Zimbabwe, on s'inquiète de l'après Mugabe
@ MUJAHID SAFODIEN / AFP
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Le président zimbabwéen fête ses 92 ans dimanche. Dans son entourage on prépare déjà sa succession.

Officiellement, il ne se passe rien. Tout va bien. Alors que le président du Zimbabwe Robert Mugabe s’apprête à fêter ses 92 ans dimanche, sa femme Grace et son vice-président, Emmerson Mnangagwa, se livrent bataille en prévision de la succession du plus vieux président en exercice au monde.

Car lorsque Mugabe est arrivé au pouvoir, Margaret Thatcher était Premier ministre du Royaume-Uni depuis moins d’un an et les Blues Brothers étaient diffusés pour la première fois sur grand écran. Cela fait 36 ans que cet homme à la main de fer s’agrippe au pouvoir ne laissant aucune place au débat sur sa succession, malgré un état de santé qui se dégrade.

Mi-février, des rumeurs le donnaient mort. Finalement, le président zimbabwéen est réapparu, après un mois de vacances en Asie, le commentaire toujours aussi acerbe. "Nous avons le sentiment que nos journalistes devraient mieux faire leur travail qu'ils ne le font", a-t-il lancé à la presse à la sortie d’une réunion, refusant de commenter les rumeurs sur sa mort.

Quelques signes de faiblesse. C’est néanmoins dans un état de santé qui s’est fortement dégradé que Robert Mugabe va fêter ses 92 ans, dimanche. Plusieurs observateurs se sont déjà interrogés l'an dernier sur son état après une chute, devant les caméras du monde entier, sur un tapis rouge.

Alors au Zimbabwe on s’interroge sur l’après Mugabe. "Les Zimbabwéens savent très bien que les élections n’apportent jamais aucun changement, alors la mort de Mugabe sera l’occasion d’enfin faire bouger les choses", confie N. une étudiante zimbabwéenne, à Europe1.fr, sous couvert d’anonymat.

Mais les solutions de remplacements ne semblent pas plus réjouissantes que Mugabe lui-même. Il y a d’abord sa femme Grace, de 41 ans sa cadette, qui depuis trois ans tente de se faire une place sur la scène politique. Elle anime, par exemple, la section féminine de l'Union nationale africaine du Zimbabwe, le parti politique de Robert Mugabe. "Mais elle n’a aucune expérience politique", souligne N, ajoutant qu’il est "difficile pour les Zimbabwéens de savoir ce qu’elle veut et ce qu’elle vaut".
 
Face à l’épouse du président, un fidèle de Robert Mugabe : Emmerson Mnangagwa. Il occupe aujourd’hui le poste de vice-président et suit Robert Mugabe depuis l’indépendance du pays en 1960. "Mais ce qui effraie les Zimbabwéens, c'est son passé militaire dur", assure l’étudiante. 

"S’il prenait le relais de Mugabe, il serait sans doute pire que lui", lâche-t-elle du bout des lèvres, de peur d’être entendue par des oreilles indiscrètes. Pour la jeune femme, il est clair que c’est davantage la défiance vis-à-vis de la classe politique qui occupe l’esprit des Zimbabwéens, plutôt que l’espoir de voir un jour la démocratie s’installer.