Emmanuel Macron : peut-il créer le désir ?

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L'édito politique d'Yves Thréard est une chronique de l'émission Europe matin
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Alors qu'Emmanuel Macron a pour lui sa jeunesse, sa popularité et sa franchise, il aura néanmoins beaucoup de travail pour susciter le désir des Français face aux ténors de la politique.

Vous vous demandez de quoi Macron est-il le nom ?

Bon, Macron a démissionné du gouvernement, c’était prévu. Va-t-il se présenter à la présidentielle ? C’est l’objectif. Que faut-il pour cela ? Eh bien qu’il suscite le désir.
Que Macron soit le candidat nommé désir, qu’il donne envie. Ce serait déjà pas mal car on ne peut pas dire que le désir soit au rendez-vous jusqu’à présent.
On ne le sent pas vis-à-vis de tous les chevaux de retour que sont Juppé, Sarkozy, Fillon, Mélenchon, peut-être Hollande, mais encore Montebourg et Marine Le Pen.
L’impression de déjà-vu domine. Ça cogne, ça défouraille, ça s’insulte. Mais ce déchaînement de violences est tout sauf engageant.
A dire vrai, ça fait longtemps qu’on n’a pas rêvé.

Macron peut réveiller ce désir, faire rêver ?

Il a pour lui sa jeunesse et sa nouveauté dans un paysage politique français qui désespère les Français, de plaire aux hommes et aux femmes, d’être populaire, de ne pas manier la langue de bois, au moins sur le front économique. Mais de là à en faire un Kennedy à la française, il y a encore du chemin à parcourir.
Il plaît, mais aux chefs d’entreprise et aux bobos, plaît-il aux paysans de la Creuse et aux retraités du Pas-de-Calais ?
Il plaît, mais peut-il convaincre ? Son bilan de deux ans au gouvernement est maigre : une loi fourre-tout dont on retiendra surtout la libéralisation du trafic d’autocars.
Il plaît, mais il a l’étiquette libérale collée aux basques, c’est quasiment un gros mot en France.
Et quelles sont ses propositions concrètes contre l’échec scolaire, les ratés de l’intégration ou encore la lutte contre l’islamisme.
On sait quoi ? Qu’il n’est ni à gauche ni à droite, comme il l’affirme.

Ni à gauche ni à droite : est-il possible de gagner ainsi ?

Ni à gauche ni à droite, cela veut dire le centre. Macron est-il le nouveau Giscard d’Estaing du XXIe siècle ?
Il dit vouloir repousser les limites, faire sauter les blocages de notre pays, présenter une nouvelle offre et insuffler un nouvel espoir.
Il va beaucoup gêner Hollande sur sa gauche, Juppé et Le Maire sur sa droite.
Mais Macron, c’est combien de divisions ? Il n’a pas de parti derrière lui.
S’il arrive à se faire une place, il aura certes gagné, mais cela voudra surtout dire que les Français ont changé car Macron n’a que 38 ans.