Que penser de "La France pour la vie", dernier livre du Nicolas Sarkozy ?

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Le portrait de Catherine Nay est une chronique de l'émission Europe 1 Week end
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Catherine Nay brosse le portrait de l'ancien chef de l'Etat, alors que vient de paraître son livre "La France pour la vie", un ouvrage qui dresse le bilan de sa carrière de président.

W.B : Tandis qu'Alain Juppé caracole dans les sondages et que lui est à la peine, Nicolas Sarkozy publie un ouvrage " La France pour la vie" chez Plon. Il sort en librairie lundi. Vous l'avez lu, Catherine... Comment le résumer ? Un méa culpa, un inventaire, une auto critique ?

En tout cas, un exercice inédit pour un ancien chef de l'Etat. Ca n'est pas le fruit du travail d'une équipe de communicants mais un exercice solitaire. Ecrit, plume à la main, commencé en Août pendant les vacances, terminé en décembre. Il avoue s'être donné beaucoup de mal. A l'entendre ça n'est ni une déclaration de candidature ni un outil de communication ni des mémoires. C'est tout de même un peu de tout cela. On lui demandait un inventaire, le voilà. Quand on a connu l'échec, même s'il se plaît à rappeler qu'il ne fût pas cuisant. C'est bien qu'il y a des raisons, qu'il a déçu... Donc, il est allé chercher la vérité au fond de lui-même. Il joue la sincérité, cartes sur table. Ce livre était nécessaire sinon suffisant pour envisager un retour. Son ambition : susciter l'intérêt des lecteurs. Il peut y arriver. Le livre est intéressant, on ne le lâche pas. La cerise sur le gâteau, serait de réveiller le désir des électeurs de droite. Là, on verra.

W.B. : En tout cas dans ce livre, il ne se ménage pas : il reconnaît pas moins de 27 erreurs et 27 aveux de fautes commises...

Aucun homme politique avant lui n'a proposé un tel exercice de pénitence. Et ses aveux, il ne les fait pas en demi-teinte, à demi-mots. Il regrette carrément. Exemple, le "casse toi, pauvre con !".. J'ai abaissé la fonction présidentielle, dit-il. Avoir traité le corps judiciaire de "petit pois", j'avais tout faux. Son discours aux chercheurs en janvier 2009 et qui les avait tant ulcérés "faute d'avoir choisi les bons mots, j'ai affaibli mon action". Le Yatch de Bolloré, cinq jours de mer après son élection, au moment où il espérait encore sauver son couple. Comment ai-je pu commettre un tel impair ? Il l'avoue, une fois élu, il est trop longtemps resté l'homme avant de devenir président. "Habiter la fonction présidentielle m'a pris du temps". Il avoue aussi qu'il n'aurait jamais dû autoriser ses collaborateurs à s'exprimer publiquement. On se souvient de Claude Guéant qui donnait des interviews avant un discours de François Fillon. "J'étais exaspérant" reconnaît-il aussi.

W.B. Voilà pour les erreurs de comportements. Il y a aussi les erreurs de fonds ?

Oui, les 35 heures, l'ISF,  "J'aurais dû aller jusqu'au bout"... "J'ai mis en oeuvre trop tard la TVA sociale.".. (abrogée par François Hollande, décision que ce dernier regrette aussi). Sur la sécurité, il évoque le discours de Grenoble qui avait suscité tant de critiques. Marianne l'avait traité de voyou de la République, ce qu'il n'a pas digéré. Là aussi, il dit qu'il aurait pu aller plus loin. "Au pouvoir, il faut faire ce que l'on croît juste sans se préoccuper du clapotis quotidien". Sur Scheingen, le contrôle aux frontières, il dit avoir eu raison avant l'heure, sur l'immigration, il juge qu'il faudra consulter le peuple par référendum.

W.B. : Il y aussi quelques satisfecit pour les réformes qu'il a faites...

Oui, l'autonomie des universités, la carte judiciaire, le service minimum des transports les jours de grève, la retraite à 62 ans, la question prioritaire de constitutionnalité, la suppression de la taxe professionnelle, la suppression des jours de carence pour les fonctionnaires, la réduction d'emplois dans la fonction publique et bien évidemment, sa gestion, comme Président de l'Union Européenne de la crise bancaire... Un succès que tout le monde reconnaît aujourd'hui...

W.B. : Faut-il voir dans la publication de ce livre une opération rédemption ?

C'est évidemment une auto-critique à double tranchant... La reconnaissance des fautes passées immunise t-elle contre des fautes futures ? L'ancien président plaide que "L'expérience doit servir l'avenir", que "l'échec lui a appris... l'a humainement enrichi... On n'est jamais meilleurs qu'au moment de quitter le pouvoir dit-il... Comprenez qu'il sera meilleur la prochaine fois... En tout cas, il l'annonce, "quelle que soit ma place, jamais je n'arrêterai de servir la France, elle en moi... Elle est toute une partie de ma vie" d'où le titre de l'ouvrage...