Djihadistes tués au Mali : Aqmi "affaibli"

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Pierre Servent, expert en stratégie militaire et spécialiste des questions de défense, a réagi jeudi au micro de Thomas Sotto à la mort des deux chefs terroristes tués par l’armée française, dans le nord du Mali. 

INTERVIEW

“Oui, c’était des têtes de prou du djihadisme dans région”. Interrogé ce jeudi par Europe 1, Pierre Servent, expert des questions militaires, est formel : les deux chefs djihadistes tués dimanche par l’armée française étaient d’éminentes têtes grises et chefs de combat dans la région. L’un d’eux, Abdekrim El-Touareg est soupçonné d’être impliqué dans l’enlèvement et l’assassinat de plusieurs otages français. Les membres d'Al Ansar, sa katiba (sa brigade), ont notamment détenu Serge Lazarevic, mais aussi Philippe Verdon, les journalistes de RFI Ghislaine Dupont et Claude Verlon ainsi que Michel Germaneau, tous les quatre tués pendant leur détention.

La figure d’Abdelkrim El-Touareg. Parmi les deux chefs djihadistes, Adbelkrim El-Touareg, “un historique du combat dans la région”, selon Pierre Servent. “C’est l’un des rares touaregs chef d’une katiba qui est un groupe de combats. Or il y en a très peu dans la région”, explique l’expert en défense. L’homme fait aussi “le pont entre Al Qaida, Aqmi et ses frères touaregs qui se sont radicalisés dans un mouvement qui s’appelle Ansar Dine”.

Pour Pierre Servent, Abdelkrim El-Touareg est aussi “un chef charismatique considéré comme ayant une dimension religieuse”. “Il avait la responsabilité de la logistique dans son groupe de combat”, poursuit le spécialiste. “Il avait aussi des liens avec tous les groupes mafieux qui approvisionnent les structures de combat à partir des trafics de drogue et autres”.

Aqmi affaibli ? La perte de ces deux chefs djihadistes affaiblit-elle réellement le mouvement ? Pour Pierre Servent, la réponse est positive, sans conteste. “Ils sont affaiblis surtout parce que ce type de personnage appartenait à une grande famille touareg qui était apparentée à un autre grand chef touareg qui s’appelle El Ghali”. Or, ajoute l’expert, “on est dans un pays où les structures familiales, les liens tribaux sont très importants”.

Néanmoins, Pierre Servent le reconnaît : “c’est vrai lorsque vous coupez des têtes, elles repoussent”. Mais pour le spécialiste, “c’est un combat qui ne se joue pas en terme d’années mais de décennies”.

“Vous avez tous les jours des combats”. Interrogé sur le fait que les djihadistes tuent en masse alors que l’armée française ciblerait uniquement les têtes les plus importantes, Pierre Servent répond : “ Il ne faut pas penser que, parce que l’armée française communique assez peu, qu’il y a de temps en temps comme ça un chef qui est tué” . Selon l’expert, l’armée française combat tous les jours le djihadisme notamment avec les 3.000 hommes de la force Barkhane présents sur l’ensemble de la bande sahélo-saharienne. “Il y a quelques jours encore”, détaille Pierre Servent”, “la force Barkhane a détruit des passeurs qui essayaient de passer une tonne et demi de drogue. Évidemment ce trafic de drogue va alimenter le terrorisme”.

Le spécialiste a aussi tenu à saluer le travail des forces spéciales, qui représenteraient selon ses informations environ 10% de Barkane : “ce sont des hommes d’une très grande qualité, avec beaucoup d’humilité qui se sont adaptés au mode de fonctionnement des djihadistes qui sont très mobiles”.