A son insu, il prend en covoiturage des candidats au djihad vers la Turquie

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Un entrepreneur lillois a été placé en garde à vue lundi pour avoir fait le trajet Lille-Istanbul avec une famille qui a rejoint les rangs de l’Etat islamique.

Pour faire route vers le djihad, la famille s’était inscrite sur le fameux site de covoiturage Blablacar. Le tout organisé à l’insu de leur chauffeur, un entrepreneur lillois, placé en garde à vue durant 30 heures cette semaine. Les policiers qui l'ont interpellé lui ont appris que la famille avait prêté allégeance à Daech et qu'elle était passée en Irak. Pour le conducteur lillois qui les a conduit à Istanbul, le sentiment de culpabilité s’ajoute au choc de la nouvelle.

"Peut-être que j’aurais sauvé ces enfants". Durant le voyage, Tuncel n’avait rien remarqué de suspect. La famille qu’il avait embarquée  dans son minibus disait partir en vacances à Istanbul. Il n’imaginait pas un seul instant qu’il les emmenait sur la route du djihad. "Bien que madame portait le voile intégral, je n’ai pas eu d’inquiétude particulière à ce niveau-là. Je ne me suis rendu compte de rien. J’aurais eu, ne serait-ce qu’un soupçon, quitte à les laisser sur le bord de la route, ne serait-ce que pour ces enfants, peut-être que j’aurais sauvé ces enfants" se demande-t-il au micro d'Europe 1.

C’est aussi l’incompréhension qui domine chez cet entrepreneur. Et cette crainte sentiment ineffable que, malgré lui, il a peut-être conduit une famille vers la mort. "Je suis moi-même père de quatre enfants. Je ne peux qu’être touché par ce qui est arrivé à ces enfants. J’ai passé deux jours et demi avec un petit garçon adorable, réaliser que ce garçon est peut-être mort, à cause de la folie de ses parents, c’est désolant. Moi qui suis d’obédience musulmane, rien ne légitime un départ pour le djihad", estime-t-il encore sonné.

"Un excès de force totalement abusif". C'est la famille des candidats au djihad qui ont retrouvé la trace de Tuncel. N’ayant pas de nouvelles de leurs proches, ils ont mené leur enquête, avant de retrouver la trace de Tuncel, via la petite annonce Blablacar. Lundi, les policiers du Raid débarquent en force chez le père de famille qui se fait interpeller devant ses enfants. Perquisition, garde à vue, interrogatoire de 30 heures, Tuncel regrette "un excès de force" des enquêteurs.

"Malheureusement, je faisais partie du scénario, j’étais la dernière personne à avoir vu ces personnes vivantes en France. Il est tout à fait normal qu’ils fassent une enquête. Mais ce que je reproche, c’est cet excès de force qui est totalement abusif et injustifié. Je ne comprends pas. Je suis toujours sous le choc aujourd’hui", confie-t-il. Une arrestation abusive et un traumatisme dont Tuncel espère obtenir réparation, puisque aucune charge n’a été retenue contre lui.