Autriche : le chancelier de 31 ans qui sera élu dimanche est l'anti-Macron

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Vincent Hervouët vous parle international est une chronique de l'émission Europe matin
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Les sondages ne laissent guère de suspense quant aux élections de dimanche en Autriche. Le futur chancelier sera jeune et de droite.

Tout jeune et tout à fait de droite ! À 31 ans, Sebastian Kurz donne un coup de vieux à tous les dirigeants européens, et pas seulement à Emmanuel Macron, de 8 ans son aîné.

Comme le président français, Sebastian Kurz est un séducteur, cool et très pressé. On a l'impression qu'il sort du bal des débutantes. Il crée l’engouement, il reste nouveau, même s’il est ministre depuis quatre ans. S’il est élu, il sera le visage avenant de l'Europe centrale, et son porte-parole naturel sur la question ultra-sensible des migrants, face à Bruxelles. L'Autriche retrouvant ainsi la place que lui ont assignée l'histoire et la géographie.

Un renouvellement politique après une présidentielle tendue

Le plus bizarre dans l'avènement de ce futur chancelier de 31 ans, c'est qu'il est le champion du vieux parti conservateur qui semblait au bout du rouleau, l'an dernier. Rappelez-vous : l'élection présidentielle s'est jouée entre un écolo qui n'est plus très vert, le septuagénaire Van der Ballen, et Norbert Hofer, un quadra très affable présenté par la droite populiste, le parti de feu Jorg Haider. Si les Européens étaient horrifiés, les Autrichiens ont tellement hésité entre les deux - l'aristo et le facho - qu'ils ont dû revoter. À la fin, dans ce pays de traditions, le plus vieux l'a emporté, ric-rac.

En Autriche, le président inaugure les chrysanthèmes. L'enjeu était donc symbolique. Mais la déroute des deux partis de gouvernement, elle, était bien réelle. Conservateurs et sociaux-démocrates, qui alternent ou cohabitent au pouvoir depuis la guerre, ont été laminés. Cette défaite éclatante a permis au jeune Kurz de se hisser à la tête de la droite et d'y faire le ménage. Renouvellement des hommes et surtout des idées : place aux jeunes et à droite toute !

Kurz, l'homme qui chassait sur les terres de l'extrême-droite

En Autriche, comme dans tous les pays voisins, c'est l’afflux des migrants qui a redessiné le paysage politique. Munich est à deux pas, et la chasse aux Allemandes menés par des migrants la nuit de la Saint-Sylvestre reste dans toutes les mémoires. Dans le pays, il y a vingt ans que le clivage gauche/droite s’est estompé. À la place, l'extrême droite se veut la voix du peuple, profondément hostile à l'immigration de peuplement, et elle conteste les partis de gouvernement si consensuels sur les questions clefs : l'Europe, l'ouverture au monde, le multiculturalisme.

La rupture qu'incarne Kurz est là. Le trentenaire tient un discours de droite, et chasse sur les terres du FPO, avec la ferme intention de reconquérir les électeurs qui ont rallié le parti populiste. La défense de l'identité est son credo. Il est à la fois favorable à l'Europe - c'est la droite classique - mais il réclame en même temps la protection des frontières. Un discours qui parle aux Viennois, qui ont été pendant des siècles en première ligne face aux Ottomans. Et qui le reste d'une certaine manière : c'est le pays en Europe qui, proportionnellement, héberge le plus de réfugiés, mais aussi celui qui a envoyé le plus de djihadistes à l'État islamique, et Vienne est la ville où réside le plus d'étrangers.

L'Autriche est aussi le pays qui interdit depuis le 1er octobre de se promener le visage masqué dans la rue. Les cache-nez sont verbalisés 150 euros, tout comme la burqa et le voile islamique intégral. Mais on en voit très peu à Vienne, comme on voit très peu de police.

Sebastian Kurz, enfant prodige

On le surnomme le "Messie", le "Kaiser" ou "Wunderwuzzi", "l'enfant prodige" de la politique autrichienne. À seulement 31 ans et malgré son visage adolescent, Sebastian Kurz a déjà un long parcours politique. Nommé secrétaire d'Etat à 24 ans, avant même d'avoir achevé son cursus de droit, il est depuis 2013 le plus jeune ministre des Affaires étrangères d'Europe.

Dans ses fonctions, il s'est forgé une stature d'homme d'Etat en côtoyant ses grands homologues internationaux, notamment lors des négociations sur le nucléaire iranien à Vienne en 2015. Une ambiance loin de ses faux-pas de débutant, comme lorsqu'il distribuait des préservatifs noirs (l'ancienne couleur de l'ÖVP) pour vanter le côté "excitant" du parti.

Grand, le costume ajusté et les cheveux châtain clair invariablement coiffés en arrière, cet ancien patron de la puissante organisation de jeunesse de l'ÖVP a su ranimer la flamme des conservateurs en alliant une image de modernité et un discours de fermeté à l'égard de l'immigration. Au fil de la campagne, Sebastian Kurz a multiplié les plateaux télé, tenant tête - sans jamais perdre son sang froid - à ses principaux rivaux, le leader d'extrême droite Heinz-Christian Strache (FPÖ) et le chancelier social-démocrate Christian Kern, de 17 et 20 ans ses aînés, et qu'il devance aujourd'hui de six à huit points dans les sondages.