De Le Pen à Macron, le parricide en politique

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Le portrait de Catherine Nay est une chronique de l'émission Toute l'info du week-end
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Entre Marine le Pen et Emmanuel Macron, il règne une ambiance de "meurtre" symbolique en politique. N'en déplaise à l'adage, on mord la main qui nous a nourri.

Tué le père, un grand classique en politique. C'est même un art en politique selon vous, "tuer pour exister". A la Une c'est évidemment le départ d'Emmanuel Macron mais il y a aussi Marine Le Pen qui ne veut même plus porter le nom de son père !

Oui tuer le père est un grand classique. Vous vous souvenez avec son discours de Rome Georges Pompidou avait précipité la chute du Général de Gaulle. Avec son droit d'inventaire, Lionel Jospin piétinait la mémoire de François Mitterrand. Intronisé comme son successeur, Nicolas Sarkozy avait pourtant dynamité le quinquennat de Jacques Chrirac. Angela Merkel a aussi poignardé son mentor Helmut Kohl. Ces meurtres politiques sont inévitables pour prendre la place.

Dans les cas les plus récents, donc celui de Marine Le Pen qui est le plus spectaculaire. 

Elle "tue le père au sens au sens propre du terme", puisqu'il est son géniteur et elle en est l'héritière au niveau politique et patrimonial. Après avoir été son indéfectible soutien, Marine Le Pen avait été intronisée à la présidence du FN par Jean Marie Le Pen lui-même. Quand l'enjeu politique est devenu supérieur aux liens du sang, quand les propos du père sur la deuxième guerre mondiale sont devenus intolérables pour la campagne présidentielle, elle l'a mis à la porte. C'est "Bruta" comme l'appelle lui-même son père, "Bruta" comme le féminin de Brutus qui a tué César. 

Elle "dé-lepénise" le parti. Elle en efface la marque, le logo, la flamme... et son site ne s'appelle plus "Le Pen" mais "marine2017.fr". Comme ironise le vieux lion qui n'a pas perdu le sens de l'humour, "elle veut s'appeler "Aliot-Marine" en référence à son compagnon Louis Aliot. Que ce passera-t-il si le 5 octobre la Justice décide de réintégrer Jean-Marie Le Pen dans le parti ?

En comparaison on a l'impression que le meurtre politique de François Hollande par Emmanuel Macron était doux...

Oui, s'il a reçu un terrible coup sur la tête, ce n'est pas du même ordre. En privé il a même confié à nos confrères Antonin André (Europe 1) et Karim Rissouli (France 5) qu'il comptait même sur Emmanuel Macron pour un hypothétique second mandat. 

Sauf que coup de fil à 8h mardi, Emmanuel Macron précise à François Hollande que sa lettre de démission lui arrivera sous peu. Rude ! "Voyons-nous à 15h" répond un président de la République sidéré... Et là c'est un acte de rupture brutal.

A-t-il tué le père ? "Non, il a tué le pépère" répond l'entourage du ministre de l'Economie. Emmanuel Macron ne croit plus dans l'avenir de François Hollande. Il a l'audace démesurée de ceux qui croient en leur destin. Il veut croire que l'attente du public pour "autre chose" est immense. Il est vrai que 88% des Français approuvent le choix d'Emmanuel Macron de partir du gouvernement.

Quand Manuel Valls le traite de déserteur, les amis de l'ex-ministre rétorquent que Valls avait demandé trois fois au président de virer Macron. Il ne se sentait plus bien au gouvernement, il a agi en conséquence. Mais s'il est un tueur, c'est à la manière ottomane. On tue avec du coton, car il n'a eu que des mots aimables avec François Hollande. 

Avec l'Elysée en ligne de mire, Emmanuel Macron a 8 mois pour penser autrement, communiquer autrement, construire autrement... c'est très court ! "J'ai pris la mer sur une embarcation frêle", preuve qu'il est lucide, son pari est fou ! Mais comme le disent ses amis, il n'a peur de rien !