Libération de la "veuve noire" : que s'est-il passé ?

  • A
  • A
Libération de la "veuve noire" : que s'est-il passé ?
Une statue de la justice dans le hall du tribunal de Grenoble@ AFP
Partagez sur :

Condamnée à 30 ans de réclusion en avril 2014 pour le meurtre de son mari, Manuela Gonzalez est libre depuis lundi.

C'est la seconde libération après condamnation en l'espace de deux semaines. Après la remise en liberté - en raison d'un vice de procédure - d'un homme condamné à 20 ans de réclusion pour le meurtre d'un policier, une affaire du même type s'est produite lundi. Celle que l'on a surnommé la "Veuve noire" de l'Isère est sortie de prison sur décision de la cour d'appel de Grenoble. La quinquagénaire avait pourtant été condamnée à 30 ans de réclusion en avril 2014 pour le meurtre de son dernier mari. Une décision surprenante motivée cependant par une vraie question de droit. Si la "veuve noire" est libre c'est parce que la justice a été trop lente.

Quatre ans de provisoire et 17 mois d'attente. La justice a été trop lente en particulier à trouver une date pour son deuxième procès. Cela fait 17 mois que Manuela Gonzalez a été condamnée et autant qu'elle a fait appel. Mais depuis, rien ne s'est passé et aucune date d'audience n'a été annoncée. Il avait déjà fallu quatre ans pour qu'elle soit jugée en première instance, une période que la femme a passé en détention provisoire.

"C'est une forme de torture psychologique". Pour son avocat, Me Ronald Gallo, de tels délais sont inadmissibles. "C'est insupportable", déplore-t-il  au micro d'Europe 1. "Pour les personnes qui ont une vision rapide de la justice et qui présument les gens coupables, quelqu'un qui clame son innocence, cela ne veut rien dire. Mais si on se met à la place de la personne détenue pendant cinq ans, jugée mais pas de manière définitive, c'est une forme de torture mentale, de torture psychologique. Là, elle était au bout", explique-t-il. Depuis cet appel rien ne s'est passé, assure Me Gallo : "le silence le plus absolu, que de l'attente indéfinie".

L'engorgement de la justice. Et pourtant, pour ce procès en appel, il n'y a presque rien à faire, on ne refait pas l'enquête par exemple. Seule difficulté : trouver un créneau dans le calendrier et des magistrats pour juger. Mais la cour d'appel de Grenoble semble débordée par les audiences. Le procureur général, qui s'opposait pourtant à une telle remise en liberté, a été obligé de constater qu'il y a engorgement. Il s'agit d'une question de moyens qui fait exploser le délai dit "raisonnable" pour être jugé. Depuis lundi, la veuve noire de l'Isère est donc libre, sous contrôle judiciaire, dans l'attente de son procès en appel. Son avocat est convaincu qu'elle ne se dérobera pas.

Manque de "moyens" et "d'effectifs". Mardi, le procureur général de Grenoble a demandé "des moyens supplémentaires" pour pouvoir juger plus rapidement les affaires criminelles. "Je souhaite qu'on puisse augmenter le nombre de sessions d'assises pour que plus d'affaires soient jugées dans des délais plus rapides". Et d'ajouter : "c'est une question d'organisation, tributaire de moyens et d'effectifs".