Edouard Philippe sur le terrain pour sauver ses ministres

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Le portrait de Catherine Nay est une chronique de l'émission Europe 1 Week end
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Catherine Nay nous explique les deux objectifs du Premier Ministre Edouard Philippe : donner une majorité au Président de la République et faire en sorte que son mandat réussisse.

Bonjour Catherine,

Bonjour Wendy, bonjour à tous...

Edouard Philippe est en campagne pour les législatives... Le nouveau Premier Ministre se fixe deux objectifs : donner une majorité au Président de la République et faire que son mandat réussisse... Au moins, c'est clair !

Pour le premier objectif, Edouard Philippe a plutôt les vents dans le dos... Une enquête Opinionway, publiée par Les Echos, lui promettait hier une majorité absolue : entre 310 et 330 députés à la République en Marche... Pour son premier déplacement, le Premier Ministre s'est rendu dans le 19ème arrondissement de Paris pour soutenir Mounir Majhoubi, secrétaire d'Etat au numérique, benjamin du gouvernement...  Ex-hollandais mais macroniste de la première heure, il affronte le sortant Jean-Christophe Cambadélis, un gros enjeu pour lui... Une défaite signerait son départ du gouvernement... Une victoire, un sacré trophée, puisqu'il ferait tomber le premier secrétaire du PS, bien décidé, lui, à conserver sa circonscription...

Si on scrute les déplacements prévus du Premier Ministre, on voit qu'il entend sauver en priorité ses ministres...

Oui, demain, il ira soutenir dans l'Eure le ministre de l'économie, Bruno Le Maire, en rupture avec Les Républicains, qui ont désigné une candidate contre lui... et qui joue son avenir... Edouard Philippe se rendra aussi dans les Alpes de Haute-Provence, à Forcalquier, chez Christophe Castaner, le nouveau ministre des relations avec le Parlement et porte-parole du gouvernement, qui, dès sa nomination, transmettait cet ordre élyséen : le Premier Ministre doit être d'une fidélité totale au Chef de l'Etat... A bon entendeur, salut !

Donc que Monsieur Philippe défende ses ministres, c'est son rôle, mais qui passe mal chez Les Républicains... Il ne faudra pas qu'il en fasse trop... parce que tout de même, il faisait partie de la commission d'investiture, et à ce titre, il avait désigné les candidats, lesquels ont du mal à comprendre qu'il fasse campagne contre sa famille... Une incompréhension d'ailleurs partagée par son mentor Alain Juppé... Edouard Philippe plaide qu'il fait campagne en soutien, et non pas contre... ce qui est, avouez-le, assez jésuite...

Pour le 2ème objectif, que le mandat d'Emmanuel Macron réussisse, Edouard Philippe a envoyé à ses ministres un code de bonne conduite...

Ah oui, il leur serre la vis... L'objectif est de revenir au fonctionnement marquant l'autorité de l'Etat... renouer avec cette discipline qui faisait défaut sous le quinquennat Hollande... Exemplarité, collégialité, efficacité... C'est au nom de cette trinité que le Premier Ministre dicte ses consignes... "Vous devez adopter un comportement modeste et respectueux, ne pas tirer profit de votre fonction pour vous-mêmes et pour vos proches... Les cadeaux devront être remis au service du mobilier national... Les offres de séjour privé devront être refusées... L'embauche de membres de sa famille proscrite... Et de manière générale, les dépenses à caractère personnel ou familial ne seront pas pris à la charge de l'Etat... Sobriété, sobriété...

Autre consigne : être discret... Ne pas se répandre dans les médias... Etre solidaire... Et voilà la vertu qui entre par la grande porte !

Mais au milieu de tout cet ordre et cette blancheur, énoncée avec vigueur, il y a le cas Richard Ferrand qui fait mauvais genre...

Oui, et la tache est d'autant plus visible qu'elle tombe sur le premier apôtre vêtu de probité candide et de lin blanc... Que lui reproche-t-on ? Une opération immobilière juteuse, conclue lorsqu'il dirigeait les Mutuelles de Bretagne au profit de sa compagne, elle-même avocate des Mutuelles... L'embauche de son fils comme attaché parlementaire pendant 4 mois... Ce qui crée le malaise, c'est que Richard Ferrand n'avait pas de mots assez durs contre François Fillon... Ce serait donc l'arroseur arrosé... Tout cela crée un malaise... que Jean-Christophe Cambadélis ou Marine Le Pen demande sa démission, c'est de bonne guerre... Les militants en marche font remonter les interrogations du terrain... Edouard Philippe, qui renouvelle sa confiance au ministre de la cohésion sociale, parce que tout est légal, dit-il, reconnait que son cas fait débat... Question : qu'en pense Jupiter à l'Elysée ? ou le grand imprécateur Bayrou, qui prépare sa grande loi de moralisation de la vie publique ?... Ils restent muets...

Le débat ? Il sera tranché par les électeurs, dit le Premier Ministre... donc pas question de pousser le ministre vers la sortie... Au terrain de choisir...