Attentat de Nice : "les gens étaient expulsés comme dans un jeu de quilles"

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Des milliers de personnes se trouvaient sur la Promenade des Anglais, jeudi soir, pour assister au feu d'artifice du 14-Juillet. Les rescapés témoignent de l'horreur.

TÉMOIGNAGE EUROPE 1

Ils avaient encore des étoiles plein les yeux après le feu d'artifice du 14-Juillet tiré depuis la baie des Anges de Nice. Mais un peu avant 23h, un camion a semé la terreur sur la Promenade des Anglais. Au volant d'un poids-lourd, un Franco-Tunisien de 31 ans a roulé sur près de 2 kilomètres, tuant au moins 84 personnes et en blessant des centaines d'autres.

Philippe a frôlé la mort, le camion est passé très près, confie-t-il au micro d'Europe 1. "J'ai vu le camion juste à côté de moi qui est passé. Je crois à un mètre de moi. Heureusement il y avait un monument en béton, un petit monument au milieu de la promenade, et j'ai pu m'écarter. Le camion y allait, le moteur qui hurlait. Je me suis tout de suite mis sur le côté. Il fonçait sur tout le monde. J'ai regardé : c'était une catastrophe, un carnage. Les gens étaient coupés en deux. [...] Sur une bonne moitié de la promenade, il a fauché tout le monde", conclue-t-il au micro de Frédéric Michel pour Europe 1.


Philippe à Nice : "le camion est passé à un mètre"par Europe1fr

Patricia a échappé au massacre. Un geste anodin lui a sauvé la vie : "Le camion est arrivé, j'y est échappé car je devais me mettre des pansements aux pieds. J'étais dans un endroit [fermé] où il ne pouvait pas entrer. Il a fauché une première partie des gens - des femmes, des enfants - qui ont traversé. Moi j'étais juste à côté, sinon j'aurais pu aussi être prise dedans. Après il a pris plusieurs personnes et là il y a eu des détonations, des coups de feu. Il a continué sa poursuite. Tous les gens, et moi-même, sont partis à l'abri."

L'horreur semble frapper une seconde fois pour Patricia, avec la sensation d'avoir échappé de peu à la fusillade qui a suivi la prise d'otage de Charlie Hebdo. "J'ai vécu ça à Paris. Les frères Kouachi étaient justement à l'endroit où mon fils prenait le bus. Je suis choquée, très choquée. C'est quelque chose que les gens ne peuvent pas s'imaginer", raconte-t-elle sur Europe 1.


Patricia : comment elle a échappé à l'attentat...par Europe1fr

Drissa décrit une véritable scène de guerre, avec l'impression de butter contre les corps des victimes encore au sol. "Il a écrasé tout le monde, jusqu'en bas. Là, toutes ces chaises, des morts... La barbarie de l'être humain. Voyez, vous avancez un peu et vous allez voir des enfants. Des enfants, des enfants et des enfants... Il y avait énormément de monde. Tout ce que vous voyez là... Et encore je n'ai vu que trente personnes par terre", décrit-il encore sous le coup de l'émotion au micro d'Europe 1.


Drissa, rescapé de Nice : "La barbarie de l...par Europe1fr

Nader confie avoir tenté de raisonner le chauffeur. "J'étais dans la rue. Il s'est arrêté juste devant moi après avoir écrasé beaucoup de personnes. J'ai vu un homme dans la rue, nous avons essayé alors de parler ensemble au chauffeur pour qu'il s'arrête. Il semblait nerveux. Il y avait une fille sous le véhicule, il l'a écrasée. L'homme a côté de moi l'a tirée", raconte-t-il sur BFM.

Marc a assisté au choc entre le camion et la foule, frappée comme "un jeu de quilles". "On a entendu des grands cris, on n'a pas compris. Puis on s'est retournés. On a vu un gros camion, genre 35 tonnes blanc, qui est rentré dans la foule, qui est monté sur le trottoir et qui écrasait tout le monde. Il y avait des gens qui volaient dans tous les sens, qui étaient expulsés de partout... Il a continué sa route jusqu'au bout de la Promenade sans s'arrêter. Les gens se sont mis à crier dans tous les sens, ça hurlait, c'était la panique générale. Quand j'ai voulu traverser pour rentrer chez moi il y avait des morts partout, partout, partout... sur la chaussée. [...] Les gens étaient expulsés comme dans un jeu de quilles. Une horreur", raconte-t-il sur Europe 1.


Marc à Nice : "le camion a heurté la foule...par Europe1fr

L'avocat Carlo Alberto Brusa rentrait chez lui lorsqu'il a été pris dans le mouvement de panique. "Au niveau de l'hôtel Méridien, on a vu une vague de personnes qui fuyaient, de femmes qui criaient. On a compris avec ma compagne que la situation était grave. On a vu des gens pleurer, des femmes qui serraient leur enfant, d'autres enfants qui pleuraient, des gens qui quittaient leur voiture pour courir. On a parlé de grenade, nous on a senti l'odeur de la poudre. Quand nous avons réalisé que quelque chose de grave arrivait, au lieu de remonter la Promenade des Anglais, nous nous sommes cachés dans parking de l'hôtel Méridien. Après nous sommes sortis, nous avons vu le camion - très gros - criblé de balles côté gauche, côté conducteur. Une situation extrêmement confuse qui a duré deux heures. Les forces de l'ordre étaient très tendues, personne ne pouvait bouger", témoigne-t-il sur Europe 1.


Carlo Alberto Brusa : "on a senti l'odeur de la...par Europe1fr

Suzie s'est réfugiée dans un endroit exigu avec d'autres personnes. De longs moments d'attente et d'angoisse, qu'elle raconte sur Europe 1. "On a entendu des tirs, on a eu hyper peur. Tous les gens du café, de la terrasse et moi-même on est rentrés à l'intérieur. J'ai perdu mes lunettes, j'ai tout laissé en vrac. On a couru comme des fous pour se réfugier au fond du café. On a eu peur que ce soient les attentats de Paris, des terroristes qui nous poursuivent. On ne savait pas, on entendait des tirs de fusil ou je sais pas quoi, je ne connais pas les armes, et je ne veux pas les connaître ! On a poussé des portes pour se réfugier dans un espace. On s'est retrouvés avec des tonnes de gens dans un escalier à attendre des heures après. Parce qu'on nous avait dit 'faut plus bouger'. Les tirs ont continué. On nous a dit que ça venait aussi de la rue derrière, la rue de France. On était terrorisés. Avec nous, il y avait une personne blessée, des femmes enceintes, des enfants qui pleuraient... bref l'horreur", conclut-elle.


Suzie à Nice : "On a eu peur que ce soient les...par Europe1fr

Marine qui logeait chez sa mère, ouvre la porte de son appartement à 20 personnes, toutes traumatisées. Au micro d'Europe 1 elle relate comment son domicile est devenu en quelques instants un abri de fortune. "On est parti du fait qu'il y avait peut-être des blessés, on est donc descendus au rez-de-chaussé. On a vu l'attroupement en bas, ils avaient trop peurs. Au final ils sont tous montés aux quatrième. On a suivi l'actualité avec eux, on leur a proposé des boissons et de l'aide. On a aussi beaucoup travaillé à trouver le mari de cette femme qui était sans nouvelle de lui et son fils. C'était naturel. Nous étions tous dans la même angoisse. C'était spontané", juge-t-elle avec modestie.


Marine aide 20 personnes à Nice : "C'était...par Europe1fr

Tandis que certains bénéficient d'une aide opportune grâce aux réseaux sociaux, d'autres paniquent à l'idée de ne pas retrouver leurs proches. Ce Niçois au micro Europe 1 de Nathalie Chevance confie son désarroi. "Ma sœur et ma mère ont vu le truc. Je ne sais pas quoi faire. J'arrive pas à trouver ma mère et ma sœur !" La possibilité du drame s'est immiscée dans le récit banal d'une journée qui avait commencé comme les autres. "Ma sœur elle habite Aix-en-Provence, c'était l'anniversaire de ma mère, elle est venue la visiter à Nice. Elles voulaient se faire une balade entre filles... et là il y a un camion qui déboule sur la promenade des Anglais. Il tue 80 personnes. J'habite ici. Je comprends pas. Je crois qu'il y a un gros problème au niveau de la sécurité. Nice ne s'en remettra pas comme ça..." termine-t-il avec gravité sur Europe 1.


Un Niçois cherche désespérément sa mère et sa...par Europe1fr

Ibrahim a tenté de pratiquer les premiers secours sur les victimes peu après l'incident. Il témoigne au micro d'Europe 1 se sentir démuni face à la barbarie de l'attentat : "J'ai vu un bébé de 4 ans mourir devant moi, il saignait de la bouche, je ne pouvais plus rien faire. [...] Après ce qu'on a vu, ça va être difficile d'oublier. Très très difficile" déclare-t-il, fébrile.

Un numéro d'urgence a été mis en place pour les familles et proches des victimes et des blessés : 04 93 72 22 22