Attentat à Ouagadougou : pourquoi le Burkina Faso est-il la cible du terrorisme ?

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Attentat à Ouagadougou : pourquoi le Burkina Faso est-il la cible du terrorisme ?
L'attaque commise dimanche soir contre un café de Ouagadougou a fait 18 morts, dont un Français.@ Ahmed OUOBA / AFP
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Le Burkina Faso est régulièrement visé par des attentats depuis 2015, notamment dans des cafés de la capitale, en raison entre autres de sa lutte contre le djihadisme au Sahel.

Le "pays des hommes intègres", comme il est surnommé, a de nouveau été frappé par le terrorisme. Une attaque présumée djihadiste a tué 18 personnes, dont au moins un Français, et blessé une dizaine d'autres dans un café-restaurant à Ouagadougou, au Burkina Faso, dans la nuit de dimanche à lundi. Situé dans un quartier fréquenté des expatriés, ce commerce est à quelques pas du café Cappuccino, qui fut la cible lui aussi d'un attentat en janvier 2016 selon un mode opératoire similaire et revendiqué par Al-Qaïda au Maghreb islamique. 

  • Un pays engagé contre le terrorisme au Sahel

"Avec l'attentat de dimanche, les groupes armés djihadistes de la région, qui sont coordonnés, montrent qu'ils ont les capacités de se mobiliser et d'opérer en dépit de la mise en place du G5 Sahel il y a quelques semaines", explique à Europe1.fr le spécialiste du terrorisme au Sahel Antoine Glaser.

Le G5 Sahel est une coalition régionale anti-djihadiste composée de cinq pays sahéliens (Burkina Faso, Mali, Tchad, Niger, Mauritanie). Le 2 juillet dernier, la force automne armée du G5 Sahel a été lancée, et sera d'ici son déploiement effectif (en septembre ou octobre) composée de 5.000 hommes. "Le G5 Sahel est une force montante mais encore embryonnaire", précise Antoine Glaser. "Elle commence juste à être active, et elle n'a pas suffisamment de financements pour le moment."

S'il a l'ambition de lutter contre le djihadisme régional, le G5 Sahel n'a pas encore les moyens réels de fonctionner, et compte notamment sur l'Union européenne pour avoir des fonds. Le président burkinabé, Roch Marc Christian Kaboré, s'est montré particulièrement volontaire lundi : "La lutte contre le terrorisme est un combat de longue haleine. Le Burkina Faso se relèvera de cette épreuve car son vaillant peuple opposera une résistance sans concession au terrorisme." Et pour ce faire, le pays peut compter sur le soutien de la France.

  • Une base arrière secrète des forces françaises "Barkhane"

Emmanuel Macron a réaffirmé lundi sa volonté d’accélérer la mise en place du G5 Sahel. Le chef de l'État "a marqué sa solidarité dans cette nouvelle épreuve traversée par le Burkina Faso et a réitéré sa détermination à approfondir" la coopération entre les deux pays, a rapporté l'Élysée. Des soldats français sont en effet déjà déployés dans la capitale du Burkina. "On ne les voit pas forcément mais 200 à 300 hommes des forces spéciales françaises sont basés à Ouagadougou", assure Antoine Glaser.

Ce commando est sur le sol burkinabé dans le cadre de l'opération Barkhane, mais "officiellement il n'y a pas de base de l'opération Barkhane au Burkina. Ces forces mènent des opérations clandestines dans les pays voisins", développe Antoine Glaser. La présence de cette base arrière française au Burkina n'est toutefois pas inconnue des djihadistes, ce qui fait dire au spécialiste que l'attentat de la nuit dernière est "aussi une provocation vis-à-vis de la France".  

  • Une armée affaiblie par la chute du dictateur Compaoré

Ouagadougou connaît des attentats réguliers depuis 2015. Ceux-ci visent notamment des cafés appréciés des étrangers. Le 15 janvier 2016, 30 personnes ont péri dans un attentat revendiqué par Aqmi contre le café Cappuccino. Plusieurs autres établissements, fréquentés par des expatriés, comme le Splendid Hôtel et le café Taxi-Brousse, situés sur l'avenue Kwame N'Krumah comme le restaurant Istanbul, avaient également été attaqués ce jour-là. Depuis janvier 2016, la présence militaire burkinabé a été renforcée dans les rues de Ouagadougou, explique Antoine Glaser. "Le Burkina a même rapatrié des forces qui étaient déployées au Darfour. Le pays a pris conscience qu'il devait davantage protéger sa population. Mais un acte terroriste - la France le sait bien - peut arriver n'importe quand", nuance l'expert.

Mais l'armée burkinabé souffre néanmoins d'un manque d'argent et de moyens depuis la chute de l'ancien président Blaise Compaoré en octobre 2014, chassé du pouvoir par un soulèvement populaire. "En sa qualité d'ancien militaire, Blaise Compaoré avait noué des relations avec les forces militaires dans la région et négociait avec les djihadistes", développe Antoine Glaser. Au point d'avoir établi une sorte de pacte de non-agression. Le départ de Blaise Compaoré a affaibli les capacités d'opération et de négociation de l'armée, celle-ci ayant été purgée de ses éléments considérés comme putschistes, probablement les mieux formés. "Cela a impacté la sécurité au Burkina", en déduit Antoine Glaser.