Sergio Moro : le regard inflexible de la justice

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L'histoire de la semaine est une chronique de l'émission Europe week end
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Visage fermé et gueule carrée, Sergio Moro incarne la justice brésilienne : un individu incorruptible contre la collusion d'Etat de l'affaire Petrobras.

Un froncement de sourcils, c’est à peu près la seule expression que le juge laisse paraître lors d’un interrogatoire, racontent ses collègues. Le froncement, comme le signe chez Sergio Moro d’un soupçon ou d’un agacement, jamais celui d’une hésitation ou d’un embarras. Sergio Moro n’est pas le genre à se laisser impressionner ou intimider. Depuis 10 ans qu’il chasse les corrompus, rien ni personne n’a fait flancher ce petit juge de province qui a juré d’envoyer en prison tous les pourris de son pays.

"L’Eliot Ness Brésilien", comme l’a surnommé le Sunday Times anglais, celui qui fait transpirer de stress les plus grands PDG et les politiciens les plus influents du Brasilia, de San Paolo et de Rio. Tous ceux qui ont mis les doigts dans "le pot de confiture" Petrobras : une élite faisandée et véreuse que Sergio Moro passe à la moulinette dans son petit bureau du tribunal de Curitiba. Pas un suspect qui n’en ressorte pas livide ou jaunâtre, selon les natures. Quand il les raccompagne à la porte, "ils ressemblent à des zombis" témoignent encore les collègues de Sergio Moro. L’opération "Lava Jato" (lavage express) a beau tirer son nom d’une affaire de fraude dans une station-service, elle porte parfaitement son nom !

En face de lui les plus puissants ne font plus les malins, il faut dire "qu’il a des yeux comme deux lasers qui vous transpercent sur votre chaise", raconte un sénateur un temps suspecté dans l’affaire Pétrobras. Sa légende veut même qu’il démasque les menteurs sur le champ et confonde, en moins de deux, les dissimulateurs les plus rusés. Les malversations financières, c’est la spécialité de Sergio Moro depuis qu’il est sorti de la fac de droit. "Parmi les meilleurs élèves de sa promotion, bosseur acharné, doté d’une mémoire phénoménale et d’une perspicacité de première bourre", se souvient l’un de ses professeurs. Ajoutons une détermination inébranlable et une sacrée paire de "Bolas."

Sergio Moro est devenu un héros national au Brésil, son visage est imprimé sur des milliers de T-shirts et de drapeaux, il a des poupées et des peluches à son effigie, son nom est tagué sur les murs, scandé lors des manifestations... On l’applaudit dès qu’il apparaît, que ce soit dans les restaurants ou dans les salons. 

Une idolâtrie un peu décalée avec le profil du bonhomme : un type discret, droit comme la justice, grand brun avec une tête un peu à la Jack Lord, le Steve Mac Garrett d’Hawaï Police d’Etat. Une mâchoire carrée, solide, qui tend une peau légèrement pâlie par trop de nuits blanches...

Sergio Moro boit du Red Bull pour tenir et du vin français pour se faire plaisir. Jamais trop, ne surtout pas perdre le contrôle. Le juge en a besoin en permanence, car un accident est si vite arrivé, une balle si vite tirée... Sa boite à lettres est bourrée de menaces, son répondeur saturé d’avertissements, sa vie remplie de gardes du corps et de dangers.

De sa vie privée, moins on en sait, mieux il se porte ! Quelques confidences par-ci par-là, notamment sur une ancienne étudiante qui est depuis devenue sa femme, sur les 2 enfants qu’elle lui a donnés, sur ses parents profs et ses origines italienne. On en saura jamais plus...

Froncement de sourcils : Sergio Moro déteste qu’on lui  pose des questions, il ne faut surtout pas inverser les rôles !

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