À la Une : des avis partagés sur l’interview d’Emmanuel Macron

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La revue de presse est une chronique de l'émission Deux heures d'info
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Chaque jour, Marion Lagardère scrute la presse papier et décrypte l'actualité.

Dans la presse ce matin, des avis partagés sur l’interview d’Emmanuel Macron.

Il faut dire qu’au vu des éditos de ces derniers jours, l’attente était forte. Il y a donc des satisfaits et des déçus. Les satisfaits d’abord : Les Échos, Le Figaro, le Télégramme, qui saluent la "fermeté" du président. "Sa détermination", nuance Ouest-France.
Oui, "il a plutôt réussit", juge Bruno Dive dans Sud-Ouest, qui voit en le chef de l’État "un premier de cordée adroit". "C’est un fait, se réjouit Nicolas Beytout dans l’Opinion, Emmanuel Macron a tenu bon : inflexibilité face aux opposants, fermeté de l’approche politique, constance de l’objectif. Une vraie vision sociale-démocrate et libérale". N’en jetez plus ! Bon, "Un seul dérapage tout de même, note Nathalie Segaunes toujours dans  l’Opinion, dérapage lorsque le président "de tous les français" a asséné curieusement que "les riches n’ont pas besoin de président et se débrouillent très bien tous seuls"". Et oui, après la suppression en urgence de l’ISF cet automne, c’est curieux, effectivement. Et puis, côté critique : on trouve Libération et ce titre Polnareffesque : "un président qui dit, non, non, non, non, non. Cheminots, étudiants, zad, retraités. Il n’a lâché sur rien", constate le journal.
"Pas un geste pour la France populaire", note L’Humanité. Sans surprise, "C‘est le principe bien connu du "droit dans mes bottes"", résume, déçue, la Charente Libre. Mais, le "déçu" le plus surprenant peut être, c’est le magazine Challenges qui regrette "une opération de com’ soporifique : très téléguidé et tombé à plat, conclu Ghislaine Ottenheimer : pas assez d’empathie, trop conceptuel et pas assez charnel". Où l’on apprend donc que pour convaincre, il faut être "charnel". À méditer, pourquoi pas, le charnel, surtout avant la prochaine interview dimanche avec Edwy Plenel et Jean-Jacques Bourdin.

Et puis, ce matin un journal prend le contre-pied de de cette actualité très présidentielle, c’est La Croix qui nous emmène au Venezuela.

Avec ce titre en Une : "la dérive sans fin".
Alors, on a beaucoup dit sur le Venezuela, mais là, ce qui intéressant c’est que l’envoyé spécial de La Croix, Gilles Biassette, raconte en détail le quotidien et les conséquences concrètes d’une inflation estimée à 13.000% par le FMI. Première conséquence : les boutiques n’affichent aucun prix, les étiquettes n’ont plus de sens. Et pour cause, acheter le journal par exemple coute 20.000 bolivars, autrement dit, 200 exemplaires d’un billet de 100.
Pour la farine ou les pâtes, ça se compte en centaine de milliers de bolivars. Quand il y en a en magasin, parce qu’il n’y a plus grand-chose, constate la Croix.
Et puis la monnaie en cash a disparu. Le reporter raconte l’impossibilité de retirer à un distributeur. Les vénézuélien font leurs transactions avec une appli sur leur téléphone.
Enfin, pour ceux qui peuvent se le permettre, il y a l’exil, le départ vers la Colombie, le Brésil ou le Pérou. Triste portrait d’un pays qui n’a misé que sur le pétrole, et qui sans agriculture ni industrie, s’est condamné à vivre d’importation. Une crise qui sera évoquée au Sommet des Amériques qui ouvre aujourd’hui à Lima au Pérou. Sans Nicolas Maduro. Ça c’est dans la Croix. Et puis à signaler, puisqu’on parle du Venezuela, que c’est une photo prise à Caracas qui a remporté hier le prix de la photo de l’année du World Press. On y voit un manifestant au visage caché par un masque, transformé en torche humaine, les flammes lui dévorent le dos alors qu’il fuit une explosion.
On vous conseille d’aller jeter un œil sur le site Making-of de l’AFP, le photographe Ronaldo Shemidt raconte l’histoire de cette photo, le contexte, la manifestation violente, et le symbole qu’elle représente : "Une certaine idée du Venezuela qui brule".

Le Venezuela qui ne fait pas partie des destinations de vacances conseillées par vos magazines. Plusieurs d’entre eux, effectivement, donnent des pistes pour les ponts de mai.

En couverture du Figaro Magazine, par exemple, "nos coups de cœurs pour les week-ends de printemps, spécial escapades". En photo, une petite cour avec vue sur mer sur l’île de Formentera aux Baléares. Spécial "escapades" aussi dans VSD : "on passe au vert !" titre le magazine, ça va des sources de Caudalie, près de Bordeaux, à la plage Casadelmar en Corse-du-Sud. Et puis la très belle revue gastronomique 180° pourrait, elle aussi, vous donner des envies de prendre l’air avec ses reportages dans le Cantal par exemple, ou encore dans le Vercors où s’est installé le chef Guillaume Monjuré : il a quitté Lyon pour "ce petit coin de paradis" écrit la revue, "sa nouvelle vie, c’est de vivre sans pression, de composer des assiettes pour les gourmands de passage dans son restaurant perdu en pleine nature. Fini l’époque où l’on jugeait sa cuisine, fini les courses aux récompenses : le chef ne veut plus vivre avec la boule au ventre. Bon… l’étoile Michelin lui est quand même tombée dessus en 2017 : "je me doutais qu’ils allaient venir jusqu’ici, dit-il, mais je n’ai pas travaillé pour, ça n’a jamais été mon objectif. On fait juste à manger, conclu Guillaume Monjuré, on ne sauve pas des vies"".

Un beau reportage et quelques recettes du chef, c’est bio, c’est local, c’est de saison, ça fait saliver et c’est à lire dans la revue 180°.

Enfin, cet article du Figaro qui nous met face à nos contradictions.

Oui, puisque d’après une étude menée par Franck Courchamp au CNRS et publiée dans PLOS Biology, nos animaux préférés sont "la girafe, le tigre, le lion, l’éléphant et le gorille", or tous ces animaux sont en danger d’extinction. La population de tigres n’est plus qu’à 7% de son niveau historique, les lions 8%, les éléphants 10. Et les causes sont humaines : braconnage, conflit armé, trophée de chasse, ou encore urbanisation effrénée. Mais, "Lorsque les chercheurs questionnent enfants et adultes sur ces espèces, écrit la journaliste Marielle Court, aucun ne semble mesurer l’ampleur de la crise. À part le panda et l’ours polaire, ils ne savent pas que ces animaux sont menacés. Pourquoi ? "Peut-être, d’après Franck Courchamp, parce que ces animaux sont omniprésents dans la culture et le marketing, ce qui biaise totalement la perception"..

Effectivement, "quand 800.000 girafes Sophie sont vendues chaque années, c’est huit fois plus que le ombre de girafes existantes. C’est pire encore pour les lions : on voit quatre par jour sur un paquet de céréales, une barre chocolatée ou sur le pare choc d’une voiture, c’est trois fois plus que leur nombre réel". Et le Figaro de faire une suggestion : "et si les entreprises qui utilisent ces animaux pour leur logo finançaient leur sauvegarde ?".
Histoire d’éviter qu’on ne puisse plus les admirer que sur des boites de céréales. Pas bête !