Bill Gates : "L'aide qui vient des pays riches doit aller en priorité aux pays africains"

  • A
  • A
Partagez sur :

Pour Bill Gates, interrogé dans la Matinale d'Europe 1 mercredi, les gouvernements et les philanthropes doivent apporter rapidement une aide financière aux pays d'Afrique subsaharienne, particulièrement touchés par la pauvreté.

INTERVIEW

Un milliard de personnes sont sorties de la pauvreté ces vingt dernières années. Mais la croissance démographique rapide dans les pays les plus pauvres, notamment en Afrique, remet en cause de futurs progrès. C'est le constat qu'a dressé, le 18 septembre dernier, la Fondation de Bill et Melinda Gates, qui a publié son rapport annuel sur les progrès accomplis vers les Objectifs de développement durable fixés par l'ONU pour 2030. 

>> Invité d'Europe 1 mercredi matin dans la matinale de Nikos Aliagas, le milliardaire a appelé les pays riches et les philanthropes a orienté leur aide financière vers l'Afrique subsaharienne, à l'occasion de l'Assemblée générale de l'ONU.

Se concentrer sur l'Afrique subsaharienne. "Les progrès que nous avons faits sont fantastiques, mais la plupart ont été réalisés en Asie. Ce qui était très étonnant quand nous avons établi ce rapport, c'est à quel point l'extrême pauvreté sera concentrée d'ici 2050 sur un seul continent, en Afrique subsaharienne", a indiqué Bill Gates sur notre antenne.

"Je savais que c'était la tendance, mais j'ai été moi-même sidéré : 90 % de l'extrême pauvreté sera là-bas ! C'est comme quand vos bons élèves s'en vont, et qu'il vous reste ceux qui ont les plus grandes difficultés", déplore le fondateur de Microsoft. Dans le détail, le rapport de la Fondation Bill et Melinda Gates indique que plus de 40% des gens extrêmement pauvres dans le monde seront recensés dans seulement deux pays : la République démocratique du Congo et le Nigeria.

>> De 7h à 9h, c'est deux heures d’info avec Nikos Aliagas sur Europe 1. Retrouvez le replay ici

Réorienter l'aide internationale. Pour agir, Bill et Melinda Gates ont choisi de réorienter leurs aides, et préconisent d'investir dans la santé et l'éducation de la jeune génération émergente sur le continent. "L'aide qui vient des pays riches doit aller en priorité aux pays africains. L'Inde en a été un grand bénéficiaire, mais maintenant, elle est capable de se débrouiller. L'aide qu'on y envoie a donc été réduite. Ça doit nous permettre de déplacer ces ressources. Nous avons beaucoup de travail pour aider l'Afrique à faire cette transition", assure Bill Gates au micro d'Europe 1.

>> Retrouvez l'interview de Bill Gates en intégralité ci-dessous :

Le rôle des philanthropes… et celui des gouvernements. Celui qui a déjà investi des milliards de dollars dans l'aide internationale avec la création de sa fondation en 2000 est bien conscient du rôle des "super riches" dans ce domaine. "Mais même si la philanthropie peut jouer un rôle important, les budgets d'aide au développement de l'Europe, des États-Unis et du Japon sont essentiels. C'est 90% de l'aide", souligne-t-il.

Toutefois, le milliardaire estime que "la philanthropie peut aider à trouver de nouvelles idées." "J'encourage donc les gens qui sont super prospères : faisons plus de philanthropie ! Et concentrons nous sur les plus pauvres dans le monde. Je pense qu'il y aura de plus en plus de philanthropie mais ça ne remplacera pas les dollars des gouvernements."

La migration réduite. Depuis quelques temps, ces mêmes gouvernements sont confrontés à un afflux important de migrants, qu'ils tentent parfois d'enrayer au moyen de politiques strictes. D'où la nécessité, selon Bill Gates, d'aider directement les pays pauvres. "Ce qui est évident, c'est que si vous avez des pays stables, ils seront moins une source de pression migratoire. C'est du long terme, ça ne sera pas immédiat. Mais si nous pouvons aider l'Afrique subsaharienne à s'améliorer comme l'Inde ou la Chine, alors ces problèmes de migration seront beaucoup moins aigus", conclut-il.