Felipe VI, "le roi qu’il faut à l’Espagne d’aujourd’hui"

  • A
  • A
Felipe VI, "le roi qu’il faut à l’Espagne d’aujourd’hui"
@ AFP
Partagez sur :

TROIS QUESTIONS A - Adélaïde de Clermont-Tonnerre, directrice de la rédaction de Point de Vue, revient sur les premiers pas de Felipe VI, roi d’Espagne depuis quelques mois.

La France a l’honneur d’accueillir la première visite d’Etat du nouveau roi d’Espagne. Felipe VI entame mardi une visite de trois jours dans l’hexagone, neuf mois après son accession au trône. Le souverain a succédé en juillet dernier à son père, le roi Juan Carlos, après une fin de règne ternie par des scandales à répétition qui ont éclaboussé la famille royale. En à peine quelques mois, le souverain a pourtant réussi à redorer le blason de la monarchie espagnole. Adélaïde de Clermont-Tonnerre, directrice de la rédaction de Point de Vue et spécialiste des têtes couronnées, juge les premiers pas de Felipe VI, roi d’Espagne depuis quelques mois.

Quel a été le rôle de Felipe VI depuis sa prise de fonction ?

Sa mission était claire : sauver la monarchie espagnole, qui était très contestée ces dernières années. La fin de règne de Juan Carlos (son père et ancien roi, ndlr) a été ternie par les scandales, ses dernières années ont été gâchées par les affaires, de façon assez injuste d'ailleurs, alors qu’il a été un grand roi. La sagesse était de transmettre le pouvoir à son fils, Juan Carlos l’a bien compris. Surtout que Felipe s’est préparé depuis longtemps pour s’installer sur le trône. Son père disait de lui, à raison, qu'il était l'héritier le mieux formé d'Europe, tant par ses études que par son expérience politique et ses années dans l'armée.

Le nouveau roi a depuis son intronisation fait un travail exemplaire. Il doit faire oublier le scandale dans laquelle est impliquée sa sœur (l'infante Cristina, bientôt jugée pour fraude fiscale, ndlr) et son beau-frère. Felipe bénéficiait déjà d'une image très positive, avec 58% d'opinions favorables, et il a réussi à atteindre les 70%, ce qui ferait rêver bien des leaders politiques européens. 

Comment le roi a-t-il fait pour redorer le blason de la monarchie ?

Il a promis la transparence et il a réduit le train de vie de la monarchie. Le roi est tout à fait conscient de la crise en Espagne. Felipe a par exemple baissé son salaire de 20% et décidé de vendre deux Ferrari que son père avait reçu en cadeau. Le souverain a aussi pris la décision d’interdire aux membres de la famille royale d’accepter ou de recevoir des cadeaux hors des cadeaux protocolaires, dont la valeur est limitée.

C’est un monarque consciencieux, presque scolaire, là ou son père était charismatique, séducteur et explosif. Ces deux hommes correspondent à deux époques différentes, Felipe a la personnalité qui convient aux circonstances difficiles que créé la crise économique. Felipe est plus moderne, on attend de lui de la discrétion, de la transparence, une attitude irréprochable. Il a un profil plus "sage", entre guillemets. La reine Letizia est aussi un atout majeur pour lui. Elle est journaliste, issue de la classe moyenne, elle a une parfaite connaissance des rouages médiatiques et elle est très belle, ce qui ne gâche rien. Avec elle, c’est comme si le peuple était entré dans la famille royale. C’est le roi qu’il faut à l’Espagne d’aujourd’hui.

Quels sont ses prochains défis ?

Son plus gros défi c’est d’être en face d’une nation divisée, constituée de multiples régions qui pourraient exploser. Felipe VI a fait un énorme travail avec la Catalogne, qui réclame de plus en plus d’autonomie. Il s’est souvent rendu dans la région pour montrer l’image d’un pays uni, il défend l’unité de l’Espagne.

L’autre problème, c’est que l’Espagne n’est pas monarchiste, la monarchie a depuis très longtemps été contestée dans le pays. Les Espagnols étaient "Juan Carlistes", attachés à Juan Carlos, et aujourd’hui ils sont "Felipistes", ils tiennent à leur roi. Mais la population est davantage attachée aux personnes qu'au système, ce qui fragilise l'institution. Tout pèse sur les épaules de Felipe dans un moment où il y a un mouvement républicain très puissant. Podemos, le parti de la gauche radicale, le clame d’ailleurs haut et fort. Felipe marche sur une corde raide.

>> LIRE AUSSI - Juan Carlos à quatre pattes, la sculpture polémique

>> LIRE AUSSI - Le roi d'Espagne baisse son salaire

>> LIRE AUSSI - Felipe, nouveau roi au profil de gendre idéal