Tirs dans le Thalys : ce qu’il s’est passé à bord du train

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Tirs dans le Thalys : ce qu’il s’est passé à bord du train
@ PHILIPPE HUGUEN/AFP
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Vendredi soir, un massacre à main armée a été évité à bord d'un Thalys Amsterdam-Paris, grâce à l'intervention de passagers, dont deux militaires américains en vacances. Europe 1 revient sur ce qu’il s’est passé dans ce train.  

Quand la "violence barbare", selon Bernard Cazeneuve, rencontre le courage de héros ordinaires. Vendredi soir, un homme armé d’une kalachnikov a fait feu à bord d’un Thalys bondé, avant d’être neutralisé par trois Américains et un Britannique. Un Français, le premier à croiser le chemin de l'assaillant, avait tenté, lui aussi, d'intervenir. Deux personnes, dont les jours ne sont pas en danger, ont été gravement blessées. Mais le lourd arsenal retrouvé sur le suspect laisse à penser que les 554 passagers du Thalys 9364 reliant Amsterdam à Paris, ont échappé au pire.

La kalachnikov en bandoulière. Le train roule à hauteur d'Oignies, dans le Pas-de-Calais, lorsque des passagers en queue de train remarquent un homme au comportement étrange. Il est environ 17h50, ce vendredi. Alors qu’il souhaite accéder aux toilettes de la voiture 12, un voyageur français se retrouve nez-à-nez avec "un individu portant un kalachnikov en bandoulière", a précisé Bernard Cazeneuve, samedi midi lors d’un point presse. Le jeune homme de 26 ans tente vainement de ceinturer le suspect, mais celui-ci tire plusieurs coups de feu. Une balle perdue vient se loger dans le thorax d'un Franco-américain, assis non loin. 

"J’ai vu un type avec un AK-47". C’est là qu’entrent en scène trois Américains, dont deux militaires, alertés par le bruit des "coups de feu et du verre brisé". Alek Skarlatos, récemment rentré d’une mission en Afghanistan, est l’un d’eux. "Au début je n'ai pas compris ce qui se passait. Puis j'ai regardé en arrière et j'ai vu un type avec un AK-47 (un fusil d'assaut kalachnikov, ndlr)", raconte le jeune homme de 22 ans, en vadrouille en Europe pour les vacances. Avec Spencer Stone, son ami d’enfance, ils décident d’agir : "Je lui ai dit ‘fonce’ et il y est allé", rapporte Alek.

Blessé en plaquant le suspect au sol. Son copain, Spencer pique un sprint d’une dizaine de mètres et se rue sur l’agresseur pour le plaquer au sol. C’est à ce moment-là que le jeune Américain est blessé au pouce – presque coupé - et à l’arrière du cou par un cutter. Le suspect est en effet équipé d’un arsenal impressionnant : une kalachnikov avec neuf chargeurs – soit une centaine de munitions - , un pistolet automatique avec un chargeur 9mm et le fameux cutter. 

Mais le membre de l'US Air Force ne lâche rien et maintient le tireur. Son camarade arrive en renfort pour désarmer l'assaillant. "J'ai attrapé le fusil et on l'a frappé à la tête jusqu'à ce qu'il perde conscience", se souvient Alek. Avant de le ligoter aux pieds et aux mains. Anthony Sadler, étudiant à Sacramento et ami d'enfance des deux jeunes hommes, a filmé une partie de la scène. Sur les images, on aperçoit le forcené neutralisé, torse nu, face contre terre. A leurs côtés, Chris Norman, un consultant britannique de 62 ans, leur a filé un coup de main. 

Anthony Sadler, Alek Skarlatos et Chris Norman

Les passagers Anthony Sadler, Alek Skarlatos et Chris Norman ont réussi à maîtriser le suspect et à le désarmer. Leur ami Spencer Stone, blessé dans la lutte, est toujours hospitalisé.  © AFP


Leur bravoure honorée. Cette intervention héroïque, saluée de toute part, a valu aux quatre téméraires la médaille de la ville d’Arras, même si Spencer, toujours hospitalisé, n’a pas encore pu la recevoir. Grâce à cette mobilisation, le suspect a pu être interpellé en gare de la commune où le train a été dérouté. Entendu sur place après son arrestation, le tireur présumé a été transféré dans le cadre de sa garde à vue, samedi matin, au siège de l’antiterrorisme à Levallois-Perret, dans les Hauts-de-Seine. 

Voyage en Syrie ? L'homme, formellement identifié samedi soir, est un Marocain qui va avoir 26 ans le 3 septembre prochain. Ayoub El Khazzani a résidé en Espagne jusqu'en 2014, puis en Belgique en 2015, a précisé Bernard Cazeneuve lors d'un point presse, samedi. Cet individu faisait l’objet d’une fiche "S" de la part des renseignements français depuis février 2014, après que les autorités espagnoles l'ont signalé en raison de sa radicalisation. L'homme serait parti depuis la France en Syrie, avant de rentrer de nouveau en France, a indiqué l'antiterrorisme espagnol, samedi. Pour l'instant, son activité et ses déplacements entre la période de son départ d'Espagne et son arrivée en Belgique demeurent flous. 

Le suspect conteste être un terroriste. Soupçonné d’appartenir à la "mouvance islamiste radicale", comme l’a indiqué Bernard Cazeneuve, le suspect nie pour l’instant le caractère terroriste imputé à son geste. Une défense peu convaincante pour les enquêteurs au regard des premières investigations, a indiqué une source policière. Sa garde à vue peut durer jusque 96 heures.