Attentats : les frères Abdeslam soupçonnés par la police belge dès 2014

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Attentats : les frères Abdeslam soupçonnés par la police belge dès 2014
Salah Abdeslam@ AFP
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Les frères Abdeslam ont été signalés en juillet 2014. La police belge les soupçonnaient de vouloir commettre des attentats. Mais l’enquête a été classée sans suite.

L’affaire relance la polémique sur la conduite des enquêtes antiterroristes avant les attentats du 13 novembre à Paris. Selon la presse belge, les frères Abdeslam, qui faisaient partie du commando des terrasses, avaient été signalés en juillet 2014 par la police locale comme ayant des velléités de commettre des attaques terroristes. Un an plus tard, et malgré des éléments attestant leur radicalisation poussée, le parquet fédéral belge avait classé l’affaire, soit quelques semaines avant la préparation logistique concrète des attentats qui ont frappé Paris.

Les frères Abdeslam admiratifs de l’Etat islamique. Selon le journal l’Echo, les informations reçues à l’été 2014 par la section anti-terroriste de la police belge étaient précises. Une source avait alerté que Salah et Brahim Abdeslam préparaient un attentat. Les deux hommes ne cachaient pas, notamment auprès de leurs proches, leur sympathie pour l’Etat islamique et leur velléité djihadiste.

Surtout, les deux frères étaient en contact avec un individu déjà jugé dangereux : Abdelamid Abaaoud, l’organisateur présumé des attaques de novembre, tué lors de l’assaut des forces de l’ordre, le 17 novembre 2015. Salah Abdeslam et Abdelamid Abaaoud ont d’ailleurs quasiment le même âge, 26 ans pour le premier, 28 ans pour l'autre. Ils ont tous deux grandi dans les mêmes rues de Molenbeek. Les parents de Salah Abdeslam habitent sur la place de la mairie, le père d’Abdelamid Abaaoud, lui, a tenu pendant des années un commerce dans une des rues qui débouchent sur cette place.

Ces informations concernant les frères Abdeslam sont alors enregistrées, puis diffusées dans les services, sans qu’aucune enquête ne soit ouverte.

Entendus en février 2015. Il faudra attendre février 2015, au lendemain du démantèlement d’une cellule terroriste à Verviers, pour que les autorités s’intéressent d’un peu plus près aux deux frères. Après un départ raté de Brahim Abdeslam pour la Syrie, ils sont tous deux entendus par la police locale à Molenbeek, une commune de Bruxelles rebaptisée "Molenbeekistan", en raison du nombre important de potentiels candidats au djihad. Lors de son audition le 28 février, Salah Abdeslam nie toute implication dans des activités terroristes.

S’il concède connaître Abdelhamid Abaaoud, il précise que c’est seulement en qualité d’anciens copains de quartier. Pourtant, début 2011, les deux hommes avaient commis un vol avec effraction, avant d'être jugés à Nivelle, au sud de Bruxelles, puis condamnés à un an de prison avec sursis.

L’enquête classée sans suite. Là encore, le parquet et la police fédérale de Bruxelles vont reprendre le dossier. Le 8 mai, la police fédérale considère que les éléments de la police locale visant les frères Abdeslam ne sont pas suffisamment étayés. Les deux frères n’étant pas jugés "menaçants", aucune enquête de terrain, ni perquisition ne sont menées. Salah et Brahim Abdeslam ne font pas non plus l'objet d’écoutes téléphoniques. Seule procédure : Salah Abdeslam est intégré à la liste des djihadistes potentiels. Une liste envoyée quelques mois plus tard à Interpol, au commissaire de la police locale, et au maire de Molenbeeck, qui décide de radier les deux frères des listes de la commune.

Le parquet fédéral classe l’affaire le 29 juin. Un mois plus tard, Salah Abdeslam est repéré en Grèce, d’où il embarque pour Bari, en Italie. Il voyage alors avec Ahmed Dahmani, un possible complice interpellé en Turquie, le 21 novembre dernier, alors qu'il tentait de passer en Syrie. Les deux hommes sont suspectés d’avoir réalisé cette traversée pour récupérer des complices ou acheminer du matériel en vue de perpétrer les attaques. Dans le courant du mois de septembre, le dernier membre vivant du commando des terrasses, poursuit l’organisation de son projet macabre. Salah Abdeslam récupère en Hongrie deux individus de retour de Syrie, soupçonnés d’être impliqués dans les attaques du 13 novembre.

Des manquements ? En réaction à ces éventuels manquements, la police des polices belge a été chargée d’enquêter, elle transmettra son rapport au parlement dans les prochains jours.