François Fillon, travailleur mais trop sérieux

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L'édito politique d'Yves Thréard est une chronique de l'émission Europe 1 bonjour
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François Fillon risque fort de ne pas figurer au second tour de la primaire de droite. Malgré un programme cohérent, sa personnalité ne séduit pas.

François Fillon doit se dire que la vie politique est très injuste. Lui qui s’est engagé le premier dans la bataille, dont une majorité des gens de droite, ou pas d’ailleurs, affirment qu’il a le programme le plus travaillé, le plus abouti, le plus cohérent, risque fort de ne pas figurer au deuxième tour. Mais d’arriver en troisième position, derrière Juppé et Sarkozy si l’on en croit les sondages. Le report de ses voix devrait donc coûter cher. Injuste, doit-il encore se dire, car il a médiatiquement le vent en poupe en cette fin de campagne : beaucoup lui reconnaissent plus de constance, de courage, de pragmatisme dans ses propositions qu’à ses concurrents, et notamment à Bruno Le Maire qui multiplie les faux pas et paraît reculer dans l’opinion en ce moment.

S'il a eu du mal à émerger, ce n'est pas à cause de son programme puisqu’il doit tenir la route aux yeux d’un électorat de droite, et même du centre. Libéral sur le front économique, conservateur sur les questions de société et, à chaque fois, plus marqué par les convictions que par l’idéologie. L’écueil, c’est donc lui, sa personnalité, trop sérieuse, trop lisse. Il est à mi-chemin entre Sarkozy, très impétueux, et Juppé, parfois hautain. Sa sagesse devrait être une force, elle est peut-être sa faiblesse. Et puis il souffre d’avoir mal divorcé de Sarkozy. Critiquer après coup celui qu’on a servi comme premier ministre pendant cinq ans, sans broncher, beaucoup d’électeurs ne comprennent pas. Ou il est trop bien élevé, ou bien c’est un lâche. Trop honnête ou perfide.

Néanmoins, François Fillon n’a pas encore perdu. Il a marqué des points dans le premier des trois débats et il a été très bon hier soir sur France 2. Franc sur ses positions, imperturbable. Mais je doute qu’il irait vers Sarkozy, il y a trop de cadavres dans le placard. Ce serait donc Juppé. Mais Fillon, le passionné de course automobile, n’a pas dit son dernier mot à trois semaines du premier tour, car il termine très fort.