Pourquoi Fillon a- t-il intérêt à durcir sa campagne ?

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L'édito politique d'Yves Thréard est une chronique de l'émission La matinale d'Europe 1
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Chaque matin, Yves Thréard nous livre son analyse politique à quelques semaines de l'élection présidentielle.

Pourquoi Fillon a- t-il intérêt à durcir sa campagne ?

Macron a raison : il y a un durcissement à droite de la campagne de Fillon depuis quelques jours. La défense de l’identité nationale, des traditions et racines françaises revient en force dans le discours du candidat de la droite. On l’a constaté vendredi au Puy-en-Velay, haut lieu du catholicisme français dans la Loire, où Fillon a fait une intervention pétrie de références culturelles et patriotiques.
Fillon ne se cache plus, non plus, d’avoir le soutien de Sens commun, ce mouvement proche de la Manif pour tous, opposé au mariage homosexuel et pro famille, qui l’avait épaulé pendant la primaire. Il affirme même qu’il pourrait l’associer à son gouvernement s’il était élu.
Eh bien, le résultat est là puisque, dans un sondage OpinionWay réalisé ce week-end, Fillon remonte. Il n’est plus qu’à un point de Le Pen, qui baisse, et de Macron.

Fillon fait donc le pari que les questions identitaires sont primordiales.

La France restera-t-elle la France dans la mondialisation et face à la montée de l’islamisme ? Telle est la question que se posent beaucoup de Français, selon lui.
Et c’est aussi une aubaine pour Fillon à plus d’un titre.
Creuser son sillon sur ce thème lui permet de faire oublier la dureté de son programme économique, redouté par l’électorat populaire ; de s’extraire des affaires qui ont plombé sa campagne ; et de se démarquer de ses rivaux.
En allant sur ce terrain, il tente de renvoyer Macron à son image d’élite mondialisée, prônant le multiculturalisme. Il concurrence aussi Le Pen qui s’essouffle en cette fin de campagne.
Enfin, c’est une façon pour Fillon d’affirmer son autorité par un discours simple à comprendre pour convaincre les indécis de droite. Dans son camp, ils sont plus nombreux à penser comme lui, croit-il, qu’à estimer, comme Dominique Bussereau, que c’est une erreur de flatter la corde conservatrice de l’électorat. C’est aussi comme ça, en radicalisant son discours, que Fillon avait remporté la primaire.

Du coup, l’économie passe au second plan.

Vous connaissez la thèse de Patrick Buisson, l’ancien conseiller de Nicolas Sarkozy : il affirme qu’une présidentielle se joue plus aujourd’hui sur la défense de l’identité nationale que sur les promesses économiques auxquelles plus personne ne croit après quarante ans d’impéritie. Fillon n’a aucune estime pour Buisson mais il est en train d’appliquer sa recette.