Anis, fiché S et assigné à résidence : "qu’on m’explique pourquoi"

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Anis, fiché S et assigné à résidence : "qu’on m’explique pourquoi"
@ FRANK PERRY / AFP
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Anis, un Niçois de 39 ans, fiché S, est assigné à résidence depuis lundi. "Je n’embête personne, je n’embête pas la société", se défend-il. 

INTERVIEW

Anis a 39 ans. Depuis lundi, il doit se rendre plusieurs fois par jour au commissariat de Nice. L’homme fait partie des 104 personnes assignées à résidence parmi les quelque 11.000 personnes fichées S. Les autorités considèrent, après les attentats du 13 novembre, qu’il fait partie des personnes constituant une menace potentielle pour la sécurité nationale. Anis assure ne pas comprendre. "On me reproche des choses comme quoi j’ai fait du prosélytisme, ce qui est faux. Je n’embête personne, je n’embête pas la société", se défend ce salafiste revendiqué au micro d’Europe 1. "Si vraiment je suis quelqu’un de dangereux, qu’on m’explique pourquoi".

"Venez de suite, sinon on vient vous chercher". "La police a débarqué chez moi à 9 heures du matin, une armée. Ils ont tapé comme des malades, avec des fusils ils ont braqué ma femme en demandant où j’étais. Ma femme leur a dit que j’étais au travail", raconte Anis. "Moi, je suis routier. Ils m’ont appelé, j’étais sur la route. Ils m’ont demandé de me présenter immédiatement au commissariat. Je leur ai dit, ‘moi je suis chauffeur, je ne peux pas m’arrêter comme ça’. Ils m’ont dit vous ‘venez de suite, sinon on vient vous chercher’. Je me suis exécuté, donc je suis venu au commissariat, on m’a donné une notification comme quoi je suis assigné à résidence"

"C’est mon apparence qui gêne". "Ce n’est pas la première fois qu’on m’arrête", assure encore Anis. "J’ai déjà expliqué qu’au contraire, autour de moi, dans mon quotidien, je combats cela, j’éduque mes enfants à respecter la France et la République. Vu les événements, je comprends que tout le monde soit à cran, qu’il y ait une peur, c’est légitime. Mais après, de faire une généralité, prendre tout le monde. C’est mon apparence qui gêne. Ma barbe, le fait que j’aille à la moquée peut-être. Je ne connais pas les éléments qu’ils ont contre moi. C’est aberrant".

Ce musulman se doutait toutefois qu’il était sous surveillance. "Je me doutais que j’étais fiché S, parce que je n’ai jamais eu de contrôle comme une personne lambda. J’ai toujours des contrôles assez poussés. Je ne sais pas pourquoi. J’ai toujours respecté le droit", se défend-t-il.

Peur du "licenciement". Désormais, Anis assure avoir peur de perdre son travail. "Je vais respecter l’assignation. Là, j’essaye de voir avec mon avocat s’il n’y a pas moyen de faire un recours, essayer d’alléger ces présences au commissariat. Parce qu’être là toutes les trois heures ça me limite énormément, et je ne sais pas si mon patron va l’accepter. Donc je suis peut-être là sur un licenciement".

"J’en veux" aux terroristes. "L’homme assure par ailleurs qu’il en veut d’abord aux terroristes. "J’en veux à ce qui ont fait ça. Moi, personnellement, ça m’attriste. Et tous les salafistes ne sont pas terroristes", insiste-t-il.