Charlie Hebdo : un an après, l'assassin court toujours !

  • A
  • A
Voir la vidéo sur Dailymotion
La revue de presse est une chronique de l'émission La matinale d'Europe 1
Partagez sur :

La presse quotidienne revient ce mercredi sur les événements du 7 janvier 2015 et leurs conséquences.

Ce matin en Une de vos journaux, on se souvient d’un mercredi d’il y a un an :
L’Echo de la Haute Vienne évoque le tout est pardonné du numéro des survivants dans un titre plein de lucidité : Rien n’est résolu.
Mais il y a surtout cette Une de Charlie Hebdo qui fait tant parler : Sur fond noir, un Dieu sanguinaire armé d’une kalachnikov : un an après l’assassin court toujours. Un Dieu assassin qui arbore tous les attributs du Dieu des chrétiens, ce qui en a choqué quelques-uns. Mais qu’auraient-ils dit si ce Dieu avait été musulman. Nouvelle provocation, islamophobie…
Alors Libération constate simplement : Charlie court toujours.


Charlie Hebdo

Il y a bien sur les textes de Riss, de Gérard Biard, de Philippe Lançon dans le numéro spécial de Charlie Hebdo. Des textes qui marquent une volonté farouche de simplement persévérer dans l’affirmation d’un droit à critiquer, à caricaturer, à moquer le sacré. Et puis il  y a tout le reste. Les témoignages de ceux qui se trouvaient là par hasard, ce 7 janvier.
Le récit, dans le Monde des derniers instants de Frédéric Boisseau, victime oubliée, agent de maintenance qui venait pour la première fois de sa vie travailler au 10 rue Nicolas Appert. Et puis il y a les interrogations sur l’enquête.
Celles du Canard Enchainé en particulier qui se demande où est passé le PV relatant le repérage effectué par les tueurs trois mois avant l’attentat et surpris par un journaliste qui en avait référé à un policier chargé de la protection de Charb. Des failles à pleurer, écrit le Canard. Mais les failles ne sont sans doute pas seulement techniques. Elles ne relèvent pas que du renseignement. Ces questions, ces enquêtes nous dit Raymond Couraud dans l’Alsace, sont nécessaires pour inciter l’Etat à " faire plus dans sa lutte contre le terrorisme, plutôt que de transformer Marianne en pleureuse pathétique".
Mais dans Sud Ouest, Yves Harté va plus loin : "nous avions espéré que les yeux se dessillent sur la fascination dans les banlieues pour un Islam de mort, et que l’on finisse par ramener l’école dans ce qu’elle a de plus sacré, jusqu’aux recoins de toutes les campagnes et de toutes les villes, pour remplir son rôle : maitriser une langue et donner un corps à un pays. Nous avions cru qu’un seul attentat pouvait fédérer un pays. Nous étions naïfs". 
Mais on lira, dans le Figaro, à côté de la belle interview d’Alain Finkielkraut, celle de Nadia Remadna, fondatrice de l’association la Brigade des mères, qui dénonce l’aveuglement dans les banlieues. Les meetings politiques où l’on rassure discrètement les musulmans, "le buffet est hallal", les dispositifs relais où l’on met face à des jeunes en difficultés des adultes sans formation, la mixité homme-femme qui disparait des quartiers populaires et partout un discours victimaire sur le racisme supposé de la France, dans des familles où un mariage entre un Algérien et une Marocaine fait toute une histoire. Non, rien n’est résolu.

Arabie Saoudite

Le Canard Enchainé signe également un article au vitriol sur la gestion de la crise saoudienne. Un communiqué du quai d’Orsay qui déplore la condamnation à mort du cheik Al-Nimr : minable, juge le Canard. Et ces confidences de nos diplomates : "on attendait la réaction de Washington pour décider de la nôtre" "Paris est pieds et poings liés face aux saoudiens alors qu’ils ont financé tous les djihadistes qui nous emmerdent". La face peu glorieuse de notre politique étrangère.

Police

Alors que l’anniversaire des attentats de janvier oblige à revenir sur le rôle des policiers, il faut lire sur le site Causeur un entretien avec le responsable de la police municipale de Béziers. Loin des polémiques, il réfléchit à l’articulation entre les différentes forces de sécurité, au rôle essentiel d’une police municipale bien formée dans la mesure où ses agents ne savent jamais ce qu’ils vont trouver lorsqu’on les appelle pour des tirs d’armes à feu. Un élément fondamental dans ce vaste débat.

French Tech

La Une de La Croix veut nous mettre du baume au cœur, nous parler de la France qui gagne : la French Tech à la conquête de l’Amérique. Libération chante aussi les louanges de nos jeunes entrepreneurs.
Et Les Echos également. Mais juste à côté, le journal consacre un article à une autre dimension de cette modernité triomphante : la food tech. Les rêves technologiques de startups qui investissent dans la reconstitution de plats à partir de poudre, de gélatine et d’eau. Un marché énorme dans un monde où l’acheminement de denrées alimentaires sur Paris nécessite 10.000 camions par jour. Et puis, on peut cultiver des fraises hors sol, dans les villes, avec des éclairages par led. Plus de terre, plus de transports : l’écologie, ça n’est pas de préserver les sols et les modes de culture traditionnels, c’est d’avaler de la chimie.

Les enfants et les écrans.

Miracle ou mirage technologique ? Il faut lire dans les pages Sciences et médecine du Monde l’appel du neuroscientifique, Michel Desmurget, pour que l’on cesse de remplacer dans l’éducation des enfants les humains et la culture par les écrans. Il rappelle quelques vérités indispensables : ces jeunes gens ouverts sur le monde, créatifs, que l’on nous vante, ne sont pas des digitales addict mais des enfants nourris à la culture, au théâtre, au musée. La réussite scolaire à long terme relève de compétences parfaitement identifiées : autodiscipline, goût de l’effort, et persistance, capacité à travailler sans récompenses immédiates en vue d’un but lointain. Et cela, ce sont des hommes qui l’enseignent, pas des écrans.



La vraie nourriture fait encore rêver. La preuve, on parle même de food porn pour cette mode des photos alléchantes de plats cuisinés. Mais le site Slate nous sort de nos illusions. Un article nous raconte comment les stylistes réalisent ces photos magnifiques de céréales croustillantes, de capuccino mousseux, ou de poulet dorée à souhait. Pour que les céréales ne ramollissent pas, jamais de lait : de la crème solaire. Dans le capuccino, un peu de savon. Le poulet n’est jamais cuit, on fait dorer la peau en ajoutant un mélange de caramel et de produit vaisselle. Cela dit, avec les progrès technologiques, bien malin qui fera la différence entre de la mousse à raser et le plat d’un chef étoilé.