Enfants séparés de leurs parents migrants : cette Amérique qui dit non

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Enfants séparés de leurs parents migrants : cette Amérique qui dit non
@ Sandy Huffaker / AFP
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Face à la situation de quelque 2.300 enfants d’immigrés clandestins séparés de leur famille, des personnalités de tout bord, parfois des soutiens de Donald Trump, montent au créneau pour mettre fin au scandale.

La séparation de familles de migrants à la frontière américano-mexicaine, et l’enfermement d’enfants dans des cages de fer n’en finit pas de choquer. Et le scandale sur la situation de quelque 2.300 enfant séparés de force de leurs parents dépasse désormais largement les frontières des seuls Etats-Unis. Au pays de l’oncle Sam comme ailleurs, des personnalités de tous bords et de tous horizons font entendre leur voix pour que ce scandale cesse. Politiques bien sûr, mais aussi journalistes, anciens dirigeants et stars montent au créneau face à un président américain toujours inflexible.

Chez les politiques, l’indignation des démocrates, et de certains républicains

C’est naturellement du côté des personnalités politiques américaines que la mobilisation est la plus forte. Les démocrates en premier lieu bien sûr, puisqu’ils sont dans le camp opposé à Donald Trump. La patronne de la minorité démocrate de la Chambre des représentants Nancy Pelosi a ainsi exigé, dans un tweet reposté 36.000 fois, la démission de Kristjen Nielsen, ministre américaine à la Sécurité intérieure en première ligne dans cette affaire. "Elle permet à Trump de garder impitoyablement des enfants vulnérables en otages, de les utiliser en monnaie d'échange. C'est plus que moralement condamnable", a écrit Nancy Pelosi.

Beaucoup plus spectaculaire, Donald Trump a été pris à partie dans l’habituellement très feutré Capitole, à Washington, siège du parlement fédéral, par des élus démocrates. "Vous avez pourtant des enfants M. le président. Est-ce que vous aimeriez qu'on sépare vos enfants?", a crié un homme à sa sortie d'une rencontre mardi sur ce sujet brûlant avec sa majorité républicaine. Une interpellation virulente rarissime de la part de parlementaires qui témoigne bien de l'indignation provoquée par l'affaire.

Mais côté républicain aussi, la colère monte. Alors que la plupart des élus du camp de Donald Trump affichent un certain malaise sans remettre en cause sa politique, d’autres expriment clairement leur dégoût. C’est le cas du sénateur John McCain, ancien candidat à la présidentielle, qui a dénoncé "un affront" aux valeurs américaines et appelé à mettre fin à cette politique.

Par ailleurs, pour protester contre une politique qu'ils ne veulent pas endosser, deux gouverneurs républicains, avec deux homologues démocrates, ont refusé d'envoyer leur Garde nationale pour contrôler la frontière avec le Mexique, tandis que le dirigeant démocrate de la Virginie a rappelé mardi ses troupes déjà déployées.

Les ex-premières dames se font entendre… comme l’actuelle

Dans un pays où le rôle de Première dame est institutionnalisé, la voix de ces anciennes épouses de président portent. Quatre d’entre elles, celles qui sont toujours vivantes, se sont toutes déclarées choquées que des enfants soient arrachés à leurs parents. Rosalynn Carter, femme de Jimmy Carter, a ainsi parlé d'une mesure "déshonorante", faisant "honte à l'Amérique".

"Cette politique de tolérance zéro est cruelle. Elle est immorale. Elle me fend le coeur", a pour sa part écrit Laura Bush, épouse de l'ancien président républicain George W. Bush. Michelle Obama, qui lui a succédé comme Première dame à la Maison-Blanche, lui a rendu hommage en la retweetant avec ce commentaire: "Parfois la vérité dépasse les partis". Enfin, Hillary Clinton a affirmé que "déchirer des familles" allait à l'encontre des valeurs des Etats-Unis.

Plus étonnant, l’actuelle Première dame, Melania Trump, épouse de Donald a elle aussi fait connaître publiquement son opposition à cette situation. "Mme Trump déteste voir des enfants séparés de leur famille et espère que les deux camps du Congrès pourront enfin tomber d'accord pour faire aboutir une réforme réussie de l'immigration", a affirmé à CNN la directrice de la communication de la Première dame, Stephanie Grisham. "Elle pense que le pays doit respecter la loi mais doit aussi être gouverné avec coeur", a-t-elle ajouté.

Kristjen Nielsen, ministre de la Sécurité intérieure, chahutée

Signe de la polémique qui fait rage, la ministre américaine à la Sécurité intérieure Kirstjen Nielsen, qui se retrouve en première ligne, a été prise à partie mardi dans un restaurant… mexicain. "Ministre Nielsen, comment pouvez-vous prendre plaisir à manger mexicain alors que vous déportez et emprisonnez des dizaines de milliers de personnes venues demander l'asile aux Etats-Unis?", lui lance un homme dans une vidéo publiée sur les réseaux sociaux par une organisation socialiste. "Honte à vous", scandent alors des militants de Metro DC Democratic Socialists of America.

Par ailleurs, des manifestations ont eu lieu dans le pays, notamment devant le centre de détention d’Otay Mesa, près de San Diego.

Les grandes entreprises s’alarment

Plusieurs chefs d’entreprise, et non des moindres, sont aussi montés au créneau. "C’est déchirant de voir ces images et d’entendre ces enfants", a réagi Tim Cook, le patron d’Appel,  à L’Irish Times. "Les enfants sont les personnes les plus vulnérables dans toutes sociétés. Ce qui se passe est inhumain. Cela doit d’arrêter", a-t-il poursuivi. Mark Zuckerberg a lui tout naturellement utilisé Facebook pour s’indigner. "Nous devons arrêter cette politique dès maintenant", a écrit le fondateur et  numéro un du réseau social, qui a lancé un fonds pour les Droits civils au Texas, qui a recueilli 17.000 dollars en quelques heures, selon le magazine The Verge.

Les PDG de Google, d’Airbnb ou encore d’Uber se sont aussi faits entendre par divers biais, notamment via Twitter, pour demander que cesse la séparation des familles.

Des stars s’impliquent

Des stars commencent elles aussi à s’impliquer. Bono a montré l’exemple mardi. "J'ai parlé à de nombreux républicains", a affirmé le leader (irlandais) de U2, actuellement en tournée aux Etats-Unis. "Ils disent qu'ils veulent trouver une solution mais ça doit tout simplement s'arrêter. C'est complètement contraire aux valeurs américaines", a-t-il insisté.

Enfin, à noter l’impossibilité pour Rachel Maddow, l’une des journalistes vedette de MSNBC, une chaîne américaine à tendance démocrate, de terminer la lecture d’une dépêche faisant état d’enfants séparés de leurs parents, la voix brisée par l’émotion.


Les pays voisins choqués

Premier concerné, le Mexique a condamné avec des mots très forts la situation aux Etats-Unis. "Je veux au nom du gouvernement et du peuple mexicain exprimer la plus catégorique et énergique condamnation de cette politique cruelle et inhumaine", a déclaré le ministre des Affaires étrangères mexicain, Luis Videgaray, mardi lors d’une conférence de presse. "Nous lançons un appel au gouvernement américain, au plus haut niveau, pour qu’il reconsidère cette politique et donne priorité au bien-être et aux droits des petits garçons et petites filles, indépendamment de leur nationalité et de leur situation migratoire."

Réaction plus mesurée du Canada. "Tous les Canadiens sont interloqués par les images qui arrivent des Etats-Unis. La vie des enfants est très, très précieuse et leur sécurité ainsi que leur bien-être doivent être notre préoccupation première", a déclaré le ministre de l'Immigration Ahmed Hussen, notant qu'Ottawa "surveille" le respect du droit d'asile par les autorités américaines.

Le Guatemala a lui aussi exprimé mardi sa "préoccupation" face aux séparations de familles arrivant clandestinement aux Etats-Unis. Le Chili aussi, par la voix de son ministre des Affaires étrangères, Roberto Ampuero, a dénoncé mardi la politique de "tolérance zéro" du président Trump. Les médiateurs des droits de l'homme du Mexique, de Colombie, d'Equateur, du Guatemala et du Honduras ont demandé à la Cour interaméricaine des droits de l'homme d'intervenir pour stopper cette politique "dangereuse".

Des images profondément choquantes pour Theresa May. "Les images d'enfants détenus dans ce qui semble être des cages sont profondément choquantes. C'est une erreur, nous ne sommes pas d'accord avec cela, ce n'est pas l'approche britannique", a déclaré devant les députés Theresa May, la Première ministre britannique. "Quand nous ne sommes pas d'accord avec les États-Unis, nous le leur disons