Attentats de Bruxelles : l’Union européenne en accusation

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Attentats de Bruxelles : l’Union européenne en accusation
Les failles de l'Union européenne en matière de lutte antiterroriste sont pointées du doigt après les attentats de Bruxelles. @ EMMANUEL DUNAND / AFP
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Deux jours après les attaques sur la capitale belge, les critiques fusent à l’encontre de l’Union européenne, incapable de se coordonner pour contrer la menace djihadiste.

Deux jours après les attentats de Bruxelles, c’est toute l’Union européenne qui vacille. Les failles des services de renseignement belges, mais aussi à l’échelle de l’UE, sont désormais pointées du doigt. Les critiques fusent, jusqu’aux Etats-Unis, où Hillary Clinton a livré une violente charge contre le partenaire européen. 

La charge d’Hillary Clinton. Depuis l’université de Stanford, en Californie, la candidate démocrate à la Maison-Blanche, a tapé très fort sur la désorganisation qui prévaut au sein de l’Union européenne. Aujourd'hui, de nombreux pays européens ne s'alertent pas entre eux quand ils arrêtent un suspect djihadiste à leur frontière, ou quand un passeport est volé", a-t-elle déploré. Hillary Clinton a fait remarquer qu'il était même plus facile pour son pays que pour les pays européens d'obtenir des données auprès des autre pays européens, "grâce à un accord négocié par les Etats-Unis quand j'étais secrétaire d'Etat", a-t-elle précisé.

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"Nous avons besoin que les banques européennes cessent de financer le terrorisme. Nous avons besoin que les avions européens mènent des missions en Irak et en Syrie, et que les forces spéciales européennes participent à la formation et à l'équipement des forces locales anti-EI (Etat islamique) sur le terrain", a encore martelé Hillary Clinton. Enfin, la démocrate a appelé les Européens à "identifier et investir dans les points chauds, les quartiers, prisons et écoles où le recrutement se concentre", et à enfin "tenir leur promesse d'établir une frontière européenne et des garde-côtes unifiés". 

Deux ministres belges présentent leur démission. De fait, les trois kamikazes de Bruxelles, Ibrahim et Khalid El Barkaoui ainsi que Najim Laachraoui, étaient largement connus, voire recherchés par nombre de services de renseignement nationaux et internationaux, notamment pour terrorisme. Khalid El Barkaoui 27 ans, qui s'est fait exploser dans la rame de métro de Maelbeek, était fiché pour "terrorisme" par Interpol.

Mais c’est surtout le cas de de son frère Ibrahim qui suscite le plus d’interrogations. L’homme de nationalité belge avait été arrêté en juillet 2015 en Turquie, à la frontière syrienne avant d’être expulsé vers… les Pays-Bas. D’après Ankara, les autorités belges avaient pourtant été  prévenues de son profil de "combattant terroriste". Pour autant, "bien que nous les ayons informées, les autorités belges n'ont pas été en mesure d'identifier ses liens avec le terrorisme" et il est resté libre, avait déploré mercredi le président turc Recep Tayyip Erdogan.

Ibrahim El Bakraoui est ensuite rentré sans difficulté en Belgique. Il est soupçonné d’avoir loué avec son frère des planques en Belgique pour les commandos des attentats du 13 novembre à Paris. Après les divulgations de ces informations, les ministres belges de l'Intérieur et de la Justice, Jan Jambon et Koen Genns ont présenté leur démission, admettant des "erreurs", mais le Premier ministre Charles Michel les a refusées.
 
La France hausse le ton. Depuis les attentats de Paris, le 13 novembre 2015, la France réclame plus de coopération au niveau européen. Elle a haussé le ton depuis les attaques de Bruxelles. "Ce qu’il s’est passé, c’est le signe de la faiblesse et la vulnérabilité de l’Europe sur les sujets majeurs", a estimé mercredi à l’Assemblée Manuel Valls. Au relais du Premier ministre, Bernard Cazeneuve, le ministre de l’Intérieur, a jugé "irresponsable" les députés européens qui bloquent l’adoption du fichier PNR sur les passagers en provenance ou à destination des pays de l’UE par la voie des airs. Manuel Valls a fait savoir qu’il se rendrait en avril à Bruxelles quand la directive serait présentée aux eurodéputés. "Je ne sais pas si c'est une pression, c'est un appel à la responsabilité", a expliqué Manuel Valls mercredi à Bruxelles. "Le Parlement européen doit "être au niveau de l'exigence des peuples".

Jeudi devant le Conseil des ministres, François Hollande a également fait montre d’exigence vis-à-vis de l’Europe, et a chargé le porte-parole du gouvernement de s’en faire l’écho. "Le message qu'a voulu passer le président de la République ce matin est celui de la fermeté de la France sur un certain nombre de décisions qui concernent le PNR européen, qui n'est toujours pas adopté, la lutte contre le trafic d'armes et l'échange de données à l'échelle européenne", a déclaré Stéphane Le Foll lors de son compte-rendu. 

La réunion qui pourrait faire bouger les choses. Et cette fois, la France pourrait être entendue. Car en attaquant Bruxelles, capitale de l’Union européenne, les terroristes ont frappé symboliquement l’ensemble des Etats-membres. Du coup, la réunion des ministres de l’Intérieur et de la Justice de jeudi à Bruxelles pourrait lancer les bases d’une coordination nouvelle. Selon un projet de déclaration qu’Europe 1 s’est procurée, les participants vont réclamer la mise en commun de toutes les bases de données disponibles (Interpol, Schengen, Frontex…) et la mise en place d’une plateforme d’échange en temps réel de tous les services de renseignement.

Les ministres de l’Intérieur et de la Justice devraient également appeler à une adoption et une mise en place le plus rapidement possible de la directive PNR. Et ce dès avril, alors que le vote en session plénière du Parlement européen avait un temps été évoqué pour mai. Encore trop tard pour Hillary Clinton. "Et l'Union européenne ne cesse de repousser le vote pour partager les données des voyageurs aériens", s’est offusquée mercredi la candidate démocrate lors de son discours à l’université de Stanford.