Kippa : affaire d’État

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La revue de presse est une chronique de l'émission Europe matin
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La presse quotidienne revient ce jeudi sur la grande inquiétude des juifs autour du port de la kippa.

Ce matin en Une de vos journaux la photo est partout à peu près la même : un petit morceau de tissu posé sur le de crâne de ces hommes, toujours de dos.
C’est la Provence qui résume : Kippa, affaire d’Etat.
Le Parisien : La grande inquiétude des juifs.
Libération : Condamnés à se cacher ?

Problématiques nationales et situations internationales se rejoignent :
dans le Figaro : cinq ans après, le désastre des printemps arabes.
Et dans l’Opinion : Les trop nombreuses guerres du président, avec le dessin de Kak qui nous rejoue une scène de Star Wars épisode V. François Hollande en Luke Skywalker : Je voudrais qu’on se souvienne de moi comme d’un grand guerrier. Et la célèbre réponse de maître Yoda : Personne, par la guerre, ne devient grand.

Identité, nation, intégration :
Le Point les brasse dans un entretien entre Alain Finkielkraut et Alain Juppé : 15 pages d’opération séduction.

Juifs

Les témoignages qu’on lit ce matin dans la presse sont glaçants. Parce qu’on oublie trop souvent qu’en France, depuis plusieurs années, des citoyens français ont peur. Dans Libération, c’est David qui déplore : "Il y a 3 ans, on pouvait encore cohabiter. Mohamed Merah à Toulouse, le gang des Barbares, on pensait que ce serait des cas isolés. Mais depuis Charlie, on sent vraiment la fracture". Et Yaël qui raconte : "J’ai entendu quelqu’un sortant du MacDo dire : 'C’est un vrai Juif, il ne m’a pas donné assez de ketchup'. J’ai toujours eu l’habitude d’entendre ce genre de blague, ça passait inaperçu, mais désormais je le prends mal". Mais son amie Vanessa rappelle une vérité indispensable : "Je me sens encore plus vulnérable en tant que Juive, mais je ne suis pas dupe : on est les premières cibles, on l’a toujours été, mais ça va toucher tout le monde".

Les éditorialistes déplorent ce matin que le débat ait glissé vers la question totalement accessoire de savoir s’il faut cacher les kippas. "Ne pas réagir, écrit Hervé Chabaud dans L’Union, et se contenter de dire que cette attaque rageuse n’est qu’un épiphénomène de l’antisémitisme, c’est assurément se tromper. Ne pas réagir à l’alpha de l’insupportable, c’est laisser s’installer l’oméga de l’ignominie". Pourtant la presse en reste au constat. On cherchera vainement une analyse approfondie de la nature de cet antisémitisme et des moyens de l’enrayer.

Printemps arabes

Parmi les anniversaires qui occupent la presse, celui des Printemps arabes, il y a 5 ans. Les Echos résument en une carte le bilan d’un mouvement qui avait été un peu trop vite célébré par certains commentateurs médiatiques comme l’avènement merveilleux de la démocratie. Entre chaos dramatique en Syrie, en Lybie ou au Yémen, et retour à l’autoritarisme militaire en Egypte. Dans Le Figaro, l’ancien ambassadeur de Tunisie auprès de l’Unesco, Mezri Haddad, rappelle surtout que le rêve des Printemps arabes a finalement fait le lit de l’islamisme. "Avant d’être un territoire ou une armée de brigands et de mercenaires, l’État dit islamique est d’abord un état d’esprit, un atavisme religieux, une prédisposition psychologique et culturelle. Ainsi défini, l’État Islamique ne s’est pas infiltré en Tunisie mais il en fait partie depuis 2012. Il suffit d’un assaut sur nos frontières libyennes pour que les éléments intérieurs de Daech se réveillent de leur hibernation". Jusqu’en France.

Un homme engagé

Il est Anglais, il s’appelle Rob Lawrie, il parle de lui comme d’un gars ordinaire. Il a abandonné sa petite entreprise de nettoyage du jour au lendemain pour aller aider les migrants de la jungle de Calais. Sa femme l’a d’ailleurs quitté pour cela. Il lance des appels aux dons, bricole des abris, jusqu’à ce 24 octobre où il finit par accepter dans son camion une petite Afghane de quatre ans que lui confie son père en espérant la conduire chez des cousins déjà installés en Angleterre. Comme deux Érythréens se sont glissés dans son camion, la police l’arrête et découvre la petite. Aujourd’hui, deux pétitions circulent en Angleterre et en France pour demander la clémence pour Rob Lawrie. Il a enfreint la loi, c’est vrai, mais l’incurie des politiques est bien plus condamnable qu’un mouvement d’humanité.

Des fous qui se réunissent dans les cafés

Il n’y a pas que l’Anglais qui permet de se comprendre par-delà les frontières. Le Point nous présente l’étrange cercle qui se réunit dans des bistrots parisiens mais en lien avec d’autres fous, à Barcelone, Berkeley, Hong Kong ou Prague. Et bien sûr sur la toile. Ce qu’ils ont en commun, l’envie de maintenir le latin comme une langue bien vivante. On discute, on modernise le vocabulaire. Facebook en latin se dit Liberfacierum et en grec Prosopobiblion, livre des visages. Il y a Frédéric, informaticien de 40 ans, Michel, 73 ans, Nathan, 14 ans, et Zoé, 16 ans. Ceux-là trouvent que l’enseignement qu’on leur prodigue au lycée est d’un ennui profond, alors qu’en parlant latin ils se promènent dans 20 siècles d’Histoire et de pensées.

Revue L’Eléphant

Pour les amoureux du savoir, il y a cette revue géniale qui met en Une cette citation de Molière : "Un sot savant est plus sot qu’un sot ignorant". Ce mois-ci, entre l’Histoire du Japon et l’organisation du système solaire, une plongée dans la mémoire où vous découvrirez la mémoire prospective, cette capacité que nous avons à nous souvenir du futur. "Tu n’oublieras pas d’acheter du pain en rentrant". Beaucoup plus compliqué que de se souvenir d’un élément passé. Et beaucoup plus gênant quand elle nous fait défaut. Sinon il reste les alertes sur smartphone.

En terme de pensée, c’est moins élaboré. Mais c’est parfois vertigineux. VSD consacre une double page aux plus belles citations des nanards, ces films calamiteux entre horreur, polar ou porno qui deviennent parfois cultes par leur nullité abyssale. Ça donne dans Black Roses, 1988 : "il y a deux types de gens qui portent des boucles d’oreilles : les pirates et les PD… et comme j’ai pas vu de bateau dans le jardin…" Strike Commando, 1987 : "Comment on dit au revoir en Russe ? Auf Wiedersehen ?" Et le plus surréaliste dans Eaux sauvages, 1979 : "Je suppose qu’en faisant ce que vous avez fait, vous n’avez fait que précipiter la chose-même qui vous a poussé à le faire". Je vous laisse méditer. Elle peut servir pour à peu près tout.