Christiane Taubira est passée à l'action

  • A
  • A
La revue de presse est une chronique de l'émission La matinale d'Europe 1
Partagez sur :

La presse quotidienne revient ce mardi sur la sortie du livre de Christiane Taubira au sujet de la déchéance de nationalité.

Ce matin en Une de vos journaux on tente de passer à l’action.
La Croix : Zika, la lutte s’organise.
Le Figaro : Libye : la France prépare les plans d’une offensive contre Daesh.
Les Echos : Chômeurs : le débat sur l’indemnisation relancé.
Et Libération qui aimerait bien que la mairie de Marseille agisse enfin : écoles à Marseille : la honte de la République, avec ces photos effarantes de murs moisis, de sols défoncés et couverts de gravats.

Taubira

Elle, en tout cas, est passée à l’action avec une efficacité qui force l’admiration. Le Monde : déchéance : l’offensive calculée de Taubira. On retrouve ici et là dans Libération ou le Parisien, les mêmes extraits. Car ce n’est finalement pas le contenu du livre qui compte mais la manière. Et d’abord ce titre sur lequel glose Etienne de Montety dans le Figaro : "quand la Taubira arrive, c’est rarement un murmure qu’on entend, mais décrit d’admiration ou d’hostilité, écrit-il en écho à Madame de Sévigné évoquant la Champmeslé, célèbre actrice de son temps. Quand elle était garde des sceaux, le mur de certitudes la murant a rendu Paris murmurant". Sur le fond, concède Yves Harté dans Sud-Ouest, on pourrait acquiescer. Un grand nombre des arguments envoyés à l’inimitable façon lyrique et parfois amphigourique de l’ancienne garde des sceaux, sont largement recevables. Reste un détail, ajoute-t-il. Vouloir à tout prix au risque de déstabiliser son camp mais au prétexte de ne pas baillonner sa conscience, balancer quelques pages, au fond consacrées à sa seule gloire, est une curieuse façon d’envisager ses anciennes responsabilités de serviteur de l’Etat dont elle s’est tellement prévalue. Mais il est un cas psychologique plus intéressant sur lequel se penchent les éditorialistes : le président de la République dont le Figaro nous explique qu’elle l’avait mis au courant depuis plusieurs jours de la sortie du fameux livre. Pourquoi diable a-t-il laissé sa future ancienne ministre dérouler son plan de communications et rester maitresse du temps ? Pour Guillaume Tabard, François Hollande a besoin qu’elle ne se présente pas même dans le cadre d’une primaire et qu’elle laisse à Jean-Luc Mélenchon le soin involontaire de limiter les dégâts d’une candidature à sa gauche. Et la jeunesse dans tout ça, l’avenir du pays ? Réduite à de lointains murmures.

Permis de polluer

C’est le titre d’un article du Monde qui revient sur un sujet sans doute passé trop vite inaperçu. L’autorisation donnée par l’État à une usine de Gardanne de continuer à déverser dans le parc national des Calanques des boues rouges toxiques. L’argument avancé par l’entreprise : elle ne dispose pas d’une technologie permettant de filtrer totalement les eaux résiduelles. Et la préfecture vient donc de lui accorder une dérogation de six ans pour contrevenir à la convention de Barcelone pour la protection de la mer Méditerranée. C’est pourtant en 1996 que l’État avait renouvelé la concession de Péchiney à la condition que le groupe cesse tout rejet en mer au 31 décembre 2015. Vingt ans pour s’adapter. Le site Reporterre raconte dans un long article le bras de fer politique et les choix de Manuel Valls d’accéder aux demandes de l’entreprise au nom de la sauvegarde de l’emploi. Pas celui des pêcheurs bien sûr. Alors Audrey Garric s’interroge dans le Monde sur ce prétendu primat de l’économie qui laisse de côté le coût pour la société qu’il soit environnemental, sanitaire ou financier. Mais justement, ce coût est supporté par la société, pas par un intérêt privé.

Mécanisme du goût

Alors que les journaux sont remplis des derniers positionnements marketing du guide Michelin, le magazine National Geographic nous propose un article passionnant, une plongée dans notre cerveau et dans les mécanismes du goût. L’articulation complexe entre les gouts fondamentaux détectés par nos papilles et les perceptions qui nous arrivent par rétroolfaction. Et puis tout l’apprentissage que constitue la découverte de nouveaux aliments avec cette analyse étonnante : le gout sucré atténue les expressions de la douleur dans l’enfance. Il diminue les pleurs chez les bébés. Et la réponse d’un enfant au sucré peut être si gratifiante pour les parents qu’ils finissent par la renforcer, de sorte que dans les pays développés le sucre est devenu une sorte d’analgésique universellement répandu. Dernier point, notre cerveau construit une saveur à partir de la vue, de l’odeur, du goût, de la texture, le tout en lien avec notre mémoire. Le plaisir vient de l’attention que nous portons à nos aliments. Ce que nous raconte aussi un article du magazine Happinez. Retrouver le simple goût d’une pomme c’est déjà reprendre possession de ces sensations et les décupler. Bref, se faire plaisir en mangeant ça peut être très économique.

Magazine Néon

Comme chaque mois, le magazine Néon propose une découverte insolite du monde qui nous entoure. Un reportage sur ces jeunes couples iraniens obligés de simuler le mariage pour échapper à la pression de la société. Des témoignages bouleversants de ces femmes devenues veuves à l’âge des premiers projets et qui se reconstruisent avec force. Et puis cet article délirant, une véritable enquête journalistique d’un reporter qui ose prendre des risques pour chercher des informations : Michael Pécot-Kleiner a voulu en savoir plus sur toutes ces publicités qui promettent d’agrandir le pénis. J’y aurai déjà appris une chose : 60 % des mâles lui ont déjà donné un petit nom.


C’est aussi dans Néon qu’on trouve une galerie de photos façon police scientifique : des dizaines d’objets disposés côte à côte dans leur neutralité et leur caractère hétéroclite. Paula Zuccotti photographie tous les objets qu’une personne touche dans une journée. Un portrait de chacun qui laisse imaginer la profession, les affinités, la part insolite. Entre David 23 ans, cow-boy dans l’Arizona, raconté par des fers à cheval, une botte de foin et des bouteilles de bière, Sophia 32 ans, de Casablanca, ses baskets, son maquillage, sa djellaba colorée pour le soir, Lola, 7 ans, une dominante rose et des habitudes alimentaires pas très recommandables. L’artiste remarque que l’arrivée des Smartphones a bouleversé notre rapport aux objets en n’en faisant disparaitre une bonne partie. Alors que restera-t-il aux archéologues pour savoir à quoi nous passions nos journées et ce que nous avions dans la tête.