Pokemon Go : le loup qui ne fait pas de mal !

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La revue des éditos est une chronique de l'émission Europe matin
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Chaque matin, Natacha Polony nous présente les différents éditos qui font la Une de la presse.

Au milieu des photos de femme en combinaison de bain avec cagoule, on trouve une bestiole tout en jaune. Pikachu est dans Libération. Et Laurent Joffrin signe un éditorial qui, comme souvent, contredit les articles qui suivent. Le titre : inoffensif. Le patron de Libération nous explique que Pokemon Go réduit à néant à peu près toutes les critiques adressées jusqu’à présent aux jeux vidéo. Il oblige à sortir, fait rencontrer des gens, ne provoque aucune addiction puisque la mode commence déjà à s’essouffler. Bref "on crie au loup mais le loup est avant tout convivial et inoffensif".

C’est oublier un peu vite la problématique complexe de cette réalité augmentée qui efface la réalité tout court et la transforme en décor insignifiant. Mais on ne voudrait pas passer pour un de ces "petits Heidegger" que fustige Laurent Joffrin. Oui, Heidegger, le philosophe critique de la technique, "cet outil omniprésent qui devient le maître de celui qu’il est censé servir". Mais voilà, Heidegger était réactionnaire et Laurent Joffrin veut nous prouver que lui ne l’est pas. Tout au plus concède-t-il en fin d’éditorial un petit problème : la collecte d’une masse gigantesque de données enregistrées totalement à l’insu des joueurs et qui constituent une manne financière autant qu’un futur outil de contrôle global. "Pokemon alimente ce moloch numérique qu’on appelle le "Big Data" et qu’un préjugé tenace confond avec "Big Brother". Mais sur ce point, la question renvoie à un débat désormais classique sur la protection des données personnelles. Les États démocratiques se sont saisis de l’affaire et commencent à produire quelques règles de bon sens qui éviteront au citoyen de se retrouver fiché par des multinationales". Tout va bien. Dans le roman de George Orwell, 1984, la dictature distribuait des pilules du bonheur. Sous le règne du capitalisme numérique dominé par les multinationales californiennes, on a les éditos de Laurent Joffrin.