Pourquoi le Liban veut récupérer son ex-Premier ministre, Saad Hariri

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L'édito international de Vincent Hervouet est une chronique de l'émission Europe matin
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La démission surprise de Saad Hariri laisse craindre aux Libanais une nouvelle guerre entre sunnites et chiites.

Le Moyen-Orient vit un conte des Mille et Une Nuits. Quarante mille personnes ont participé au marathon de Beyrouth dimanche, des types au physique de miliciens mais avec l’uniforme fluo des sportifs, et des filles en cheveux et en ray-bans. On y a même vu des politiciens qui courent, c’est normal, ils s’entraînent, on imagine un juge à leurs basques. Mais si quelqu’un avait prédit, il y a huit jours, que ce marathon de Beyrouth se transformerait en manifestation pour Saad Hariri, on lui aurait dit qu’il tirait trop sur le Narghilé. Et pourtant, il y avait dimanche des t-shirts, des pancartes, des déclarations d’amour, alors qu’il est le leader politique le moins charismatique qu’on puisse imaginer.

Une fragile clef de voûte. Des dizaines de milliers de manifestants étaient présents pour réclamer le retour du Premier ministre démissionnaire. Il y avait dans cette manifestation de la fierté humiliée, de la peur aussi. Et l'intéressé est finalement réapparu dans la soirée, à Ryad, pour une interview télévisée, assurant qu’il était libre et qu’il allait bientôt rentrer. Un politicien sait dire le contraire de ce qu’il pense, mais Saad Hariri, ému et blême, jouait mal son rôle. Aussi à l’aise qu’un PDG qui sort de garde à vue et s’apprête à y retourner. On avait envie de vérifier s’il avait encore ses lacets. Plus un Libanais ne doute qu’il soit retenu contre son gré. Tous voient dans sa démission le signal de la catastrophe : la guerre qui recommence entre sunnites et chiites, comme en Syrie. Car Saad Hariri était depuis un an la clef de voûte d’un système si improbable et si fragile que sans lui, tout va s’effondrer, c’est écrit.

Malédiction familiale. Les Libanais explique sa démission par la psychologie, en rappelant le sort de son père, assassiné sur la Corniche de Beyrouth malgré son cortège blindé. Rafic Hariri était président du Conseil. Il était surtout le PDG du Liban. Son fils a repris l’affaire. Il a hérité du leadership des sunnites, du poste de Premier ministre et surtout, de la fortune des Hariri. Elle vient d’Arabie Saoudite. On ne sait ni à combien elle se monte, ni si elle est vraiment à eux.

Un rôle dans le scandale saoudien de corruption. Car Saad Hariri est Saoudien, avant d’être Libanais. Il est né à Ryad. Comme il a démissionné, il n’a plus d’immunité diplomatique. Il est donc entre les mains du procureur qui enquête sur les milliards détournés par l’ancien clan au pouvoir. Quelque cent milliards évanouis. La réponse serait dans la poche d’Hariri. Sa firme, Saoudi Oger, que le Prince Ben Salmane a laissé couler cet été, aurait servi de lessiveuse, et les Hariri de prête-noms, comme toujours. Saad serait ainsi le principal témoin à charge contre ces milliardaires enfermés depuis une semaine dans un palace, dans l’humiliation et la terreur.