À la Une : un bel échantillon des préoccupations françaises

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La revue de presse est une chronique de l'émission Europe matin
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Chaque jour, Marion Lagardère scrute la presse papier et décrypte l'actualité.

Dans la presse ce matin, un bel échantillon des préoccupations françaises.

C’est rare mais ça arrive de temps en temps : toutes les Une, mises bout à bout, nous donnent à voir la liste des sujets de débats qui agitent la France cet automne, sous un angle positif.

Les Échos publient par exemple un grand dossier récapitulatif sur les impôts : "les réformes Macron sur les rails", titre le journal qui précise en page 2 que toutes ces transformations "pourraient avoir un effet important sur la croissance".

Macron aussi en Une du Figaro, mais cette fois sur les travailleurs détachés : "un combat essentiel", écrit Arnaud de la Grange dans son édito, passage obligé pour convaincre qu’il y a bien une "Europe qui protège".

Le Parisien, lui, vous apprend que, oui, la France recrute : "selon le baromètre Région Job, le nombre d’offre d’emploi à fait un bond de 42% en un an".
"Les employeurs ont repris confiance", dit le journal.

Confiance également en Une de La Croix qui revient sur la multiplication des témoignages de femmes dénonçant le harcèlement sexuel. "Une libération inédite de la parole". Positif donc, comme la Une de Libération sur les migrants : "un nouvel espoir", titre le journal qui, un an après l’évacuation de la jungle de Calais, est allé à la rencontre des heureux élus qui ont obtenu le droit d’asile.

Mais si les Une mettent en avant espoir et points positifs, en feuilletant les pages intérieures, on tombe aussi sur les sujets qui fâchent.

Et notamment cette enquête de l’Opinion sur la facture de 10 milliards d’euros que doit payer l’État.

Oui, c’est l’histoire "édifiante", dit le journal, de l’annulation bien tardive de la taxe à 3% sur les dividendes. En cause : l’incompatibilité de cette taxe avec le droit communautaire européen.
Les experts interrogés par l’Opinion sont unanimes : "Dès octobre 2012, on le savait, écrit Raphael Legendre, le problème a bien été soufflé à Bercy, mais rien n’a été fait. Fin 2015, le ministre du Budget, Christian Eckert reconnait devant le Sénat qu’il sait que cette taxe est en contravention avec le droit européen, mais là non plus, il ne fait rien". Même chose en 2016, lorsque le Conseil Constitutionnel averti à son tour. Autant de temps pendant lequel la facture grimpe : deux milliards, puis trois, puis cinq jusqu’à atteindre 10 milliards aujourd’hui.

"Quant aux responsables, écrit le journaliste, ils sont quelques-uns à occuper aujourd’hui des postes clés de la République" :
Emmanuel Macron, secrétaire général adjoint de l’Élysée en charge de l’économie et donc de la fiscalité, de 2012 à 2014.
Alexis Kohler, actuel secrétaire général de l’Élysée et ex-directeur de cabinet du ministre des finances Moscovici.
Mais il y a aussi Amélie Verdier, ex-directrice de cabinet du ministère du budget, qui est aujourd’hui directrice du budget et donc en charge de trouver les 10 milliards à rembourser.
Sans compter Laurent Martel, ex-conseiller fiscal du ministre du budget Jérôme Cahuzac et aujourd’hui conseiller fiscal de Matignon et de l’Élysée.

La liste est éloquente, pourtant Bruno Le Maire pointe un autre quatuor de responsables : Hollande, Ayrault, Cahuzac et Moscovici. Plus pratique évidemment.
Bruno Le Maire qui a demandé "à l’inspection des finances de faire toute la lumière sur le processus de décision".
Comment en est-on arrivé là ? À cause de quoi ? À cause de qui ?
En attendant, note le journal, c’est au contribuable que ce fiasco va couter 10 milliards d’euros.

Et puis "comment ne plus se laisser déborder" : c’est le titre en couverture du Magazine Management.

Oui, le mensuel publie 16 pages de conseils à l’adresse des cadres, décideurs et dirigeants, parce que "bosser comme un malade, ça n’est pas raisonnable".

L’idée générale, c’est que trop travailler rend inefficace. Alors pour prendre les bonnes décisions et "rester performant", Management vous conseille de "vous concentrer sur vos tâches prioritaires", "d’arrêter de faire plusieurs choses à la fois", ou encore de "recadrer les sollicitations intempestives".
"Travailler comme un fou, dit le magazine, c’est aussi parfois avoir oublié pour quoi on travaille".

À en croire le magazine, l’addiction au travail est semble-t-il devenu le mal du siècle.

Alors pour donner de l’espoir à son lectorat, Management a interrogé PKM, Pierre Kosciusco-Morizet, l’homme qui a fondé Price Minister en l’an 2000 avant de revendre 10 ans plus tard pour 200 millions d’euros.

Présenté comme un "drogué de boulot repenti", il explique à l’adresse des aspirants start-uppers "qu’il a adoré se noyer dans le travail" : "je voulais réussir, dit-il, et gagner de l’argent, mais à force on manque de recul, on rate des choses et on se fait dévorer".
Aujourd’hui, l’ex-PDG hyperactif parraine des jeunes pousses mais ne veut surtout pas "monter une nouvelle boite". "J’ai repris le contrôle de ma vie, dit-il, je lis, je peins, je nage deux heures par jour, je médite régulièrement et j’ai un piano au bureau pour décompresser".

Un homme heureux qui donne un dernier conseil : "offrez-vous un assistant". Voilà, une piscine, un piano et un assistant.
Sainte trinité du bonheur de la start-up nation.

Justement, à propos de bonheur, on trouve ce matin plusieurs conseils dans les journaux.

D’abord, faites du sport : c’est l’affirmation du Figaro qui rapporte les conclusions d’une étude menée en Norvège. Elle démontre que la pratique d’une heure de sport par jour réduit clairement les risques de dépression.
Le journal vous conseille particulièrement "la nage, le vélo et la marche".

La marche qui est aussi conseillée par l’explorateur Jean-Louis Etienne, 70 ans dans Aujourd’hui-en-France. "La marche aiguise la réflexion, dit-il, elle remet en ordre les idées".

Au rayon, "recherche du bonheur", il y a aussi le dossier du magazine ELLE qui vous explique "comment changer de vie en douceur".
Bref, une multiplication de conseils à mettre en parallèle avec ce sondage BVA publié par le mensuel Psychologies : "en 2017, 31% des français déclarent avoir fait appel à un psy, ils n’étaient que 5% en 2001".
"Des chiffres, explique le magazine, qui sont le signe que le malaise s’accroit (…) les psychothérapies sont sorties du champ médical pour soigner plus largement le mal de vivre, et une difficulté grandissante à s’adapter à des environnements de plus en plus chaotiques".

Sinon, plusieurs journaux nous informent qu’une vente aux enchères a lieu demain à Jérusalem, elle concerne deux notes rédigées par Albert Einstein. Le gratuit 20 Minutes raconte que sur l’une d’elle, il est écrit :

"une vie tranquille et modeste apporte plus de joie que la recherche du succès qui implique une agitation permanente". Sur l’autre note figure l’adage emprunté à Lénine : "là où il y a une volonté, il y a un chemin".
20 Minutes qui prend la peine de préciser que tout ça "n’a aucune valeur scientifique". C’est vrai qu’on ne sait jamais, on manque parfois de prudence avec les marchands de bonheur.