Le paria Cahuzac continue d'affaiblir l'exécutif

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La revue de presse est une chronique de l'émission Europe matin
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Alors que doit s'ouvrir le procès de Jérôme Cahuzac, la presse revient sur les effets néfastes pour le pouvoir politique de cette énième affaire.

Ce matin en Une de vos journaux s'affiche le crâne rasé et la nuque boudinée du dictateur nord-coréen Kim Jong-Un après le lancement d’un missile à longue portée. Libération titre "Kim Folamour". Évidemment, chez nous, les problèmes sont d’un autre ordre. Le Figaro insiste sur "les départements étranglés par les dépenses sociales". Et les dépenses sociales, ce sont des charges que l’uberisation de la société laisse s’envoler. les Échos : Économie numérique : l’ombre grandissante du fisc. L’idée : confier aux plateformes internet la déclaration des revenus des usagers.

Cahuzac
Il est en Une du Parisien sous un titre brutal : "Le procès d’un menteur". Un procès qui risque de raviver la plaie. "Il était devenu, grâce à ses compétences, l’un des fils préférés de François Hollande", rappelle Frédéric Vezard qui titre joliment son éditorial : "Toi aussi mon fisc". L’article à côté raconte comment le ministre courtisé, l’animal politique brillant est devenu un paria.  "Personne ne parle plus jamais de lui à l’Assemblée", affirme un député PS. Il lui reste sa retraite de député et les quelques piges dans le domaine de l’économie qui, nous dit le Parisien, donnent immédiatement lieu à un signalement Tracfin.

Les commentaires dépassent pourtant  le simple cas de l’ancien ministre du budget. "L’échéance de 2017", analyse Jean-Louis Hervois dans La Charente Libre, "ne fait qu’entretenir la fébrilité générale. C’est pourquoi la perspective d’un nouveau duel entre celui qui s’est fait rouler dans la farine par Cahuzac et celui qui paradait au soir de son élection avec le CAC 40, désespère inlassablement l’opinion." Pendant ce temps, on observe avec ironie les agitations gouvernementales : "Après la constitutionnalisation de l’accent circonflexe et la déchéance du nénuphar", raille Olivier Auguste dans L’Opinon, la France ouvrira cette semaine un autre dossier fondamental : le remaniement". "Pourquoi diable un chef de l’État totalement maître du jeu doit-il donner le spectacle d’un moment d’hésitation qui prolonge le suspens ?" s’interroge Jean Levallois dans La Presse de la Manche. "Pour ne pas se priver de quelques petits plaisirs sadiques à faire marner les ministres en place."

"Et pendant ce temps", s’inquiète Bernard Stephan dans La Montagne, "le président de la République semble être atteint par le syndrome Sarkozy. Ce phénomène a un nom : la bunkérisation. Mais peut-être le but de ce remaniement est-il de faire entrer un peu de verdure dans le bunker. Un ministre écolo, même pas très vert, c’est une respiration."

Collabeur
Pendant ce temps, le PS est agité d’étranges soubresauts. Le Monde raconte en une page la triste aventure d’Amine El Khatmi, jeune élu socialiste d’Avignon devenu l’objet d’une incroyable cabale sur Twitter. Son adresse et celle de sa mère ont été livrées à la vindicte au milieu des insultes. Au milieu des classiques "esclave", "harki", "carpette", une variante : "collabeur". Son crime ? Avoir réagi au discours d’une jeune femme qui, sur France 2, dénonçait une islamophobie institutionnelle en France en regrettant que l’espace médiatique soit envahi par des discours de revendications religieuses. L’article raconte l’existence sur le net, à côté de la classique fachosphère, d’une muslimsphère encore plus organisée. Mais ce que regrette le plus Amine El Khatmi, c’est le temps qu’a mis le PS pour le soutenir par un communiqué aussi bref que laconique. Malheur à celui par qui le scandale arrive.

Starbucks
Le journal 20 minutes nous apprend que le Starbuks de Ryad en Arabie Saoudite n’accepte plus les femmes. C’est bien involontaire. Le mur de séparation entre l’espace réservé aux hommes et celui réservé aux femmes s’est effondré. Les autorités ont donc exigé qu’on trouve une solution pour qu’hommes et femmes ne se croisent pas. "D’après notre correspondante Clarence Rodriguez, aucune interdiction formelle : les travaux dans la salle des femmes ont imposé la fermeture, et la loi sur la non-mixité interdit qu’on les accueille dans le reste de l’établissement". Bon, il ne fallait pas espérer que la galanterie incite à laisser la priorité à ces dames. Mais donc, il n’y a aucun problème…

Traçabilité
Le Parisien consacre une double page à une enquête de l’UFC Que choisir sur ces industriels qui évitent soigneusement d’étiqueter l’origine des viandes qu’ils utilisent. Avec un palmarès dont on peut citer les bons élèves, le Gaulois, Charal, Marie, Findus ou Zapetti et pour les distributeurs, Intermarché. Pour le reste, le témoignage d’un repenti de l’industrie agroalimentaire suffit à résumer les pratiques : le mélange des lots pour masquer des produits pas très présentables, des lardons qui traversent toute l’Europe, des manchons de poulets venus de Thaïlande baignant dans la saumure pour éviter les droits de douane. "Il y a deux pigeons dans cette affaire : le consommateur et le producteur", avertit le président de l’UFC que choisir. Il faut arrêter de traiter l’alimentation comme n’importe marché. Cette approche désincarnée nous conduit dans le mur."

Louise
Elle est en Une de 20 minutes et du site Rue 89. Une petite fille d’un an prénommée Louise. Sa maman vient de publier un livre : La vie nous réserve des surprises. La surprise, ce fut la trisomie 21 de Louise. Caroline tient un journal de bord sur Facebook qui a généré un élan de sympathie. Elle déplore évidemment le peu de documentations en France, les réactions maladroites de ceux qui s’imaginent qu’on règle le problème en multipliant les dépistages avant la naissance. Alors, la bouille de Louise est un message d’amour pour nous rappeler que la médecine n’est pas infaillible et ne remplacera jamais le respect de différence et l’aide aux plus faibles.

20 minutes nous raconte aussi comment un policier russe a développé une méthode assez particulière pour en finir avec les stationnements gênants : il tire sur les voitures avec son arme de service. Mais uniquement sur celles qui le gênent quand lui veut se garer. C’est le problème : quand quelqu’un qui est censé incarner l’État enfreint les règles à son profit. Évidemment, il y a des fois où c’est moins brutal. Mais le policier russe n’a pas juré les yeux dans les yeux qu’il n’y était pour rien.