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L'édito politique d'Yves Thréard est une chronique de l'émission Europe 1 bonjour
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Yves Thréard, notre éditorialiste politique, exprime sa colère ce mercredi et interpelle les candidats à la présidentielle afin qu'ils parlent d'autre chose que de leur seule survie en politique.

Je suis sûr que beaucoup de Français partagent mon exaspération. Il y en a marre de la glose autour de Hollande, pour savoir s’il sera candidat, autour de la primaire de la droite, pour savoir si des électeurs de gauche iront voter, autour de Sarkozy, pour savoir s’il a changé, autour de Valls, pour savoir s’il peut trahir, autour de Mélenchon, pour savoir s’il sera soutenu par les communistes.

Le cimetière des carrières terminées. En fait, tous ne parlent que d’eux parce qu’ils jouent leur survie en politique. S’ils ratent le coche, beaucoup rejoindront le cimetière des carrières terminées : Hollande, Sarkozy, Juppé, Fillon, Bayrou, Mélenchon. En ce 2 novembre, jour de la fête des morts, il est de circonstance de le signaler. Il y en a marre de leurs confidences, de leurs haines recuites, du piteux spectacle qu’ils nous infligent. Chacun cuit sa petite soupe, à petit feu, dans son petit coin, comme disait de Gaulle. Autrement dit, le débat n’est pas mobilisateur.

Où sont les projets qui nous parlent de la France d’aujourd’hui et de demain ? De la France qui se désindustrialise à toute vitesse, qui comptera peut-être plus de travailleurs indépendants que de salariés, qui doit adapter d’urgence son modèle scolaire pour lutter contre le chômage et prévenir la délinquance, qui doit faire face à une immigration massive ?

Repli sur soi. La gauche est plus occupée par ses guerres internes. Et la droite ne fait que flatter son électorat en répétant ordre et économies budgétaires : oui, mais comment ? Les candidats parlent-ils de l’Europe ? Jamais, sauf pour la dénigrer et cacher ainsi leurs propres échecs. Parlent-ils des enjeux posés par les négociations commerciales actuelles avec le Canada et les Etats-Unis ? Jamais, sauf pour en pointer les défauts, pas les mérites. Le repli sur soi est tellement plus pratique. La défensive l’emporte sur l’offensive.

Comment voulez-vous dans ces conditions qu’il y ait du désir, de l’envie pour l’un ou l’autre ? La présidentielle est dans six mois. Cela peut venir mais à une condition : que l’affiche de la présidentielle soit inédite, avec des têtes nouvelles. C’est ce qui avait fait de 2007, entre Sarkozy et Royal, l’une des présidentielles les plus passionnantes. Malheureusement, le débat risque fort de tourner autour de : qui sera le mieux placer pour battre Marine Le Pen ?