Taubira part, la déchéance reste

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La revue de presse est une chronique de l'émission La matinale d'Europe 1
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La presse quotidienne revient ce jeudi sur la démission de la ministre de la Justice, Christiane Taubira.

Ce matin en Une de vos journaux elle a réussi, elle est partout. Et chaque titre dessine une interprétation. Il y a ceux qui lui offrent le beau rôle :
Le Monde : Taubira claque la porte.
Libération : l’échappée.
Nice Matin : Délivrance.

Il y a ceux qui voient surtout le numéro d’équilibriste hollandais :
L’Opinion : Au revoir la gauche.
Le Parisien : Hollande : la gauche peau de chagrin.
Le Figaro : La démission de Taubira aggrave la fracture à gauche.

Et puis, ce titre ambivalent de la Croix, est-ce volontaire ? Taubira part, la déchéance reste.


Taubira

Un icône, donc. L’Humanité met en Une son tweet de départ : "Parfois, résister, c’est partir". On avait Jean Moulin, on a Christiane Taubira. Les six pages de Libération, c’est carrément la panthéonisation. Avec Laurent Joffrin dans le rôle d’André Malraux évoquant la "nostalgie d’une gauche du cœur et des droits sans laquelle le camp du progrès s’affaiblit".

Bien sûr, l’autre mot qui revient est celui de clarification et l’ensemble des éditorialistes annoncent pour François Hollande des lendemains difficiles. "Christiane Taubira n’a pas été débarquée, écrit ainsi Raymond Couraud dans L’Alsace. Elle a préféré abandonner le navire du gouvernement en creusant un nouveau trou dans la coque".  D’ailleurs, Le Parisien publie un sondage ravageur qui nous dit que 65% des Français la considèrent comme une mauvaise ministre de la Justice et qu’ils sont 57% à souhaiter qu’elle se retire de la vie politique.

Dans Le Figaro, Laurent Bouvet remarque qu’elle incarne cette gauche prônée par le think tank Terra nova qui a totalement abandonné le social au profit du tout societal. Elle était dans ce gouvernement, dit-il, bien plus pour ce qu’elle était que pour ce qu’elle avait fait pour la gauche et le PS en particulier. C’est ce débat qu’on retrouve sur le site Causeur. Entre Jérôme Leroy, écrivain communiste qui se réjouit de voir Christiane Taubira reprendre une liberté dont il espère beaucoup et David Desgouilles qui analyse le parcours de l’icône. "S’il doit y avoir un Syriza à la française, ce sont les thèmes économiques qui doivent primer sur tous les autres. Et y a-t-il quelqu’un dans ce pays capable de nous dire quelles sont les idées économiques de Christiane Taubira ? Va-t-elle expliquer qu’il faut tenir un autre discours en direction de Berlin ? Va-t-elle combattre le TAFTA ?" Il termine par une belle anti-phrase : "Je reconnais qu’il peut-être injuste de lui reprocher son vote de l’investiture d’un Premier ministre symbolique de l’orthodoxie économique de droite, Edouard Balladur, il y a 23 ans. Comme il peut aussi être injuste de lui reprocher d’avoir été réellement lancée sur la scène politique nationale par Bernard Tapie". Pas de reproches, mais on attend…

Chômage

C’était la 2ème mauvaise nouvelle d’hier pour François Hollande, et c’est la Une des Echos : 700.000 chômeurs de plus, l’échec du quinquennat. Dans un éditorial ravageur, Jean-Francis Pécresse rappelle le slogan inventé en 1988 par Jacques Séguéla : génération Mitterrand, et cette affiche d’un adulte tenant un jeune enfant par la main. Le président socialiste, devenu dépositaire de l’avenir de la jeunesse avait été confortablement réélu. En 2016, écrit-il, la génération Hollande ressemblerait plutôt à une génération chômage. Et, ce qui est impardonnable, selon lui, dans une conjoncture inespérée. Il conclut cruellement sur le constat d’un logiciel présidentiel daté faisant appel au ministre de la Justice de 1981 pour penser le Code du Travail de 2018, et s’évertuant à penser que l’économie marche par cycles classiques. "Après la pluie le beau temps ? Vieux dicton, dicton de vieux".

Airbnb

L’économie moderne, elle est dans Le Monde. Une page sur la lutte entre les hôteliers et la plateforme de réservation d’appartements entre particuliers. Ultime résistance de l’hôtellerie française, un amendement présenté contre l’avis du gouvernement et impliquant la responsabilité du site dans les pratiques de sous-locations frauduleuses. Mais dans un pays dont on nous dit que le tourisme le sauvera de la désindustrialisation, le combat des hôteliers, avec leurs charges, leurs contraintes, les contrôles sanitaires et sociaux semble perdu d’avance.

Un article sur le site Slate nous raconte même comment une autre application permet aux petits malins qui ont professionnalisé la location touristique de leur appartement de ne même plus accueillir leurs supposés hôtes. On leur fournit un concierge femme de ménage qui fera ça à leur place. Emploi précaire et optimisation fiscale. L’avenir ?

Images d’Epinal

Juste à côté de cet article, Le Monde nous raconte la résistance d’une entreprise vieille de deux siècles et dont la marque est devenue un nom commun. Les images d’Epinal ne veulent pas mourir et deux amis se sont lancés dans la reprise improbable de ce fantastique fonds patrimonial. "Fureter ici, s’amuse une des associés, c'est effectuer un carottage dans l'histoire de France". Avec ses clichés, ses outrances cocardières et ses images signées par les plus grands noms. Et si le duo échoue, il aura "possédé pendant des mois ce bonheur qu'on nomme l'Espérance", selon la morale d'une planche de 1881, "La Fortune pour tous".


Le journal 20 minutes nous raconte une polémique qui a surgi dans le nord-est de l’Angleterre. A Darlington, la directrice de l’école a été obligée d’écrire aux parents d’élèves pour leur demander, lorsqu’ils amènent leurs enfants à l’école le matin, de se présenter dans une tenue convenable. C’est-à-dire, si possible, pas en pyjama. Jusqu’à présent, les pantoufles et la robe de chambre étaient plutôt réservés à la promenade du chien. On imagine bien sûr qu’il y a là une conséquence du chômage de longue durée et de la perte de ce bonheur qu’on nomme l’espérance. Parce que c’est ça, la fortune d’un peuple : l’espérance. Mais pour ça, le lyrisme ne suffit pas. Il y a des choix économiques.