Sissi chez lui à Paris, les cris des opposants en plus

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Vincent Hervouët vous parle international est une chronique de l'émission Europe matin
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Le président égyptien arrive en visite officielle à Paris mardi. Sa présence mobilise les ONG qui dénoncent les atteintes aux Droits de l’Homme en Égypte.

L'État a 5.000 ans en Égypte et de tous les pharaons, le Maréchal Sissi est peut-être celui qui a été le plus acclamé. Souvenez-vous de son arrivée au pouvoir : tout le pays était descendu dans la rue. Pas quelques centaines de milliers de manifestants rassemblés place Tahrir au Caire et sur la corniche du bord de mer à Alexandrie, qui ont fait croire à un printemps arabe. Non, six ou sept millions de manifestants sur les boulevards du Caire, et des millions d'autres dans les petites rues du moindre bled, du bord du Nil jusqu'au delta. 

Pharaon au pays des pharaons. Sissi a connu le triomphe. Le peuple l’a supplié de prendre le pouvoir, de le sauver des Frères musulmans. Le Maréchal, dernier recours quand la patrie est en danger. On a connu ça ! Le Maréchal pour protéger le peuple de l’ennemi qui est à l’intérieur. Et quand le Maréchal se fait élire, à 96% en bourrant à peine les urnes, il devient le président Abdel Fattah al-Sissi. Mais il est toujours Pharaon, avec un culte de la personnalité certain. 

Pourquoi lui dérouler le tapis rouge en France ? De quoi le prendre davantage au sérieux, lors de cette visite officielle en France, que les satrapes du Golfe qui ont leurs ronds de serviette, leurs maîtresses et leurs palaces à Paris. Sissi est à la tête d’un pays de 100 millions d’habitants. Miné par la pauvreté, sclérosé, corrompu, avec une jeunesse désenchantée, c’est vrai. Mais l’Égypte rêve de devenir une puissance émergente et elle redevient un poids lourd géopolitique. Regardez la carte : c’est un acteur décisif en Libye, à Gaza, au Soudan, où se jouent trois crises aiguës, et dont la France ne peut pas se désintéresser - surtout la Libye où elle a mis le chaos.


L'Egypte et ses guerres. Par ailleurs, un rapport publié le mois dernier par Human Rights Watch accuse la police égyptienne de "crimes contre l’humanité". La torture serait systématique dans les commissariats, et l'impunité garantie. Tout cela sonne vrai. Le pouvoir au Caire veut tout contrôler. Et pour cause, il est en guerre. La guerre contre les Frères musulmans, c’est 40.000 arrestations et des centaines de condamnations à mort. La guerre contre l’État islamique dans le Sinaï a engendré des centaines de soldats tués et des milliers d’arrestations. La guerre contre un autre groupe djihadiste, le groupe Hasm, a causé, rien que le week-end dernier, la mort d'une cinquantaine de policiers, tués dans une embuscade près de la frontière libyenne. 

On peut s’interroger sur l’échec du régime dans sa lutte anti-terroriste. Mais se contenter de parler des Droits de l’homme, c’est prendre la réalité pour une peinture orientaliste distinguée vue à travers les fumées d’un narguilé en écoutant chanter Dalida. C’est penser comme on rêve, raisonner comme on gémit. Il ne suffit pas de s’asseoir sur les bords du Nil pour voir passer les cadavres des terroristes.

Vente d'armes et démocratie : une visite officielle très attendue

Emmanuel Macron recevra pour la première fois, mardi à l'Elysée, le président égyptien Abdel Fattah al-Sissi. Ce déjeuner de travail, la première rencontre entre les deux chefs d'Etats, "permettra d'évoquer les sujets d'intérêts communs comme les crises régionales et la lutte contre le terrorisme, mais également la situation des Droits de l'homme à laquelle la France est particulièrement attentive", indique l'Elysée.

De nouveaux contrats signés ? Lors de sa visite de trois jours, Abdel Fattah al-Sissi doit également rencontrer des entrepreneurs et des ministres, dont le chef de la diplomatie Jean-Yves Le Drian, qui a piloté des ventes d'armes majeures avec le Caire lorsqu'il était ministre de la Défense sous l'ex-président François Hollande. Depuis 2015, l'Egypte a conclu des contrats d'armement avec la France pour plus de 6 milliards d'euros comprenant notamment 24 avions de combat Rafale, une frégate, deux porte-hélicoptères Mistral et des missiles. "C'est tant mieux si le régime a les moyens de payer les Rafale. Et c'est normal que Bercy s'assure que le régime égyptien soit en mesure de payer ces commandes d'avions", a indiqué Bruno Le Maire, le ministre de l'Economie, sur Europe 1 mardi. 

Les ONG inquiètes. La présidence a assuré que la situation des droits de l'Homme serait abordée. Lundi, l'organisation Human Rights Watch (HRW) a exhorté le président français Emmanuel Macron à cesser "la scandaleuse politique de tolérance de la France envers le gouvernement répressif" du président égyptien Abdel Fattah al-Sissi. Ces derniers jours, l'Egypte mène en effet une répression inédite contre les homosexuels, qu'elle traque jusque sur Internet, avant de les mettre sous les verrous pour "actes immoraux".